Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 15:37

Dans le numéro 10140 de son Bulletin Quotidien Europe, l'Agence Europe (cf. Connaissez-vous l'Agence Europe ? ainsi que Les publications de l'Agence Europe ! ) a souhaité donner la parole à Jacques Delors ! Pourquoi ? Parce qu'il a dénoncé dès la naissance de l'euro les lacune qui l'accompagnaient, en anticipant les remèdes dont les responsables politiques et les économistes reconnaissant aujourd'hui, quelques dizaines d'années plus tard, la nécessité.

Regards-citoyens reproduit ici certains passages de cet article.

L'absence d'équilibre. " L'Europe se trouve face à son test le plus important. L'euro est l'un des fleurons de la construction européenne. S'il venait à disparaître, le coup porté à l'Union irait bien au-delà des aspects monétaires (...) J'avais en tête une Union économique et monétaire (UEM) avec un cadre commun, monétaire, économique et social, et j'ai perdu cette bataille. Quand l'euro s'est profilé, j'ai évoqué, dès 1997, le déséquilibre entre le monétaire et l'économique. C'est alors que la France a fait rajouter au Pacte de stabilité la précision 'et de croissance'. Ah, le nominalisme ! Il est plus facile de se contenter d'un mot que de donner un contenu à la chose à obtenir ".

Contre le dumping fiscal. " Il fallait rapprocher les politiques économiques et obtenir un minimum de rapprochement des législations fiscales des Etats membres, pas seulement présenter les perspectives budgétaires à l'Eurogroupe. On ne peut à la fois profiter d'une monnaie unique et faire du dumping fiscal. Si les Etats membres ont compris les excès du monde financier, il leur fait maintenant, au-delà du rôle de pompiers, devenir des architectes. J'espère, puisque la peur a été bonne conseillère, que les pays de l'euro vont s'engager à propos de la gouvernance, avec un Consel de l'euro traitant de toutes les dimensions (économique, financière, monétaire et même sociale), avec un pouvoir d'initiative et de régulation confié à la Commission. Mais les ministres des Finances n'aiment pas parler de leurs problèmes aux autres ... ".

Pour les eurobonds. " La première fois que j'en ai parlé, c'est dans mon Livre Blanc en 1993. Mais il paraît que l'Union européenne ne peut pas s'endetter ! Ce serait, disaient les opposants, un pas vers l'Europe fédérale ... On aurait pu pourtant mettre un plafond. Des Eurobonds pour la Grèce auraient permis d'emprunter à 3,5 % ou 4 %, alors qu'on a approché les 9 % avant qu'Athènes ne fasse officiellement appel à l'Union. Face à la capacité d'emprunt de l'Union, les spéculateurs se seraient dits : Attention ! Mais on ne l'a pas fait. "

Quelques perplexités institutionnelles. " En 1998, le Conseil européen avait demandé au président de la Commission de présider le Comité chargé de réfléchir à la mise en place de l'Union économique et monétaire. Sur le plan institutionnel, le Traité de Lisbonne est plus compliqué (...). Je ne vois pas comment un Conseil européen à 27 peut devenir le gouvernement de l'Europe sans préparation soignée par les institutions (Commission, Conseil, Parlement). Sinon, cela va devenir une mini-OU, et on voit comment cela marche ... (*) Et le président Obama va à Prague et y réunit les pays de l'Est en oubliant l'Union européenne ... ".

La différenciation. " Il faut revenir à la méthode communautaire : sens de l'action, coopération accrue, petits pas en avant, et puis agir. Et des institutions simples, qui permettent aux hommes, qui sont tous un peu déraisonnables, de se conformer à certaines règles. Et permettre la différenciation entre les Etats membres ! Comme on l'a fait pour l'UEM et pour Schengen. C'est ce que je propose pour l'énergie, qui aussi un élément fondamental de politique étrangère. J'ai été humilié de voir tous ces chefs d'Etat et de gouvernement traiter séparément avec Poutine, je suis inquiet de voir des intérêts divergents se disputer sur les tracées de tois gazoducs. cela veut dire que dans ce domaine vital, l'Europe n'existe pas ". (**)

Pourquoi l'Europe ? " Je n'ai jamais été moi-même un fédéraliste pur sucre, mais la question actuellement pour l'Europe, c'est la survie ou le déclin. L'unité européenne, c'est une bataille pour le mode de vie et la liberté des Européens de demain. Si nos pays ne s'unissent pas d'une manière réaliste et raisonnable, nous laisserions aux généations qui viennent un continent flasque, menacé dans son niveau de vie, dans ses conquêtes sociales et dans son influence. L'Europe pourrait conserver un squelette mais en évoluant vers une sorte d'OCDE. On garderait seulement les oripeaux d'une période passée. Cependant, rien n'est irrémédiable. L'obstacle qu'a dû franchir Robert Schuman en 1950, la proposition de mettre en commun le charbon et l'acier, base de la puissance, cinq ans seulement après la guerre, était à mes yeux infiniment plus considérable que les obstacjes auxquels sont confrontés les Européens d'aujourd'hui.

Je me définis aujourd'hui français et européen, sur le même plan. La question de la survie de l'unité européenne est essentielle. "

(*) " Les membres du Conseil européen estiment comme moi que le Conseil européen doit jouer un rôle de gouvernement économique, car il est le seul à réunir l'énergie politique nécessaire pour prendre des décisions courageuses et difficiles. " - Phrase prononcée par M. Van Rompuy, président du Conseil européen en exercice, dans son discours de Lille en date du 10 avril dernier.

(**) Par les innovations institutionnelles du Traité de Lisbonne dont le fonctionnement et les effets ne sont pas encore clairs, figure le nouveau régime des coopérations renforcées, lequelles pourraient jouer un rpole très significatif dans l'évolution de la construction européenne. Jacques Delors a récemment proposé de suivre cette voie pour créer la Communauté européenne de l'énergie qu'il estime nécessaire. Il est conscient des réticences que les coopérations renforcées suscitent en général dans les Etats membres qui dénoncent le risque d'une évolution vers une Europe à deux vitesses. C'est pour apaiser ces craintes qu'il préfère parler de différenciation, en observant que si l'on avait dû attendre un accord unanime pour agir, ni la monnaie unique ni l'espace Schengen n'existeraient aujourd'hui, tout en rappelant que tous les Etats membres pourront demain adhérer à une coopération renforéce, s'ils en acceptent les critères et en respectent les règles. Comme le souligne - à juste titre - Ferdinando Riccardi, l'éditorialiste du Bulletin Quotidien Europe, si la situation est assez claire du point " journalistique ", elle est juridiquement et politiquement très complexe.

 

Voir également :

 * ‘L’Europe attend les architectes’ - Un entretien du Figaro avec Jacques Delors

 * Gouvernance économique : il faut donner un cadre conceptuel et doctrinal clair à la revitalisation de l'UEM ! (1)

 * Gouvernance économique : il faut donner un cadre conceptuel et doctrinal clair à la revitalisation de l'UEM ! (2)

 * Gouvernance économique : il faut donner un cadre conceptuel et doctrinal clair à la revitalisation de l'UEM ! (2)

 * Pour un nouveau traité d'union économique - Maastricht II ... en 2014 ? (suite)

 * L'avenir du projet européen passe par le développement d'une Union politique et citoyenne autonome (1) - nouvelle édition -

 * L'avenir du projet européen passe par le développement d'une Union politique et citoyenne autonome (2) - nouvelle édition -

 * Politique européenne des capacités et de l'armement : plan d'action pour un passage à la vitesse supérieure !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : UE, enjeux économiques, financiers et monétaires
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