Partager l'article ! "L’Alliance atlantique a besoin de l’Union européenne", par Olivier Jehin (Agence Europe): Anders Fogh Rasmussen avait raison, mercredi dern ...
Anders Fogh Rasmussen avait raison, mercredi dernier, d’insister comme il l’a fait sur la nécessité d’améliorer la coopération
entre l’Alliance atlantique et l’Union européenne - voir EDD n° 249, voir également la note infra (*) - . Cependant, là où il se trompe - mais n’est-ce pas plutôt le discours qu’on lui a
donné à lire ? - c’est lorsqu’il veut reléguer l’Union européenne dans un rôle de contributeur financier et d’agence civile de l’OTAN.
L’ancien Premier ministre danois n’ignore pas que le Traité de Lisbonne, dont la mise
en œuvre semble enfin à portée de main, renforce les compétences et les instruments de l’Union dans l’ensemble du champ qui va de la sécurité intérieure à la sécurité extérieure, en passant par
la dimension militaire et les relations extérieures. Mieux c’est son gouvernement qui a négocié la faculté pour son pays de rejoindre la défense européenne ! Dans un tel contexte, prêcher un
tel partage des rôles est pour le moins paradoxal.
Comme le montrent dans leur récente étude
« A Shared Security Strategy for a Euro-Atlantic Partnership of Equals », l’Américain Simon Serfaty (CSIS) et l’Européen Sven Biscop (Egmont), la revitalisation de l’Alliance atlantique
passe justement par un équilibre entre un pilier européen, valorisé par une réelle capacité de planification et de commandement autonome, capable de faire valoir ses intérêts et sa vision de la
sécurité sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis, et le pilier nord-américain.
Ces deux auteurs souhaitent que la nouvelle administration américaine fasse
comprendre au gouvernement britannique qu’il doit soutenir le développement de la défense européenne, y compris en acceptant la création d’un quartier général européen permanent, s’il veut
vraiment appuyer l’Alliance atlantique. Dans le même temps, la France devrait obtenir de l’Allemagne qu’elle s’engage plus dans la défense européenne et accepte de prendre sa part dans tout le
spectre des opérations militaires. On mesure à la fois la difficulté d’une telle évolution des mentalités en Allemagne et son impact pour les missions de l’UE et de
l’Alliance.
Le nouveau secrétaire général de l’OTAN prétend vouloir relancer la transformation
des armées européennes dans l’espoir de disposer de troupes plus déployables et d’équipements, comme les hélicoptères, qui font aujourd’hui défaut sur le théâtre afghan. Faut-il lui rappeler que
c’est l’agence européenne de défense - une agence de l’UE - qui a mis en place un programme visant à moderniser la flotte d’hélicoptères européens et entraîner des équipages pour ces
appareils ? Aurait-il oublié que les premières machines de ce programme sont destinées au théâtre afghan ? Croit-il vraiment que c’est en cantonnant les Européens dans un rôle civil et
de contributeur financier qu’on réussira à les encourager à investir dans la défense, alors que les budgets militaires ne cessent de fondre partout sur le continent ? Non, la seule façon
d’obliger les Européens à prendre leur sécurité en main et à fournir à l’Alliance atlantique les personnels et les équipements dont elle a besoin, c’est de faire cesser le protectorat américain
pour rétablir une alliance où chacun doit remplir ses devoirs.
Cet Article paru le 8 septembre, dans le n° 250 de Europe Diplomatie & Défense, le bulletin de l'Agence Europe sur la PESD et l'OTAN
(*) NDLR Regards-citoyens : S'agissant des relations OTAN-UE, le Secrétaire général de l'OTAN, tout en regrettant qu'il ne soit pas possible d'avoir des arrangements de sécurité sur le terrain en
Afghanistan, a déclaré : " Il existe un fantastique potentiel de coopération entre l'OTAN et l'UE. Si nous étions en mesure de coordonner la puissance militaire et l'engagement
transatlantique de l'OTAN avec les ressources civiles et financières de l'UE, on voit tout ce que l'on pourrait réaliser de positif ".
Qu'en pensent les Etats membres de l'Union européenne non membre de l'OTAN, ou ceux qui sont à la fois membres de l'UE et de l'OTAN mais qui ont
des difficultés avec la PESD, comme le Danemark, par exemple ? Enfin qu'en pensent les Parlements nationaux et le Parlement européen de tous ces Etats dont les exécutifs se sont arrogés
des droits de décider, sans épuiser les ressources démocratiques de débat en matière de politique étrangère et/ou de sécurité nationale (y inclus la défense), en outrepassant même parfois
les pouvoirs qui leur sont constitutionnellement consentis ?
C'est bien là l'une des grandes questions de fond soulevées par la Cour constitutionnelle allemande au cours de l'été, de manière on ne peut plus
pertinente dans un Etat démocratique comme l'Allemagne où Etat de droit est véritablement synonyme de démocratie vivante et libérale.
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
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jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)