Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 13:13

L'imposture intellectuelle consistant à faire croire que des résultats trimestriels " moins pires que prévus " sont annonciateurs d'une embellie réelle ne parvient pas à convaincre.
Chacun se rend bien compte en effet qu'en dehors de Goldman Sachs et JP Morgan, les profits chutent et les chiffres d'affaires dégringolent. Quant aux postes salariés, ils sont ajustés en fonction de l'effet recherché sur l'opinion des analystes -- la plupart affectionnant les programmes de réductions de coûts et les sacrifices demandés aux employés.

C'est Serge Tchuruk (l'ex-PDG d'Alcatel-Lucent) qui avait le mieux brossé le portrait de l'entreprise cotée telle que la rêve Wall Street : " une société sans usine et sans salariés, gérant des brevets et sous-traitant la fabrication du matériel technique dans les pays émergents, payant des impôts symboliques dans une myriade de paradis fiscaux ... et empruntant au besoin de l'argent pour réduire le nombre de titres en circulation afin d'augmenter le revenu par actionnaire. "
Un tel rêve est partagé par beaucoup de PDG rémunérés en stock options et au bonus.
" Vous devinez aisément quelle est leur priorité en cette période de dépression ...  Car leur but n'est pas de maintenir le maximum d'effectifs au travail afin d'éviter que la consommation ne s'effondre lorsque le catéchisme des "jeunes pousses" apparaîtra aussi mensonger que le mythe de l' 'innocuité' des subprime, de Goldilocks ou de la Nouvelle Economie de l'immatériel, celle là-même qui a été la source de l'effondrement des systèmes bancaires et financiers en favorisant une spéculation aveugle articulée sur l'intangible : celui généré par les modélisations de la mathématique financière et propagé à vite allure et tous azimuts sur des réseaux de transaction, d'information (et parfois, de désinformation !) et de communication aussi hermétiques qu'insensibles aux impacts traumatiques sur l'économie réelle et les hommes qui l'animent et qui en vivent. "
Il s'est creusé un écart phénoménal entre les cours de Bourse et la réalité -- sa gravité est confirmée par les commentaires "en off" des professionnels de la finance que nous interrogeons. C'est justement à cause de cet écart que le désarroi des non-initiés est aussi important. Il faut que la perte des repères soit complète, l'incompréhension totale pour accepter une réalité qui occulte celle que nous jugeons insensible à toute manipulation boursière. Certains se laisseront convaincre qu'il faut se fier au jugement du marché... mais le marché grimpe justement parce qu'il n'a aucun jugement et ne vise qu'à duper le plus grand nombre. Pourquoi dans les forums lit-on autant de messages d'auteurs qui se félicitent que quelques institutionnels très influents massacrent les baissiers jusqu'au dernier ? Eux au moins reconnaissent qu'il s'agit d'une stratégie délibérée et parfaitement bien orchestrée... Cela garantirait en tout cas que la spirale haussière puisse se propager sans encombre jusqu'à la rentrée. Ne réalisent-ils pas que dans un marché qui se retournerait à la baisse alors que beaucoup d'acheteurs ne se retrouvent investis que parce leurs stops ont été déclenchés à la hausse, il n'y aurait plus personne pour enrayer une spirale inverse ? Dans un tel cas, seuls les vendeurs sont incités à racheter du papier pour matérialiser leurs gains. Sans eux, la chute des cours pourrait ressembler à un grand saut dans l'inconnu. A moins qu'il ne s'agisse du scénario symétrique -- mais en pire -- du mois de juillet ! " écrit Philippe Béchade dans un article publié par la Chronique Agora, le 31 juillet (la-chronique@publications-agora.fr).
A cette imposture intellectuelle s'ajoute une autre imposture, de nature politique !
Les pirouettes verbales du type " Il faut en finir avec le capitalisme sauvage " " ou encore " Nous allons réformer le capitalisme " et autres gesticulations oratoires qui visent à faire croire que le système spéculatif a été mis 'sous contrôle' par les responsables politiques et les gouverneurs des banques centrales ne rassurent que ceux qui veulent y croire !
Ce sont les ressorts et les déterminants de la gouvernance politique, économique et financière qu'il est urgent de réformer, sauf à vouloir se laisser entraîner par des marionnetistes dépourvus du talent requis pour gérer quelque crise que ce soit, dans une spirale destructrice de ce qui a constitué non seulement le moteur de la civilisation industrielle mais le champ d'expression le plus prolixe de la liberté : le libéralisme économique.
 
The games are over ! Il est urgent de revenir à la réalité des rapports de force et des tensions qui régissent le monde réel !
Le changement brutal de pente de la courbe d'évolution des indices de développement humain dans les vieux pays industrialisés (jusqu'ici positive) augure de bien dramatiques évolutions dans les pays qui croient encore au Père Noêl tout en jouant allègrement au Père Fouettard !
Un sursaut est-il encore possible ? Ou va-t-on encore subir longtemps ces appels aussi vains que tonitruants à la 'réforme' et/ou à la 'rupture,' cet arbre de la sagesse et de la palabre qui cacherait la forêt des " tout changer pour ne rien changer ! ".
Les différents cercles (Bildenberg, Commission Trilatérale, ..) et fora multiléraux (G8, G14, G20, Davos, ...) où se jouent l'avenir de l'économie et de la gouvernance politique du monde ne sont ni des cours de récréation ni des plateaux de TV, ni des scènes de show bizz !
Quand bien même les Européens peuvent donner l'impression qu'ils ont voté en juin 2009 pour que rien ne change (voir sur ce blog l'article de Michel Rocard intitulé : Les Européens ont voté pour que la crise continue, par Michel Rocard ), ils ne retrouveront certainement pas la confiance indispensable à la reprise économique autant qu'à la paix sociale s'ils sont convaincus qu'ils sont gouvernés, sur les registres politiques, économiques et financiers, soit par des enfants de coeur, soit par des copains et des coquins qui se tiennent les coudes, ou pis encore, par des mécréants (sans foi, ni loi) ! 
Il faut énormément de temps pour construire la confiance des peuples !
Il suffit d'un acte malheureux pour l'entamer, et d'un acte grave pour la perdre !
Si ces actes se répètent trop souvent, c'est la rupture ! La vraie, avec son lot de désolations et et son cortège de désillusions, de souffrances et de révoltes !

Voir également à ce sujet sur ce blog :
* Solving the multiple global crises together, by Mohan Munasinghe
* Pour un réhaussement de l'interprétation symbolique de l'oeuvre politique
* Une autre lecture des enjeux de la période 2009 - 2014 pour l'Union européenne (1)
* Une autre lecture des enjeux de la période 2009 - 2014 pour l'Union européenne (2)
* The Global Infrastructure Boom of 2009-2015 : Strategic Economic Consequences for America, China and the Global Economy, by Eric J. Gerritsen (Working Paper #48 - CRGP - Standford University)
 * Le président Barroso au sommet du G8 en Italie du 8 au 10 juillet 2009: formuler ensemble des réponses durables aux défis mondiaux
* Rapport 2009 sur les finances publiques : une relance budgétaire était nécessaire pour soutenir l'économie, mais son succès dépend d'une stratégie crédible de sortie de crise

*   Du malaise profond des thuriféraires du capitalisme débridé et d'un occidentalisme vélléitaire devant les grands mouvements du monde !



Par ERASME - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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