Notre réflexion sur la structuration pyramidale de la Commission que nous avons proposée dans un autre article de
ce blog (cf. Être ambitieux pour notre sécurité et nos libertés ) nous amènent à suggérer la nomination, aux côtés du
Président de la Commission européenne, de quelques vice-présidents aux mandats politiques ambitieux, chacun d'eux étant entouré d'un nombre approprié de Commissaires aux
compétences plus spécialisées. Comme nous l'avons déjà souligné, cette structure ne doit pas remettre en cause la collégialité de la Commission qui veut que chaque membre de l'institution
conserve le même poids dans les délibérations.
Nous considérons que le nombre de vice-présidents pourrait être de 6 :
* Un vice-président exerçant également les fonctions de
Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité (HRAEPS) , qui présidera le Conseil 'Affaires étrangères' ;
* Un vice-président responsable des questions juridiques et
démocratiques (notamment, de celles qui touchent à la citoyenneté de l’Union), des questions de politique intérieure revêtant un caractère régalien autre que celles ayant trait à
la sécurité nationale - cf. infra - (Etat de droit, Justice, lutte contre les discriminations, protection des consommateurs, lutte contre les fraudes, ... ), de
l'administration (et donc des recrutements, nominations, et formations qui s'y rapportent), ainsi que des questions institutionnelles relatives à l'Union, de la Communication institutionnelle et
du contrôle, au niveau politique, de la sécurité juridique des actes législatifs et non législatifs de l'Union, du respect des Droits et Libertés fondamentaux ainsi que des principes
démocratiques au sein de l'espace de liberté, de sécurité et de justice ;
* Un vice-président en charge des questions économiques, budgétaires, commerciales, fiscales, financières et monétaires (y inclus celles
attachées aux défis systémiques dans les champs considérés), ainsi que des actions, y compris internationales, de l’Union qui visent à la promotion et à la sauvegarde des
intérêts de l'Union sur ces mêmes registres, sans préjudice des compétences attribuées en pareilles matières à d'autres institutions européennes ou
nationales ; ce vice-président devrait naturellement se voir doter des pouvoirs et des
instruments juridictionnels et de représentation externe de l'Union correspondants ; à
l'avenir, on pourrait imaginer que ce vice-président soit "automatiquement" désigné par le Conseil européen à la présidence de l'Eurogroupe (voire même, le cas échéant, du Conseil
'Ecofin') ;
* Un vice-président responsable des politiques et
actions structurelles de l'Union (cohésion, ajustement à la mondialisation, Politique régionale et Compétitivité des territoires, ...), de la Recherche, du Développement technologique, de
l'Innovation, de la politique du marché intérieur et de la politique de concurrence ;
* Un vice-président en charge des politiques sectorielles et du développement durable (Agriculture, Pêche, Transports, Energie-Climat,
Environnement, Alimentation, Médicament, Espace, Aéronautique, Politiques maritime, fluviale et portuaire, Information, Communication, Audiovisuel, Défense, Armement, ...), y inclus les
questions relatives à la structuration et à la consolidation de l'industrie européenne dans ces secteurs ;
* Un vice-président responsable des politiques et
actions culturelles et sociales de l'Union (Affaires sociales, Emploi, Santé, Education, Culture, Formation professionnelle, Mobilité, Jeunesse, Sports, ...)
Nous suggérons également que :
* le vice-président qui exercera simultanément les fonctions de HRAEPS se voie attribuer un porte-feuille résolument politique lui
permettant d'exercer ses responsabilités sur la scène internationale et à la tête du Conseil 'Affaires étrangères' avec le poids et la cohérence nécessaires. Dès lors, son porte-feuille devrait
recouvrir a minima les registres suivants : PESC (y inclus la PSDC et la Politique européenne des Capacités et de l'Armement), coopération avec les organisations internationales et les
Etats tiers, ‘gestion’ civile et militaire des crises extérieures mettant en péril le fonctionnements des organisations internationales et/ou les relations internationales, la paix, la
stabilité stratégique, la sécurité internationale, la stabilité et la sécurité de l’Union, ainsi que la stabilité et la sécurité des Organisations et d’Etats tiers avec lesquels l’Union a établi
des traités, des Conventions et/ou des accords politiques et de sécurité contraignants ou non, aide humanitaire, politique de voisinage, élargissement, aide au développement ; dès lors, son
porte-feuille doit également couvrir les compétences relatives à la sécurité nationale ainsi que celles requises pour la mise en oeuvre de la clause de solidarité ;
* le vice-président en charge des questions institutionnelles, juridiques et démocratiques devrait être chargé de veiller au niveau politique, assisté par le Secrétariat général de la Commission européenne, et pour le compte celle-ci en sa qualité de gardienne des traités et de
l’acquis communautaire, non seulement au respect des principes d'attribution, de coopération loyale, de subsidiarité, de proportionnalité, et des principes démocratiques et des droits
fondamentaux inscrits au traité, mais également au principe de sécurité juridique des actes législatifs et non législatifs de l'Union au plus tard avant leur parution au JOCE ;
ainsi il pourrait agir en miroir vis-à-vis respectivement de la Cour de Justice de l’UE, des commissions en charge des Affaires constitutionnelles et des Libertés civiles du Parlement
européen et des commissions compétentes des Parlements nationaux ; il devrait par ailleurs être formellement investi des pouvoirs et compétences requis pour exercer au nom de la Commission
européenne les responsabilités de la Communication institutionnelle auprès des instances juridictionnelles compétentes aux niveaux international et européen, des institutions européennes
(Médiateur européen, Contrôleur européen de la protection des données personnelles, etc.) et nationales, notamment, constitutionnelles, parlementaires et judiciaires, compétentes dans ces
domaines (y inclus, naturellement, les Parlements nationaux), ainsi qu'auprès des citoyens de l'Union et de leur représentants démocratiquement élus (ONG, etc.).
Ainsi composé, un tel porte-feuille participerait non seulement à répondre aux requêtes formulées à son égard par le groupe ADLE, mais
également à constituer un pole d'équilibre essentiel au sein de la Commission européenne dans la recherche d'une articulation cohérente et efficace des libertés et de la sécurité, en
répondant de manière aussi concrète que transparente aux lacunes de l'Union observées jusqu'ici dans ces matières [voir notamment à cet égard les articles de ce blog intitulés
L'Union européenne face à ses responsabilités politiques à l'intérieur de ses frontières : le point de vue d'un citoyen
(1) et L'Union européenne face à ses responsabilités politiques à l'intérieur de ses frontières : le point de vue d'un
citoyen (2) , ainsi que l'article intitulé L’analyse de l’arrêt de la Cour constitutionnelle allemande à propos du
traité de Lisbonne devra se poursuivre au-delà de l’entrée en vigueur de ce traité ] ; Conformément à l'esprit et à la lettre du traité de Lisbonne, ce Vice-Président aurait la responsabilité
de mener à bien l'adhésion de l'Union à la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, et de négocier au cas par cas avec les Etats-membres ayant
obtenu le bénéfice des opt-out / opt-in dans les matières qui relèvent de son champ d'action toute mesure appropriée afin que l'acquis communautaire correspondant puisse produire tous ses effets
attendus.
Dans une structure de ce type, le futur Président de la Commission européenne devrait s'engager formellement devant le Conseil européen et devant le Parlement européen à oeuvrer
activement, à la tête du Collège qu'il présidera, à la mise en cohérence des politiques et actions du programme politique qui lui aura permis de recueillir le soutien du Parlement
européen et qui relèvent de plusieurs porte-feuilles de Vice-présidences, ne serait-ce qu'eu égard à l'impérieuse nécessité de permettre à l'institution qui dispose des pouvoirs d'initiative
d'être une véritable force de proposition dans les domaines qui nécessitent une vision, une approche, une méthode et une action de l'Union pensées et conçues de
manière aussi cohérente et efficace que légitime, résolue et assumée par les institutions qui ont vocation à les financer et à les mettre en oeuvre.
Enfin, et bien que le traité de Lisbonne maintienne la présidence semestrielle, nous appelons à réfléchir à la
possibilité de voir désigné le Président de la Commission européenne par le Conseil européen à la présidence permanente du Conseil 'Affaires générales', de manière à lui permettre
de faire bénéficier l'Union des pouvoirs dont jouit la Commission pour initier et proposer des actes législatifs et non législatifs à la mesure des défis globaux et/ou systémiques
auxquels l'Union doit répondre avec la cohérence et l'efficacité requises, conformément à ses engagements.
Ces propositions qui n’auront de sens, d’intérêt et de portée qu’aux conditions suivantes :
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)