Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 12:37

Le 10 décembre sera célébrée partout dans le monde la journée mondiale des droits de l'Homme.
A quelques jours de cette célébration, je m'interroge sur ce qu'est devenue la France, la patrie de ces droits qui ont été reconnus par l'ONU comme constituants intangibles des 'droits universels'.
Comment ne pas l'admettre : la France, ce grand Etat-nation tant aimé dans le Monde, va mal, même très mal !
Et pas seulement au niveau de ses comptes publics depuis trop longtemps à la dérive.
L'arbitraire, le sophisme et le mensonge l'emportent chaque jour un peu plus sur le respect le plus élémentaire des principes démocratiques et des droits les plus fondamentaux, au nom d'une conception néoconservatrice de l'Etat, de la sécurité et de 'l'ordre républicain' qui balaie d'un revers de main les engagements libéraux de l'Etat républicain au service de la " promesse démocratique ", insulte les textes les plus fondamentaux (tels que le Préambule de la Charte des Droits fondamentaux de l'Union européenne ), modifie sans vergogne les modes de scrutins territoriaux, législatif et présidentiel, aliène tout esprit de responsabilité en même temps qu'elle prive tout individu du droit le plus élémentaire de faire appel à son libre arbitre pour laisser libre cours, en conscience et en responsabilité, à ce " besoin essentiel de l'âme " que constitue le risque - comme le souligna si puissamment la philosophe Simone Weil (Connaissez-vous Simone Weil ?) -, y compris celui qui accompagne toute transgression délibérée d'une norme, que cette dernière soit ou non appréciée comme légitime et quelle revête ou non un caractère contraignant ?
La parole de la France, portée par les représentants de ses Institutions, quels qu'ils soient, est trop souvent désacralisée, désincarnée, déshumanisée, quand elle ne porte pas en elle-même le mensonge ou l'oubli ! Notamment lorsqu'elle émane de la bouche - aussi crispée que dédaigneuse - de ces 'directeurs' des conscience' qui émergent ici ou là au coeur des pouvoirs publics. Comment les Françaises et les Français pourraient-ils l'entendre et y souscrire ! Pourquoi devraient-ils avoir la foi dans ces prophètes et autres disciples de cette nouvelle religion de l'arbitraire et du despotique ! (Croire ! )
Quand bien même il se trouve désormais dans les allocutions et discours prononcés par le premier citoyen de France des éléments lyriques qui participent indubitablement d'un véritable souffle républicain, il s'en trouve trop souvent d'autres qui, par les caracicatures qu'ils portent autant que l'appel aux réflexes les plus primaires qu'ils provoquent, en brisent l'emphase et la force politiques avec la brutalité du 'despote obscur' !  
La référence appuyée aux valeurs chrétiennes, qui accompagne désormais, et de manière systématique et délibérée, celle aux valeurs des Lumières, semble nier la place toute aussi singulière et essentielle qu'occupent dans la culture et la fondation de la République laïque, une et indivisible, d'autres civilisations, d'autres valeurs, notamment antéchrétiennes (sumériennes, égyptiennes, hébraïques, grecques, romaines, ..). Comme si on voulait ignorer que l'Histoire de l'Europe est remplie d'exemples qui révèlent combien les discours politiques articulés de manière trop exclusive sur les valeurs, fussent-elles chrétiennes, sont source de catastrophes qui incitent à la plus grande vigilance, voire même à la plus grande défiance ! (cf. notamment à cet égard : Cinéma : Le Ruban Blanc (Drame de Michael Haneke) ).
Elle est d'autant rendue suspecte par le seul fait que " Faites ce que je vous dis, .... mais surtout pas ce que je fais !" semble être la devise de ces nouveaux thuriféraires des valeurs chrétiennes qui n'ont probablement ni lu les Ecritures saintes ni compris les enseignements des différentes versions du décalogue (Du décalogue ! ) si l'on en juge à leur comportement quotidien ?

Nb : Ce ne sont évidemment pas ces belles et généreuses valeurs qui sont en cause ici, mais bien l'instrumentalisation qui en ait faite au quotidien par des individus dont les moeurs et les élans politiques sont aux antipodes de ce qu'ils prônent avec le culot que confère la foi du charbonnier !
Cette référence de plus en plus récurrente aux valeurs est d'autant plus suspecte que, dans le même temps, la Constitution - sa lettre, et plus souvent encore, son esprit - est souvent contournée quand elle n'est pas tout simplement ignorée (cf. à cet égard, par exemple, Constitution française et Traité de Lisbonne : sont-ils totalement compatibles ? , Rêvons ensemble à une République qui offrirait à la Nation et à ses citoyens un cadre et une référence sans faille pour leur épanouissement ! ou encore Rêvons ensemble à une République qui ne lâcherait pas son Président en plein effort ! ) !
Corrélativement, les lois de la République :
 - sont parfois établies de manière grotesque (cf. à cet égard L'inacceptable faiblesse de la loi sur le service minimum ! ), quand ce n'est pas de manière inique, par des représentants de la Nation qui, outre le fait  qu'ils sont soumis aux contraintes avilissantes de l'investiture et qu'ils s'arrogent trop souvent le droit de s'abtenir de prendre part aux débats et/ou aux votes, s'alignent purement et simplement sur la position dictée par leur parti politique au lieu d'exprimer celle qu'ils ont mandat de rechercher auprès de ceux qu'ils représentent, à défaut de la Nation toute entière !,
 - et exécutées de manière tout aussi intolérable, soit parce qu'elles ne le sont tout simplement pas sur le terrain, soit parce qu'elles le sont en en trahissant froidement l'esprit républicain !
Ce qui vaut pour les lois vaut aussi, hélas, pour la Justice, où la sérénité, le secret de l'instruction comme le principe de présomption d'innocence ne sont plus de mise !
S'agissant de la 'sécurité', le thème politique porteur omniprésent dans le discours d'une 'droite décomplexée' qui joue de la surenchère, la surproduction législative témoigne d'une véritable pathologie collective ! L'application zélée de ces lois sous l'empire d'une exigence de performance aux visées et aux résultats contestés par ceux qui la subissent quotidiennement, rend quant à elle compte de la propension du part importante des agents de l'Etat à donner forme, sur le terrain, à la dérive autocratique, autoritaire, sécuritaire et liberticide à l'oeuvre !
... / ...

Pour la suite de cet article : De la démocratie française, aujourd'hui ! (2)

Par ERASME - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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