Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 12:15

L’offensive sur la dette grecque a de quoi surprendre. Des travaux rapides des agences de notation aux rumeurs distillées par le Financial Times sur une fausse dérobade chinoise, le dénigrement d’Athènes paraît d’autant moins fondé que lors de l’adjudication opérée fi n janvier, les Grecs ont trouvé cinq fois les fonds dont ils avaient besoin. Il faut aussi revenir aux perspectives économiques à moyen terme publiées par l'OCDE en novembre. Elles prévoyaient que la dette publique de la Grèce serait en 2017 de 95% du PIB, contre 100% en France et 105% aux Etats-Unis.
Revirement allemand
. A Bruxelles et à Francfort, on n’hésite plus à parler
d’une volonté américaine de déstabiliser l’euro. Le privilège exorbitant du dollar, qui permet aux Etats-Unis de vivre aux crochets du reste du monde, ne peut tenir que si aucune devise rivale n’émerge. Si les tentatives folkloriques d'Hugo Chavez de créer au travers du "sucre" une monnaie latino-américaine indépendante du dollar n’inquiètent pas Washington, il en va tout autrement des discours tenus à Nankin, lors du dernier sommet Europe-Chine, sur la possibilité pour les Chinois et les Européens de s’entendre sur un rôle accru de l’euro. Les Allemands qui, jusqu’à l’année dernière, répétaient par la bouche de Peer Steinbrück, le ministre des fi nances de l’époque, que l’euro était et ne devait être que la monnaie de l’Europe, seraient aujourd'hui disposés à lui donner un statut plus vaste. Voire à l’envisager en concurrent du dollar. Or, la crise grecque retarde cette éventualité.

Solidarité européenne. La situation actuelle pose aussi le problème des solidarités au sein de la zone. Paris s’est démené pour qu'elles soient sans faille. Bercy a fait progresser le dossier selon deux axes. Le premier était de s’assurer qu’en cas de vrais problèmes, - une fuite spéculative sur les dettes grecque, portugaise ou espagnole -, la solidarité européenne jouerait à plein et que la BCE accepterait sans hésiter de prendre en refinancement les papiers publics de ces pays. Il s’agit d’éviter un drame comparable à l’expulsion de la livre sterling du SME en 1992. Sous le prétexte d’un mauvais niveau de parité de la livre, la Bundesbank avait alors laissé tomber la Banque d’Angleterre, éloignant le Royaume-Uni de la future zone euro. Paris a fait savoir à Berlin qu’une telle attitude n’était plus de mise. Depuis, Bruxelles cherche le ton juste pour faire comprendre aux Grecs qu’il faut faire des réformes, aux marchés qu’il n’y a que des coups à prendre à faire monter les taux longs grec, portugais ou espagnol, et aux Etats-Unis que personne n’a intérêt à une guerre monétaire.
Un monde multi-monétaire
. Le second axe est la reformulation inévitable
du pacte de stabilité et de croissance. Paris insiste pour aller vite : plus aucun pays européen ne respecte les critères d’endettement. Selon le FMI et l’OCDE, les niveaux de défi cit nécessaires pour amortir le choc de la crise de 2008-2009 sont supérieurs au seuil des 3% du PIB. A Paris, Nicolas Sarkozy n’a pas de mots assez durs pour qualifi er le caractère tendancieux des études des agences de notation.

Il se montre plus déterminé que jamais à faire de la refonte du système monétaire international la priorité du G20. Au G8 de juillet dernier, il avait déclaré que le "monde doit être politiquement multipolaire et économiquement multi-monétaire".

Cette formule rencontre de plus en plus d’échos à Pékin, Tokyo et surtout Berlin, ce qui ouvre bien des perspectives (cf. également à cet égard Unions, enjeux et interactions monétaires : la Russie estime que la création d'une monnaie de réserve supranationale permettrait de juguler le "monopole financier" des Etats-Unis !).

PS : cet article de Jean-Marc Daniel a été préalablement publié dans l'édition n°1442 de LaLettreA.fr

Voir également à ce sujet sur ce blog :
 * La politique monétaire européenne : principes, résultats et questions actuelles, par Jean-Claude Trichet 
 * Une monnaie unique sans gouvernement ? 
 * A quel moment va-t-on renforcer la sécurité monétaire de l'euro et la sécurité économique et financière de la zone euro ?





Par Jean Poche - Publié dans : UE, enjeux économiques, financiers et monétaires
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