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Sur l'Afghanistan, les Français n'ont jamais eu droit à la vérité : on leur a servi des semi-vérités. Dans ce lointain pays, la France participe à une guerre - légitimée par l'ONU - qui était destinée à en chasser l'organisation terroriste Al-Qaida. C'est fait depuis 2002 : aucun expert ne soutient que le groupe du dissident saoudien Oussama Ben Laden est encore présent en Afghanistan. Puis la guerre a changé d'objectif, Américains et Européens devant depuis quelques années faire face à l'insurrection des talibans.
Mais, depuis le début, depuis les accords de Bonn de décembre 2001, les "Occidentaux" se sont donné une autre mission en Afghanistan. Cela s'appelle le nation building. C'est au coeur de la conférence qui réunit à partir de mardi 20 juillet à Kaboul les quelque soixante pays fournisseurs d'aide civile à l'Afghanistan. Le nation building est une affaire compliquée, dont on a peu débattu en France. A tort. Il s'agit, ni plus ni moins, de reconstruire un Etat, sinon une nation. C'est plus que de l'aide au développement. C'est de l'assistance au jour le jour pour établir une administration centrale là où règne le chaos, installer une forme de gouvernement le plus démocratique possible là où il n'y en pas.
Certains évoquent le dernier avatar d'une vilaine habitude occidentale : le néocolonialisme. Quoi qu'il en soit, on mesure l'ampleur de la tâche quand elle doit être menée en Afghanistan. Comment refaire un Etat, recréer du sentiment national dans l'un des pays les plus pauvres de la planète, ravagé par trente années de guerres, décomposé en clans, tribus et autres seigneuries guerrières ?
Première question : cette mission est-elle importante ? Oui, sans doute. La cause de l'Afghanistan - celle des Afghanes encore plus - est défendable. Terrorisme et trafic de drogue fleurissent dans les Etats en faillite. Le retour des talibans à Kaboul, peut-on soutenir, serait un désastre régional. Encore faut-il expliquer aux Français la raison de notre présence en Afghanistan en ces termes, ceux d'une opération de nation building, et non pas seulement comme un simple maintien de la paix.
Deuxième question : est-ce "jouable" ? La réponse est moins garantie. Mais elle suppose que l'on dise la vérité : le nation building prend du temps et de l'argent - beaucoup. Il faudra encore des années avant que s'installe à Kaboul un gouvernement central digne de ce nom et disposant de l'approbation d'une majorité d'Afghans.
Et le temps, ici comme ailleurs, c'est de l'argent - beaucoup aussi. On imagine volontiers la sous-productivité d'un euro d'assistance civile en Afghanistan : corruption et détournements en tout genre, y compris au profit du "business" qu'est devenue l'aide, sont au rendez-vous.
En Irak, le nation building, voulu par George W. Bush, s'est soldé par un échec d'ampleur historique : il n'y a toujours pas d'Etat central à Bagdad.
En Afghanistan, il y a des progrès, peut-être de l'espoir. On va en parler à Kaboul. Il eût été intéressant d'en parler aussi à Paris.
NB : Cet article a été publié comme éditorial de l'édition en date du 21 juillet 2010 du quotidien Le Monde.
Voir également à cet égard les articles suivants :
* Pouvoirs constitutionnels du Parlement français en matière d'intervention extérieure
* Afghanistan : A qui fait-on la guerre exactement ? Sur quelle base légale du droit international ?
* Les Afghans devraient assurer leur sécurité d'ici la fin 2014
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