Partager l'article ! Europe de la défense : les nouveaux défis, par Javier Solana (Tribune - LeFigaro.fr): Le haut représentant de l'UE pour la Politique étrangè ...
Dans ce nouveau cadre, je vois
trois axes d'effort.
Premièrement, parachever la mise en ordre des instruments
existants. Rassembler les outils diplomatiques traditionnels de l'Union européenne et les placer sous l'autorité d'un seul et unique haut représentant qui contrôlera aussi les outils de gestion
de crise de l'UE, sera le gage d'une plus grande efficacité. C'est tout l'enjeu de la mise en œuvre du traité de Lisbonne, lorsque celui-ci sera définitivement ratifié. L'opérationnalité du
nouveau dispositif ne sera pas assurée en une nuit. Nous parlons de mettre sur pied ce qui doit devenir le premier réseau diplomatique mondial, épaulé par les ressources civiles et militaires de
27 États membres et fort d'un budget communautaire de près de 50 milliards d'euros d'ici à 2013.
Deuxième axe : renforcer la capacité de l'Union européenne
à déployer des opérations de
paix. C'est grâce aux progrès accomplis depuis dix ans que celle-ci, sous la présidence de la France, a déployé en 2008, en moins de trois semaines, l'opération
qui a permis d'enrayer, dans le Caucase, la crise entre la Russie et la Géorgie. C'est également grâce au succès de ses opérations en Indonésie, après le tsunami, ou dans la région des Grands
Lacs africains que l'Europe a acquis l'expérience et l'autorité nécessaires pour conduire des opérations plus ambitieuses encore. En clair, les Européens ont fait la démonstration de leur
capacité à déployer des opérations civiles, de la lutte contre le crime organisé dans les Balkans à la formation de la police afghane, et des opérations militaires, pour prévenir de nouvelles
catastrophes humanitaires au Tchad ou sécuriser des élections au Congo. Ce sont, au final, pas moins de 23 opérations sur quatre continents, soit près de soixante-dix mille hommes et femmes,
que l'Europe a déployées depuis 2003. Avec à chaque fois le souci de porter secours à des populations en détresse ou à des citoyens européens dont la sécurité et les intérêts sont directement
menacés. Tels sont les paramètres de l'Europe de la défense. La route est désormais tracée ; l'élan donné. Nul retour en arrière n'est envisageable. Preuve en est : si demain Israéliens
et Palestiniens parviennent à un accord, l'Europe sera attendue par ses principaux partenaires, américains et russes, pour assumer toute sa part, sur le terrain, dans la mise en œuvre d'une paix
historique. Mais engager des hommes et des femmes sur des théâtres lointains avec le matériel adéquat a un coût.
Garantir l'efficacité de la dépense dans un environnement économique soumis aujourd'hui à des contraintes : c'est le dernier axe
d'efforts.
En amont, la mutualisation des programmes européens de recherche et de développement de défense a encore plus de sens aujourd'hui qu'hier. Pour autant, la
partie n'est pas gagnée. Des habitudes ont été créées, mais elles ne sont pas encore devenues des réflexes. Des expériences passées doivent être tirées toutes les leçons. Avec franchise. Les
intérêts économiques et stratégiques des industries européennes en dépendent. En aval, ceci impose de développer davantage l'interopérabilité de nos moyens militaires et civils entre eux. Engager
sous un même drapeau européen les soldats et les policiers de plus de vingt nationalités différentes n'est pas une mince affaire. Et ce sera plus complexe lorsque nous prendrons la décision de
lancer des opérations européennes de protection civile, avec secouristes et pompiers des 27 États membres.
Enfin, il faut être capable de déployer une opération là où l'urgence
humanitaire l'impose, mais là aussi où l'on est assuré de la plus-value de l'engagement européen. L'Union européenne, comme les Nations unies, l'Otan ou l'Union africaine ont leurs spécificités
propres, des ressources autant que des contraintes particulières pour s'engager ou non dans telle ou telle région du monde.
L'efficacité de l'action dépendra de la complémentarité et du partage intelligents des responsabilités pour
gérer et régler les crises de demain. L'Europe de la défense a fait ses preuves depuis 1999. Mais elle n'a pas épuisé toutes ses vertus. C'est une chance qu'il faut saisir.
Source : Cet article est paru le 13 octobre 2009 à la fois sur le site LeFigaro.fr ainsi que dans l'édition du quotidien Le Figaro
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