Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 10:26

Pour la majorité présidentielle en exercice, la dégradation officielle de la note de la dette souveraine de la France était "prévisible" et n'est "pas catastrophique" !

Pourtant, les "fameuses" réformes structurelles entreprises par cette majorité n'ont manifestement convaincu ni les marchés financiers ni les agences de notation ! Et le déficit public (Le déficit de l'Etat s'élèvait à 99,4 milliards d'euros fin octobre 2011 ) comme la dette souveraine (plus de 85 % du PIB en septembre 2011) ont atteint des niveaux exceptionnellement hauts, la dette étant en outre détenue en très grande partie par des opérateurs financiers n'appartenant pas à la zone euro (Qui détient la dette publique ? par Guillaume Leroy (Fondapol)).

Ce déclassement, certes davantage symbolique que catastrophique, tient à plusieurs facteurs !

1 - Certaines d'entre elles sont à effets différés !

Il en va notamment de la réforme des retraites qui, outre le fait que son financement ne soit pas totalement clarifié,  n'est pas pleinement effective en 2012 !

De même, les initiatives ayant pour objectif de relancer la compétitivité de l'économie nationale, de stopper la désindustrialisation du Pays et de combler le déficit commercial ont été prises trop tardivement pour pouvoir produire leurs effets ! 

2 - D'autres ont été totalement inopérantes du point de vue de la dépense publique en raison d'une absence totale de cohérence avec d'autres décisions structurelles !

Il en va notamment ainsi de la réduction du nombre des fonctionnaires par non remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur 2 ! Et ce tout simplement parce qu'en transférant des compétences administratives du niveau central de l'Etat vers les collectivités territoriales sans assurer simultanément le transfert des ressources fiscales, ces dernières ont procédé à des emprunts hasardeux pour financer les activités relevant des nouvelles compétences ainsi acquises en même temps que le recrutement d'un nombre très élevé d'agents publics, créant au final une augmentation substantielle du nombre des agents publics en France.

3 - D'autres s'inscrivent in fine en totale contradiction avec les objectifs affichés !

Il en va notamment ainsi de l'établissement de projets de loi de finances délibérément non sincères (cf. à cet égard Peut-on continuer encore longtemps à déposer des projets de loi de finances non 'sincères' dans notre République 'irréprochable' ? ) comme de la révision générale des politiques publiques (RGPP) dont les évaluations les plus récentes mettent en évidence un écart important entre les résultats obtenus et les objectifs affichés (cf. à cet égard notamment Le rapport d’évaluation de la RGPP).

Il en va également des choix politiques relatifs à la stagnation durable des dépenses inscrites au budget de l'Union européenne (lequel a vocation, outre celle d'assurer les économies d'échelle en même temps que les redistributions nécessaires à la cohésion économique, sociale et territoriale, d'opérer les intégrations et consolidations indispensables à l'homogénisation des dynamiques économiques au sein de l'Union économique et monétaire) alors même que les efforts politiques portent aujourd'hui sur une plus grande intégration budgétaire et fiscale au niveau de la zone euro (cf. Un gel du budget de l'UE est réclamé par cinq dirigeants européens ainsi que Un vrai budget pour l'Europe ? par Alain Lamassoure )!  

4 - D'autres, enfin, sont annoncées à peine 5 mois avant la fin d'une mandature présidentielle dans un contexte de crise politique et morale laissant craindre leur non aboutissement parlementaire !

Dans ces conditions, il eût été tout simplement surprenant que des agences de notation ayant vocation à évaluer les performances des politiques économiques et des réformes structurelles entreprises au niveau national ne dégradent pas la note de la dette souveraine d'un Etat qui se comporte de manière aussi incohérente (cf. notamment S&P s'explique : «la réponse à la crise n'est pas la bonne», par Cyrille Lachèvre (Le Figaro) ) !

Mais là n'est pas le seul effet de telles lacunes politiques !

Car après tout, la dégradation d'une note par des agences de notation n'est pas nécessairement aussi catastrophique que les uns ou les autres veulent le dire, tout simplement car elle n'est pas nécessairement synonyme d'effets catastrophiques pour un pays si l'on en croit par exemple la stagnation à des niveaux très faibles des taux pratiqués par les Etats-Unis à l'égard des bons du Trésor émis par la Fed.

Le pis dans cette situation est ailleurs : alors que le président de la République s'emploie à tout crin, et avec l'énergie et le volontarisme qu'exige une telle situation, depuis de nombreux mois à rechercher des solutions à l'ensemble des crises qui affectent aujourd'hui la France, et au-delà d'elle, l'eurozone, le pays, ainsi malmené par des choix politiques, budgétaires et économiques inappropriés et/ou inefficaces, par des réformes structurelles aux effets différés et au financement incertain, et/ou par des listes de mesurettes sans aucun rapport avec ce qu'exige la dégradation continue des comptes publics comme des indicateurs économiques et sociaux, et soumis aux soubresauts déstabilisateurs de campagnes électorales propices à toujours plus de promesses démagogiques, se trouve plus que jamais fragile !

Il eût été nettement plus responsable et efficace pour la France, son avenir et celui de ses citoyens, de ne pas chercher à conserver à tout prix le pouvoir en préférant la manoeuvre électorale à celle qui aurait dû être menée !

Pour autant, la gauche se trouve désormais placée devant des responsabilités considérables qui vont la contraindre à revoir la plupart de ses dogmes idéologiques lorsqu'elle sera conduite à exercer à nouveau le pouvoir en France, à l'été prochain. "Un averti en vaut deux", dit-on dans la France d'en bas ! C'est notamment valable pour la gauche plurielle ! (cf. Perte du triple A : Nicolas Sarkozy sanctionné, la gauche avertie, par Erik Izraelewicz (Edito du Monde))

La majorité actuelle lui aura bien savonnée la planche ! De manière irresponsable et même criminelle pour toutes celles et tous ceux qui vont avoir à subir un déclassement économique et social !

Comme le dirait Voltaire, aux mots il faudra très rapidement préférer la chose !

A bon entendeur, salut !

 

Voir également :

 * Quand la France perdra son AAA, par Nicolas Baverez (Le Monde)

 * Loi du 28 décembre 2011 de finances pour 2012

 * Pour une contre-agence de notation - Il faut d'autres critères que le marché, par Samuel Didier (Le Monde)

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Jean Poche - Publié dans : Regards multiples sur l'état de la France
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