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Pour la première partie de cet article, voir France-Allemagne, le malaise, par Hubert Védrine (LeMonde.fr) - Première partie -
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Je ne veux pas me poser ici en donneur de leçons. Je sais à quel point c'est difficile, et que les contacts au sommet sont déjà constants. Mais cela semble ne pas aboutir. Conclure utilement un tel débat suppose une relation franco-allemande fondée sur l'"intimité", comme l'ont rappelé Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing.
J'ajouterai : une volonté partagée. Pas plus à leur époque qu'à celle de Mitterrand et Kohl (et Dumas et Genscher), a fortiori aujourd'hui, avec le temps qui passe, cette intimité n'est une donnée de la nature. Elle est à (re)construire ou à consolider chaque jour, surtout si l'on veut qu'elle soit opérationnelle. Un vrai débat à grande échelle sur les choix actuels entre économistes des deux pays, sur le budget, les monnaies, la fiscalité, puis entre les politiques ensuite, avec les autres Européens, semble nécessaire pour qu'émerge la synthèse.
N'oublions pas que, pendant ce temps, la fin du monopole occidental se confirme et la compétition multipolaire s'amplifie. Et que nous devons faire de l'Europe un de ces pôles - ce qui n'est pas acquis -, faute de quoi elle deviendra un protectorat.
Maintenant que les attentes excessives envers le traité de Lisbonne (indépendamment des personnes choisies pour les principaux postes, et qu'il est trop facile de critiquer) se sont dissipées, on peut rappeler que, pour que l'Europe pèse, il faut d'abord que les principaux pays européens s'unissent sur les orientations stratégiques : la régulation financière (ce qui a l'air acquis entre la France et l'Allemagne et même, sur quelques points, avec la Grande-Bretagne, triangle magique), l'écologie, les relations avec la Russie, la Chine, le Moyen-Orient, etc., voire les relations avec les Etats-Unis (mieux saisir l'opportunité Obama).
La Commission de Bruxelles pourrait aider à cette convergence stratégique en indiquant sans détour les divergences à surmonter. Il est temps de cesser d'opposer de façon dogmatique "méthode communautaire" et "méthode intergouvernementale", comme s'obstinent à le faire les fédéralistes. Aucune des deux n'a jamais fonctionné sans l'autre. On ne va pas rechanger le traité ni les réalités européennes.
Que peuvent bien faire Catherine Ashton (vice-présidente de la Commission européenne, haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères), Herman Van Rompuy (président du Conseil européen) ou José Manuel Barroso (président de la Commission européenne), si la France et l'Allemagne et d'autres grands pays sont en désaccord ? Alors que, dans le cas inverse, ils peuvent beaucoup. Il faut que l'Europe se dote ainsi, de façon pragmatique et volontaire, assortie de calendriers, de vraies stratégies multipolaires, déclinées pôle par pôle, émergent par émergent, grand sujet par grand sujet. Tout est lié : le redémarrage d'une entente franco-allemande, clarifiée et productive, entraînant les autres partenaires.
Une action coordonnée au sein des Seize, des Vingt-sept, du G7, du G20, etc. Ne nous relançons surtout pas dans des querelles institutionnelles ! Si le moteur franco-allemand remarche bien, les Européens arriveront à définir des stratégies et des politiques communes, quitte à passer par des moments de tension. Question de volonté.
Mais il faut que tout ce qui se passe et se décide en ce moment en Europe, à chaud, soit beaucoup mieux expliqué et non de façon fragmentée ou précipitée ; que les opinions soient prises à témoin par plusieurs leaders s'exprimant ensemble, chez eux et en dehors de leur propre pays, pour que l'on sache où l'on va ; que les Parlements soient saisis et en débattent ; que la coordination nouvelle se manifeste concrètement, au G20 et ailleurs.
Une zone euro cohérente est le levier dont nous avons besoin. Les autres scénarios sont inquiétants. Le moment est important.
Hubert Védrine a été ministre des affaires étrangères (1997-2002), conseiller diplomatique de François Mitterrand (1981-1986), secrétaire général de l'Elysée (1991-1995), et préside actuellement l'Institut François-Mitterrand. Il est l'auteur de Face à l'hyperpuissance (Fayard, 2003) et du rapport sur La France et la mondialisation (Documentation française, 2007).
NDLR Regards-citoyens : voir également les articles de ce blog intitulés :
* ‘L’Europe attend les architectes’ - Un entretien du Figaro avec Jacques Delors ;
* Vers une plus grande synergie entre budgets européen et nationaux (Résumé)
* L'Eurogroupe prône l'assainissement budgétaire
* Les trois phases de l'Union économique et monétaire - nouvelle édition -
* Une monnaie unique sans gouvernement ? - nouvelle édition -
* Pour un nouveau traité d'Union économique (Maastricht II) (suite)
* Pour un nouveau traité d'union économique - Maastricht II ... en 2014 ? (suite)
* Le retour aux fondamentaux - les relations franco-allemandes en 2010
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