Partager l'article ! Grèce : la souffrance sans récompense, par Claire Gatinois (Le Monde): Rarement une élection en Europe aura autant attiré les regards. De sur ...
Rarement une élection en Europe aura autant attiré les regards. De surcroît dans un pays dont l'économie ne pèse guère plus que celle du département des Hauts-de-Seine : la Grèce. C'est que, dimanche 17 juin, de l'issue du scrutin législatif à Athènes dépendra l'avenir de la zone euro.
Que la population, écoeurée par quatre et bientôt cinq années de récession et de sacrifices, se prononce en faveur de la gauche radicale, Syriza, et c'est la catastrophe, estime-t-on à Bruxelles. Alexis Tsipras, leader du parti, s'est clairement opposé à la rigueur de la " troïka " (Banque centrale européenne, FMI et Commission européenne). Or, refusr ces efforts, en contrepartie des milliards prêtés au pays (cf. Retour sur la crise grecque !), équivant à ne pas respecter les règles de l'union monétaire, donc à devoir la quitter. En d'autres termes, le pays a le choix entre " rester et souffrir ou bien sortir et disparaître ", résume l'écrivain Makis Malafekas.
Un dilemme insoluble que les " mélenchonistes" grecs ne sont pas les seuls à dénoncer. Des économistes, y compris anglo-saxons, s'alarment aussi des recettes de la " troïka ", jugées au mieux inefficaces et au pire corrosives (NDLR Regards-citoyens.com : sans oublier celles de tous ces sommets européens " de la dernière chance " qui se sont succédés depuis près de 4 années). Dans un rapport de février 2012 intitulé More Pain, No Gain for Greece (" plus de souffrance, mais pas de récompense pour la Grèce "), Mark Weisbrot et Juan Antonio Montecino, du Centre pour la recherche économique et en politique (CEPR), à Washington, notent que le FMI a dû réviser ses calculs à maintes reprises pour avoir sous-estimé les effets récessifs de l'austérité. L'erreur de calcul n'est pas mineure : la cute du produit intérieur de brut (PIB) a été minimisée de 6,9 %, disent-ils. Or, plus le pays avance dans la " rigueur ", plus la récession s'aggrave.
A leurs yeux, la " troïka " s'est trompée dans son analyse en pensant que la Grèce pourrait s'en sortir en opérant une " dévaluation interne ", c'est à dire en compensant son incapacité à dévaluer la monnaie par une baisse des revenus et des salaires pour retrouver sa compétitivité.
L'Argentine, qui depuis son défaut fin 2001-début 2012, est devenue la référence de ce qu'il faut ou ne faut pas faire en matière de faillite d'Etat, ne s'en est pas sortie comme çà, rappellent-ils. Si le pays a su faire rebondir son PIB de plus de 63 % entre 2002 et 2008 (en prix constants), c'est justement en abandonnant cette politique de dévaluation interne, en desserrant l'étau de la rigueur et en permettant aux ménages de consommer et aux entreprises d'investir à nouveau. Finalement, les exportations du pays, certains dopées par l'envolée des prix agricoles, n'ont contribué qu'à une petite parte du " miracle argentin ", affirment les auteurs.
Dans ce contexte, il semble logique que la médecine de la " troïka " ne marche pas à Athènes. Et si les exportations grecques ont progressé en 2011, c'est au prix de l'atrophie du reste de l'économie. Entre janvier 2008 et mars 2012, le PIB s'est écroulé de 17 % et les faillites s'accumulent. En 2011, 9,2 sociétés fermaient quand 10 étaient créées, selon l'association des exportateurs helléniques. Une situation dramatique dans un pays où l'industrie manufacturière est déjà malingre.
Aucun cercle vertueux ne s'enclenche. A Athènes, la chute des salaires ne se traduit même pas par une baisse des prix. Dans les supermarchés du pays, les produits sont aussi chers qu'à Paris. Et pour cause, l'essentiel est importé. Quant au tourisme, il souffre des images d'émeutes diffusées sur les télévisions mondiales. Persister dans cette direction serait donc dangereux. Et destructeur. " Quatre ans de récession pèsent sur la qualité des infrastructures et la qualité de l'industrie " note Laurence Boone, économiste chez Bank of America - Merrill Lynch, à Londres.
Certes, la " troïka " a des raisons d'être exaspérée. Les réformes trainent, les promesses ne sont pas tenues. Depuis deux ans, les privatisations prévues pour combler une partie du déficit n'ont pas abouti. Et plus le temps passe, plus l'argent part en fumée. Le FMI notait dans un rapport intermédiaire que certaines sociétés publiques avaient déjà perdu 50 % de leur valeur.
Difficile aussi de travailler dans un pays où le monde des affaires est dit " fossilisé " par la bureaucratie et les rigidités du marché du travail. Délicat, enfin, de collecter l'impôt dans une société minée par la corruption et la fraude fiscale, estimée entre 15 et 20 milliards d'euros par an par le cabinet McKinsey ...
Mais, contourner l'obstacle en laissant l'Etat s'attaquer au salaire minimum des jeunes (érduit de 32 %), aux dépenses de santé; ou à la TVA (relevée à 23 %), n'a fait qu'envenimer les choses. La population aurait sans doute été mieux disposée à accepter des sacrifices si elle avait associé l'arrivée de ces bailleurs de fonds à la mise en place de mesures visant à rétablir un Etat de droit et une justice fiscale.
Au lieu de cela, les Grces voient leur modèle social voler en éclats tandis que le chômage s'envole. Qu'une partie de la
population soit tentée de rejeter la manière dont l'austérité lui est imposée n'a doc rien d'irrationnel. Certains s'étonnent même que le pays n'ait pas déjà craqué. L'Argentoine, elle, n'avait
enduré " que " trois années et demie de récession avant de fiche dehors le FMI et de répudier sa dette.
Voir également :
- Du contrat social (Jean-Jacques Rousseau)
- La preuve par les faits serait plus convaincante que la répétition de messages ambitieux !
- L'enjeu des
politiques de prix de transfert ... et ceux de leurs contournements - nouvelle édition -
- OCDE : la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale
- La "mise sous tutelle" : une sanction que les pays en développement connaissent bien (Le Monde) !
- Les endettés veulent savoir « Qui va payer ? »
- En 2006, pour la Fed, rien à signaler, par Sylvain Cypel (Le Monde)
- De l'économie de l'insécurité !
- Le libre échange toujours au centre des priorités !
- L'Union européenne est-elle encore une puissance normative crédible ?
- Le "pacte budgétaire" européen : objectif ou point de départ ? par António Vitorino (Notre Europe)
- Trois évolutions - parmi d'autres - de l'UEM qu'il aurait fallu opérer !
- Vouloir dévaluer l'euro par rapport au seul dollar est une ineptie
!
- C'est d'un pacte d'investissement social dont l'Europe a besoin ! par Terra Nova (nouvelle édition)
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)
"La démocratie est d'abord un état d'esprit" (Pierre Mendès France)
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