Pour les trois premières parties de cet article, voir :
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Encore faudra-t-il que ce projet politique puisse se concrétiser effectivement non seulement dans le budget européen mais également, à proportion de ce qui leur incombe en vertu des traités, dans les budgets nationaux ! (cf. La crise ou comment réduire les gaspillages et donner du sens à la solidarité européenne (GRASPE) )
C'est à l'issue d'un tel exercice que l'Union pourra - enfin - entreprendre la réforme tant attendue de son système des
ressources propres ! Une réforme qui devrait alors permettre de créer un véritable impôt européen citoyen dont l'absence actuelle affecte le sentiment d'appartenance des
citoyens de l'Union à une même communauté de projets et de destins ; des citoyens de plus en plus désanchantés par la médiocrité du discours politique, l'absence d'anticipation sur
le moyen terme autant que par l'impuissance - parfois doublée d'incompétence - des élites, publiques et privées, à élaborer, à mettre en oeuvre et à à superviser des processus
adaptatifs de régulation réellement efficaces et efficients.
L'Union européenne doit engager une large réflexion dans le but de revoir dans leur globalité les différents régimes
nationaux de prélèvements obligatoires (cotisations sociales, taxe professionnelle, taxe sur les salaires, TVA - y compris TVA sociale -, impôts sur le revenu, etc.) afin de définir un
ensemble de lignes directrices susceptibles de créer les conditions non seulement d'une harmonisation progressive de ces régimes, condition sine qua non au bon fonctionnement du marché
intérieur et à la suppression des distorsions de concurrence entre les Etats inhérentes à tout dumping fiscal ou social, mais également d'une meilleure compétitivité de l'ensemble des
piliers constitutifs de l'économie européenne dans un monde où les pouvoirs publics ne parviennent plus à maîtriser les effets sociaux et territoriaux de la globalisation économique,
technologique et financière, et d'une plus grande équité entre les citoyens de l'Union.
S'engager dans un
tel exercice exige du courage politique et n'autorise aucun grand écart dans l'engagement européen. Aussi est-il est indispensable que les dirigeants nationaux cessent d'appeler à
être solidaires un jour, tout en revendiquant le lendemain leur droit à être autonomes dans leurs choix et leurs décisions, jusqu'à faire preuve parfois de "patriotisme économique" voire même de
protectionnisme ! (cf. De l'urgence de cesser de recourir à la démagogie et au populisme au sein d'une Europe en proie
à ses propres incohérences ainsi que Guido Westerstelle : "Le dénigrement permanent de l'Europe est
désastreux" ).
Lorsque, à l'occasion des élections européennes, les partis politiques européens présenteront - enfin - des listes de candidats articulées sur un programme politique, économique et
social pour l'Union objet du débat électoral, alors le projet d'Union politique, citoyenne et sociale redeviendra un projet fédérateur crédible non seulement aux yeux
des citoyens européens, mais également à ceux des femmes et des hommes du reste du monde dont les regards se portent si souvent vers cette Europe qui parvient encore, parfois, à faire
rêver.
Puisqu'il nous est (encore) permis de rêver ensemble dans nos démocraties vacillantes, profitons en pour agir de manière aussi solidaire que responsable ! Et vite
! (cf. notamment Europe, quatre horizons pour la liberté, par Jacques Barrot - nouvelle édition
- )
Encore faudrait-il aussi que ce projet politique puisse s'incarner dans un leader charismatique ayant la capacité à entraîner l'ensemble des Chefs d'Etat et de gouvernement à gravir une à une les étapes du projet. Un leader capable de les faire cheminer par des voies qu'ils soient efectivement en mesure d'emprunter ensemble, même les plus faibles, en assumant sans concession, avec la plus grande compétence et la plus grande lucidité, la responsabilité d'anticiper et de gérer l'ensemble des défis qui se dresseront tout au long du parcours sans laisser quiconque au bord du chemin !
En véritable premier de cordée !
Quelques soient les qualités, réelles, des actuels présidents en exercice à la tête du Conseil européen et de la Commission, force est de constater qu'aucun n'incarne ce leader charismatique ô combien nécessaire pour réanchanter l'Europe aux yeux de ses citoyens !
" Aujourd’hui l’Europe est gouvernée, non par des leaders visionnaires en charge d’un grand dessein européen, mais par des dirigeants nationaux ordinaires, élus sur des agendas internes et soudainement hissés par la crise à un palier supérieur de perspective politique et confrontés à des évènements qui les contraignent à agir ensemble (hanging together) pour produire le bien commun européen. Telle est bien la fonction du Conseil européen dont le mode de fonctionnement est forcément intergouvernemental, puisque les grandes décisions impliquent toutes peu ou prou des transferts de souveraineté au moins de fait. Une fois la percée réalisée par consensus intergouvernemental la méthode communautaire s’impose naturellement comme la mieux appropriée à la mise en oeuvre qui revient à la Commission. La guérilla institutionnelle ouverte par le Parlement européen contre le Conseil peut servir de vecteur de ce passage de l’intergouvernemental au communautaire. On voudrait que ce combat donne lieu davantage à des débats politiques dans lesquels s’affronteraient des visions idéologiques différentes du modèle européen et des modes de faire de l’UE.
Mais ce mouvement n’est encore que sous-jacent. La crise devrait précipiter son avènement dans l’enceinte de Strasbourg et dans l’opinion publique européenne, pourtant tellement lente à émerger. La crise pourrait être le creuset de la Nouvelle UE. " (cf. L’Europe dans l’étau de la crise, par Pierre Defraigne (Madariaga Paper, Vol. 3, No. 4 - July 2010) )
Situation que dénonce également Valéry Giscard d'Estaing : " le principal [handicap de l'Europe] est la faiblesse de l'exécutif européen, à la fois sur le plan intérieur, pour faire progresser l'Europe, et sur le plan extérieur, pour affirmer ses positions. Cette faiblesse tient à la fois à la mécanique institutionnelle qui, avec une rotation semestrielle de la présidence, est une machine à affaiblir - voire à discréditer - l'Europe, et à la posture commune des dirigeants politiques actuels qui, à de très rares exceptions près, font passer les exigences de la politique nationale avant celles de la politique européenne. Cela revient à inverser la logique fondamentale du système : "ce qui est grand est européen", et se situe donc au-dessus des enjeux de la politique nationale. "
Pour autant, il serait intellectuellement malhonnête de ne pas reconnaître une évolution dans la prise en compte collective par ces dirigeants des préoccupations citoyennes revêtant une dimension politique objective. cette évolution se manifeste à la fois dans les innovations au fond introduites dans le Traité de Lisbonne, ainsi que dans le développement de stratégies et de processus clé en pareille matière. (cf. notamment à cet égard Mettre en place un espace de liberté, de sécurité et de justice au service des citoyens européens - Plan d'action mettant en œuvre le programme de Stockholm ; L'Union européenne lance son portail 'e-Justice' sur la justice en ligne ; ainsi que Peu à peu la doctrine globale de l'UE en matière de sécurité s'esquisse ! - nouvelle édition - ).
L'heure est venue de mettre de la rigueur, de la solidarité et de la responsabilité là où elles font encore défaut.
Pour Michel Foucher : " L'Union européenne doit se penser comme un centre mondial de pouvoir combinant assise économique, capacité
de négociation et de diffusion de ses normes, attention humaniste et réaliste aux questions de développement, engagement dans le règlement des crises qui la concernent directement et les
processus de stabilisation, promotion de son système géopolitique interne de compromis comme référence pour la gestion des questions globales. C'est sur cette base qu'elle peut traiter avec les
autres centres de pouvoir qui dessinent le monde polycentrique actuel. " (cf.
L'Union européenne dans le monde. De la référence à l'influence (Entretien avec Michel Foucher - Lettre n° 412 de la Fondation Robert Schuman) - nouvelle édition - )
Pour Michel Barnier : " C'est notre moment de vérité. Celui de savoir si nous resterons une puissance
régionale définitivement sous-traitante et sous influence des autres puissances mondiales. Ou si nous décidons d'être un acteur global pour être "à la table", défendre nos intérêts et participer
à un nouvel ordre mondial plus juste et donc plus sûr. Si tel est bien notre choix, alors
n'hésitons pas ! Nous avons une opportunité historique de réaliser une fois encore ce miracle européen qui fait que le tout est plus fort que l'addition des parties. Mais pour réussir, nous
aurons besoin du soutien sans faille de tous les acteurs, européens et nationaux. Catherine Ashton a accepté de relever le défi sans doute le plus difficile et le plus nécessaire. Celui d'être en
réalité la première ministre des affaires étrangères de l'Europe.
Que chacun, quelle que soit sa taille, soutienne cette ambition et accepte de mettre au pot commun sa propre valeur ajoutée diplomatique liée à son histoire, sa culture ou à son voisinage. C'est le moment de savoir ce que l'on veut. " (cf. Europe politique : c'est le moment de s'engager, par Michel Barnier (Le Monde) - nouvelle édition - )
Encore faudrait-il que les Européens en soient encore capables ! (cf. Les Français et les Européens sont-ils encore capables de faire preuve de solidarité et de responsabilité ? - nouvelle édition - ) !
Seul l'avenir nous le dira ! Un avenir que nous devons ne pas laisser nous échapper, tout simplement car " il nous a été légué par les générations futures " !
" Let it be ! "
Voir également :
* La démocratie européenne ne résistera aux chocs de la globalisation qu'au prix de profondes réformes au sein même des Etats européens ! (2)
* Vouloir bâtir une Europe politique comporte des exigences irréductibles !
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)