Partager l'article ! Dossier iranien vu du Brésil : Le président brésilien Lula veut jouer les médiateurs entre Iraniens et Israéliens, par Laurent Zecchini et Annie ...
Les Israéliens attendaient le président
brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, lundi 15 mars, à Jérusalem, avec un mélange de sympathie, un peu de condescendance et pas mal d'agacement. Ils
sont sensibles à cette visite du représentant du pays le plus influent d'Amérique latine, premier chef d'Etat brésilien à se rendre dans la région depuis la visite du dernier empereur du
Brésil, Dom Pedro II, en... 1876. Il s'agissait alors de la Palestine.
Pays émergent de l'économie globalisée, le
Brésil souhaite désormais jouer un rôle diplomatique à sa mesure, notamment au Proche-Orient. Les Israéliens ont noté que le président Lula se considère lui-même, grâce à son passé syndical,
comme un négociateur-né, un homme de dialogue capable de résoudre bien des conflits, mais ils doutent un peu de sa capacité à résoudre celui du Proche-Orient, qui a détruit les illusions de moult
hommes d'Etat chevronnés.
Dans un entretien publié par le quotidien Haaretz, le
président Lula définit ainsi sa "feuille de route" pour le Proche-Orient : "Les parties prenantes au conflit et les gens impliqués dans le processus sont depuis longtemps désabusés. Il est
temps d'introduire dans le jeu de nouveaux acteurs qui seront capables d'avancer de nouvelles idées. Ces acteurs doivent avoir accès à tous les niveaux du conflit : en Israël, en Palestine, en
Iran, en Syrie, en Jordanie et dans bien d'autres pays."
C'est à ce propos que le gouvernement du premier ministre
israélien, Benyamin Nétanyahou, trouve les idées de Lula moins amicales. Car le très populaire président brésilien, qui jouit d'un a priori favorable sur la
scène internationale, entend jouer les intermédiaires entre l'Iran et Israël. Il l'a prouvé en accueillant, le 23 novembre 2009 à Brasilia, le président iranien Mahmoud
Ahmadinejad.
Certes, cette visite officielle avait lieu quelques jours après
celle du président israélien Shimon Pérès, mais, depuis, le Brésil n'a pas adopté une attitude très favorable à Israël, estime-t-on à Jérusalem. En novembre, lors de la
réunion de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Brésil, comme la Turquie, s'était abstenu de voter une résolution condamnant Téhéran. En recevant la semaine dernière la
secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, Lula avait réaffirmé son hostilité à de nouvelles sanctions contre l'Iran, parce que, avait-il expliqué, "il ne faut pas
mettre l'Iran, dos au mur".
Position singulière
Dans Haaretz, il persiste : "Ma thèse est que nous
ne devons pas permettre qu'il arrive à l'Iran ce qui s'est produit en Irak. Donc, avant toutes sanctions, il faut tout faire pour favoriser la paix au Proche-Orient", insiste le président
brésilien, qui a prévu de se rendre en Iran en mai. La position singulière du Brésil risque d'être peu appréciée à Jérusalem au moment où Israël s'inquiète des atermoiements de la communauté
internationale pour adopter de nouvelles sanctions contre l'Iran.
Le président Lula assure qu'il a exhorté son homologue iranien à
cesser de demander la destruction d'Israël et de nier l'Holocauste, mais il ajoute : "Quiconque compare Ahmadinejad et l'Iran moderne à Hitler et aux nazis fait preuve du même radicalisme
dont il accuse l'Iran." La comparaison ne sera pas du goût des autorités israéliennes, mais elles ne devraient pas prendre ombrage de la "préoccupation" de M. Lula à propos de la
poursuite de la colonisation juive à Jérusalem-Est, tant celle-ci a fait l'objet de condamnations tous azimuts.
NB : Cet article a été publié dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 16 mars
2010.
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jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)