Partager l'article ! En Turquie, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, exploite un sentiment d'hostilité vis-à-vis d'Israël, par Guillaume Perrier (Le Monde): ...
Une semaine après l'annulation d'un exercice militaire commun, les dirigeants turcs
ont justifié leur décision d'écarter leur allié israélien des manoeuvres aériennes prévues au-dessus de la plaine anatolienne par un désaccord sur les opérations israéliennes menées à Gaza entre
le 27 décembre et le 17 janvier.
Assurant que les relations privilégiées entre les deux pays, liés par une alliance stratégique depuis 1996, ne seraient pas remises en cause par une crise présentée comme passagère, le président de la République, Abdullah Gül, a déclaré que "cela ne veut pas dire que la Turquie ne fera pas entendre sa voix contre les erreurs qui peuvent être commises". "On ne devrait pas penser que la Turquie restera silencieuse", a-t-il ajouté pour défendre la position de son gouvernement.
M. Gül a invoqué le rapport Goldstone, adopté par le Conseil des droits
de l'homme des Nations unies le 16 octobre mais rejeté par Israël, qui recommande que des enquêtes soient menées sur les opérations militaires de l'hiver.
L'argument de la "tragédie de Gaza" a été également avancé en
des termes moins diplomatiques par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan,
pour expliquer ce rafraîchissement dans les relations turco-israéliennes. "La Turquie n'a jamais été du côté des persécuteurs mais a toujours défendu les opprimés", a-t-il lancé samedi.
M. Erdogan a expliqué que, en repoussant ces exercices militaires, il s'est fait "le porte-parole du peuple". Ces déclarations ont provoqué la colère en Israël, où un mouvement de
boycottage des produits turcs a été lancé. Les touristes israéliens avaient déjà boudé les plages turques cet été.
En janvier, au forum de Davos, M. Erdogan avait brutalement quitté la
scène faute de pouvoir répondre au chef de l'Etat israélien, Shimon Pérès, qui avait défendu l'offensive à Gaza. En septembre, le ministre des affaires étrangères, Ahmet
Davutoglu, a annulé un voyage en Israël après le refus israélien de l'autoriser à se
rendre à Gaza. Même les chefs d'état-major turc et israélien ont échangé des reproches, laissant paraître une crise plus profonde.
Le 14 octobre, la diffusion sur une chaîne de la télévision publique
turque (TRT) de la série Ayrilik ("La Séparation"), montrant des soldats israéliens en train d'abattre froidement une petite fille ou de procéder à des exécutions sommaires, a ravivé l'émoi. Le
ministre israélien des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a
convoqué l'ambassadeur turc pour protester contre cette fiction, qualifiée d'"incitation à la haine".
" Modèle de réussite des juifs
"
Le terrain est propice en Turquie, où 53 % des habitants, selon une
enquête parue début octobre, se disent hostiles à l'idée d'avoir un voisin juif. Un sentiment antisémite que le premier ministre est accusé d'attiser à l'occasion. Dans un discours prononcé
devant les étudiants de l'université technique Yildiz d'Istanbul, le
8 octobre, il a ainsi expliqué avoir "observé le modèle de réussite des juifs", affirmant que grâce à "leur sens des affaires", "les juifs peuvent faire fructifier leur
argent en restant assis".
Les tensions avec Israël traduisent aussi des objectifs divergents au
Proche-Orient. A peine installé, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a
rejeté l'offre turque de poursuivre sa tentative de médiation entre la Syrie et Israël.
De son côté, la Turquie a accéléré son rapprochement avec Damas, mettant
fin à des années de brouille. Les gouvernements ont même organisé le 13 octobre, pour la première fois, un conseil des ministres commun à Alep, et les visas entre les deux pays ont été supprimés.
Des manoeuvres militaires communes sont prévues prochainement. Avec l'Iran, Ankara a adopté une position conciliatrice, s'opposant à des sanctions internationales sur le dossier du nucléaire. Et
le premier ministre Erdogan doit se rendre à la fin du mois à Téhéran.
Nb : Cet article est paru le 19 octobre 2009 sur le site Le Monde.fr
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