Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 20:16

Quels que soient les buts poursuivis, les responsabilités exercées, les erreurs et les fautes commises par l'un et l'autre des protagonistes de ce nouvel épisode militaire dramatique du conflit israélo-palestinien, ni l'Etat d'Israël, ni les Etats arabes de la Région, ni ce peuple palestinien à qui l'on promet depuis 1947 un Etat viable doté des attributs pleins et entiers de sa souveraineté sans le lui concéder, ne sera parvenu à opérer une avancée stratégique en réponse aux défis communs considérables qui sont inhérents à la multitude des risques globaux qui pèsent sur la stabilité, la sécurité et la prospérité économique de l'ensemble de cette Région.

Pourquoi ? Parce que les réponses à de tels défis nécessitent de mobiliser des instruments (politiques, structurels, macroéconomiques, monétaires, financiers, ...) qu'aucun Etat au monde, fut-ce même les Etats-Unis, n'est désormais en mesure de développer en toute autonomie sans recourir à la solidarité internationale pour avoir accès à des ressources exogènes revêtant une dimension critique en regard de ses objectifs ; cette solidarité internationale pouvant s'exercer soit au travers des instruments du système de gouvernance mulilatérale, soit au travers des instruments de la coopération bilatérale en dehors du jeu multilatéral, soit au moyen des instruments propres aux dynamiques internationales de marché. 
Or, alors que dans une région voisine, en Europe, les Etats souverains se sont organisés en une Communauté puis en une Union européenne en s'affranchissant des contraintes imposées par leurs frontières et en transférant ou en délégant à cette entité supranationale des compétences appropriées pour lui permettre d'agir au niveau global avec la capacité d'influence et l'efficacité qu'offrent la cohérence, la solidarité et la cohésion politiques d'une Communauté / Union, et que dans d'autres parties du monde, des Etats s'organisent sur un schéma équivalent (en Afrique, notamment), cette Région s'enlise dans une dynamique stérilisante de crises identitaires nourries à l'aune des nationalismes ; aucune des formes de solidarité évoquée ci-dessus n'y a été jusqu'ici convoquée pour élaborer les réponses globales appropriées à la nature des défis systémiques qui pourraient la mettre rapidement en péril.
Bien que des partenariats étroits établis sur une base bilatérale participent à créer des conditions favorables à leur instauration (notamment le partenariat qui lie chacun des Etats de la Région à l'Union européenne dans le cadre de sa politique de voisinage), il n'existe pas véritablement de dynamique de marché commun régional (à l'instar de la dynamique du marché intérieur de la Communauté européenne), ni d'institutions régionales dotées des compétences et des ressources requises, ni-même de véritables accords-cadre de coopération bilatérale entre les Etats suspectibles de suppléer les déficits nationaux.
Quand bien même un accord "global" aura été conclu entre l'ensemble des parties au conflit qui garantirait des frontières définitives et consacrerait la naissance d'un Etat palestinien, la stabilité, la sécurité globale et la prospérité de cette région n'en seront pas pour autant garanties sur les moyen et long terme sans que des perspectives politiques communes claires soient offertes à l'ensemble des populations et des Etats de cette Région quant à la place qui sera réservée à celle-ci dans les différentes institutions et organisations du système de gouvernance multilatérale qui resortira des réformes et adaptation en cours en réponse aux crises systémiques actuelles et en prévention d'autres potentiellement possibles.
L'Union pour la Méditerranée constitue-elle, en son état actuel, l'entité régionale appropriée pour remplir l'ensemble des fonctions requises par la nature des défis que doit relever l'espace euro-méditerranéen autant que par l'urgence des réponses à y apporter ? Probablement pas mais avant de devenir la Communauté européenne, puis l'Union européenne, la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier puis la Communauté économique européenne esquissée dans le traité de Rome l'étaient-elles vraiment davantage ?
Ne participe-t-elle pas pour autant à offrir aux différents acteurs de cette Région une perspective commune qui participe à offrir un horizon commun à ce qui constitue déjà, qu'on le veuille ou non, une communauté de destins et de projets ; une perspective suffisamment mobilisatrice et fédératrice pour que puissent être un jour dépassés, le plus tôt possible même si il faudra du temps, les clivages et les obstacles de toute nature qui entravent si lourdement aujourd'hui les différents processus de modernisation et d'adaptation à la modernité en cours dans cette Région ?
Dès 2006, à l'occasion des Universités d'été de la revue Passages consacrée au thème suivant : La Méditerranée et nous ; identités, confrontation, dialogue, j'ai pris le parti de tenter d'esquisser une ligne directrice qui traçait une perspective comparable à celle évoquée ci-avant, mais en limitant au seul Proche-Orient sa portée géopolitique.
Les éléments d'analyse et de propositions qui ont servi de support à mon intervention d'alors (lesquels sont rassemblés dans un article de ce blog intitulé Retour sur images : Sept messages pour redonner de l'espoir et une perspective au Proche Orient ) me paraissent avoir garder toute leur pertinence. Tout comme d'ailleurs cet appel à la lucidité politique que constitue l'article intitulé : Pour dépasser la situation actuelle au Proche Orient, il faut d'abord cesser les hypocrisies et de soutenir les fausses bonnes solutions, et tirer les véritables leçons ! .
Il appartient naturellement à chaque lecteur de vérifier la pertinence du propos et, le cas échéant, d'y apporter les éléments de correction ou de modulation qui lui paraitront utiles.
Quoiqu'il en soit, je formule le voeu avec d'autres, beaucoup d'autres, de quelque confession, obédience, nationalité, culture, qu'ils soient, que 2010 soit l'année qui consacrera enfin une perspective commune aussi fédératrice que mobilisatrice pour cette Région, bien au-delà des improbables et fragiles accords de paix et  résolutions de l'Onu aux destinées précaires.

Puisse l'Union pour la Méditerranée constituer très vite un terreau politique, institutionnel et économique suffisamment fertile pour qu'y germe l'espoir d'un avenir commun de paix, de sécurité et de prospérité frappé du sceau de la modernité et cultivé à l'aune d'une espérance pleinement partagée ! 

Cet article a été publié une première fois sur ce blog le 1er janvier 2010.

 




Par Patrice Cardot - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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