Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 09:26

Parmi les grandes priorités inscrites aux agendas de l'Alliance atlantique, de l'Otan, du Secrétaire général de cette dernière, ainsi qu'à celui des Etats membres à l'une comme à l'autre, et probablement aussi (peu ou prou sous la couverture, de l'Union européenne et de certaines de ses institutions) figure en bonne place la question centrale de la transformation, laquelle ne peut de toute évidence pas être tranchée tant que la question préalable de la révision du concept stratégique de l'OTAN n'aura pas produit de résultat tangible !
A la lecture - attentive - de quelques uns des derniers articles publiés sur ce blog, le lecteur est certainement en mesure de comprendre que toute initiative qui tenterait d'oeuvrer à une transformation de l'Alliance, d'une part, et de l'OTAN ,d'autre part, en une sorte de G2 "US-UE" serait vouée d'emblée à l'échec (comme le serait au niveau mondial un G2 " Etats-Unis / Chine "), car elle ferait abstraction du rôle central, au sein de ces instances, d'acteurs tels que la Turquie ou, dans une apparente moindre mesure, le Canada qui sont indispensables à l'articulation stratégique même du projet ; ce constat étant encore plus immédiat dès lors qu'on refuserait simultanément à la Turquie d'intégrer l'UE, et au Canada de constituer avec les Etats-Unis une organisation régionale à part entière (naturellement, une organisation dont les objectifs iraient bien au-delà de ceux de l'actuelle ALENA).
Il est également en mesure de comprendre que jouer trop vite la règle du " partenariat à parité ", avec ce que celà implique comme opportunités et comme expositions, comme droits et comme devoirs,  entre des acteurs qui ne disposent pas des mêmes arguments constitue nécessairement une impasse mortifère (l'UpM en sait quelquechose !).
Il est enfin en mesure de comprendre que les vraies fausses " révolutions dans les affaires militaires - RMA - " entreprises au cours des 15 dernières années au sein de l'OTAN ont placé cette organisation dans une impasse dont nul ne sait si elle sera un jour en capacité de la surmonter !
De même qu'est trop souvement galvaudé, à dessein ou non, l'emploi des concepts de " stratégie " ou de " stratégique ", voire même de " sécurité ", celui de " révolution " (dans les affaires stratégiques, dans les affaires militaires et/ou dans les affaires de sécurité) participe à amplifier les dérives vers le néant et leurs impacts sur la crédibilité même du projet auquel on se réfère alors.
S'agissant de la transformation de l'OTAN, autant d'ailleurs que de la révision préalable de son concept stratégique, il est temps de se retirer le masque qui nous aveugle et de constater que l'ensemble des risques, menaces, objectifs, capacités, etc. que l'on cherche à repenser pour les inscrire comme lignes directrices d'une dynamique de transformation authentique est d'une toute autre nature que celle qui justifie encore aujourd'hui le recours à une Alliance politico-militaire - et à l'Organisation qui y est associée - qui n'embrasseraient qu'une lecture par trop restrictive de la corrélation des défis globaux auxquels elle prétend vouloir apporter des réponses d'un type passablement archaïque !
Où est-elle cette cohérence qui consiste, d'une part, à reconnaître haut et fort la nécessité et l'urgence de penser le monde et ses défis de manière globale en cherchant à construire une architecture globale de régulation / gouvernance qui concilie des impératifs d'efficacité, de légitimité, d'effectivité, et des impératifs de compétition, de marché, de souveraineté, de cooépration, et d'autre part, à chercher à reconstruire du neuf avec un ancien vétuste, en prenant appui sur des hypothèses et des instruments inadaptés au changement du monde tel qu'on dit l'observer !
Oui, une révolution des affaires stratégiques, militaires et de sécurité est à l'oeuvre ! Mais elle s'inscrit en filigrane, pour le moment, d'une autre révolution, une révolution rendue inéluctable par l'émergence de technologies d'une nouvelle ère, aux propriétés d'une autre dimension - celle du nanométrique - au travers un processus global, multiforme, déterritorialisé, aux effets stratégiques qui étaient encore intangibles il y a peu mais dont on commence à percevoir les ressorts et les déterminants à la lumière d'expérimentations surprenantes.
Elle n'a rigoureusement rien à voir avec celle dont on se plait encore à parler dans les diverses instances autorisées qui sont formellement mandatées pour penser, agir et réagir dans le cadre de l'OTAN !
Là encore, les Etats-Unis, de leur côté, l'Union européenne, du sien, et des partenaires stratégiques potentiels des uns comme de l'autre, sont conscients de cette rupture à l'oeuvre et commencent à se repenser pour s'y préparer alors que d'autres, moins en proie aux inerties inhérentes à un statut ou à une histoire, bougent avec une agilité déconcertante ! Mais pendant ce temps là, l'Alliance, comme l'OTAN, paraissent demeurer autistes ! Effets d'optique ? Mauvaise communication ? Impacts des lourdeurs imputables au poids de l'appareil technocratique et/ou à la nature même de l'Alliance ? Enfermement dans un univers politico-militaro-technico-diplomatique trop exigu ?
A-t-on écouté les analystes ? A-t-on encouragé les stratèges, les technostructures (celles qui négocient au niveau politico-diplomatique, comme celles qui programment, planifient, achètent, mettent en oeuvre, maintiennent les capacités requises ), les acteurs clé des bases technologiques, industrielles, économiques et financières à se préparer à une telle révolution ?
La réponse est lourde ! Elle tombe comme le couperet de l'échafaud : Non, mon général !
A qui la faute ? Y-a-il vraiment faute ou plus simplement défaut de fabrication indépendant de toute volonté ? Y a-t-il vraiment un coupable (ou, plus modestement, un responsable) ? Pourra-t-on un jour remédier à une telle situation (quel est l'état réel des sables mouvants sur lesquels "on"tente de refonder "la chose" ? Le souhaite-t-on vraiment, ici ou là ? et si tel est le cas, en sera-t-on vraiment capable sans une révision en profondeur du concept même d'Alliance au 21è siècle, siècle par excellence de la globalisation stratégique où au minimum 36 risques globaux se superposent, s'hybrident, se télescopent, se corrèlent ... (cf. global_risk-report_2009.pdf global_risk-report_2009.pdf ) ?
Je laisserai le soin au lecteur d'apporter les réponses qui lui paraîtront les plus pertinentes à de telles question !
A suivre !
Ou plutôt, ... à anticiper !



Par De La Boisserie - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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