Partager l'article ! Guido Westerstelle : "Le dénigrement permanent de l'Europe est désastreux": Le libéral (FDP) Guido Westerwelle est ministre allemand des affai ...
Le libéral (FDP) Guido Westerwelle est ministre allemand des affaires étrangères depuis octobre 2009. A 48 ans, il
participe à Paris, jeudi 4 février, à son premier conseil des ministres franco-allemand. (cf. Les institutions au service du
"couple" franco-allemand )
Le quotidien Le Monde publie dans édition en date du 5 février un entretien franc et direct avec lui que
Regards-citoyens a décidé de mettre à la disposition de ses lecteurs.
Votre première visite de ministre des affaires étrangères a été pour Varsovie et non pour Paris. Avez-vous conscience d'avoir irrité en France ?
Il n'y a pas eu d'irritation,
sauf chez ceux qui voulaient être irrités. La chancelière s'est envolée en visite officielle chez Nicolas Sarkozy dès le soir de son élection. Il ne pouvait y avoir de signe plus fort. Avec mon homologue, Bernard Kouchner, nous avons décidé de rénover les relations du triangle de Weimar, entre la
Pologne, l'Allemagne et la France. Nous, Allemands, avons réussi à développer avec nos voisins occidentaux, en particulier la France, une amitié et des liens étroits, de l'amour pour beaucoup de
citoyens. Les mariages mixtes sont devenus naturels. On ne les remarque même plus.
En tant qu'enfant de la Rhénanie né en 1961, année de la construction du mur de Berlin, je veux réussir la même chose avec nos voisins d'Europe de l'Est. Ma visite à Varsovie était décidée avec la France. Nous vivons dans l'Union européenne, pas dans une Union européenne occidentale.
Non. Rappelez-vous la situation des années 1970. Ne faites pas comme si tout cela était écrit d'avance. Nous avons
connu des avancées extraordinaires. Les gens de ma génération, ceux qui n'ont pas connu la guerre, doivent continuer, même si c'est moins spectaculaire. La langue allemande est la langue des
poètes et des penseurs, celle de la musique. C'est pourquoi, elle ne doit pas être abandonnée comme langue officielle en Europe. Mon ministère dépense chaque année 300 millions d'euros pour la
promotion de notre culture et de l'allemand. Les Français voient cela avec sympathie, car ils se font eux aussi du souci pour leur langue.
Mme Merkel et M. Sarkozy ont adopté, jeudi, 80 mesures pour 2020. Une profusion qui révèle une
absence de stratégie ?
Cela confirme que l'amitié franco-allemande gagne sans cesse en normalité. L'important est que cet agenda ait vu le jour. La France et l'Allemagne ne se
contentent plus de s'entendre, elles agissent ensemble sur la scène internationale. J'ai eu une coopération excellente avec Bernard Kouchner, qui a largement conduit au succès de la conférence de
Londres sur l'Afghanistan.
Berlin a rejeté la proposition de Paris d'envoyer à Kaboul la
brigade franco-allemande...
Nous avons des contraintes constitutionnelles différentes dont nous ne pouvons pas nous abstraire. Mais nous aurons des actions communes sur place.
Quel rôle pouvez-vous jouer dans la relation franco-allemande et
en Europe, un domaine quasi réservé à la chancelière ?
Vous voulez me mettre dans une concurrence institutionnelle avec la chancelière. J'ai avec elle un partenariat excellent. Sur les relations franco-allemandes, je n'arrive pas à trouver un point
de discorde. Pour le Conseil européen, c'est le résultat de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne que j'ai approuvé. Si l'Europe, à l'heure de la mondialisation, parle de plus en plus d'une
seule voix, c'est dans notre intérêt à tous. Ainsi, je soutiendrai de toutes mes forces la Haute représentante pour les Affaires étrangères, Catherine
Ashton. La France, j'en suis sûr, fera de même.
Pourtant, avec M. Kouchner, vous ne l'avez pas incitée à être
plus réactive au moment du tremblement de terre en Haïti...
Si la haute représentante devait coordonner une aide, c'est en Europe. Elle l'a fait. J'ai eu avec elle des vidéoconférences. L'Europe a été le continent de l'amour du prochain en Haïti. Le but n'était pas de se montrer devant les caméras, mais d'agir. Je ne suis pas non plus allé à Haïti, mais l'Allemagne a consacré plus de 100 millions d'euros à l'aide médicale, l'accès à l'eau, etc.
Ce n'était pas le moment de penser aux symboles, mais de savoir comment être concrets. Parlons de ce que nous
réussissons. Le dénigrement permanent de l'Europe est désastreux, même si certaines décisions dérisoires m'agacent, comme l'interdiction des ampoules à incandescence par
Bruxelles.
La Cour constitutionnelle de
Karlsruhe, en dénonçant en 2009 le déficit démocratique de la construction européenne, a-t-elle porté un coup d'arrêt à l'intégration de l'Allemagne dans l'Union européenne ?
Pas du tout. Karlsruhe a renforcé les pouvoirs du Parlement, a veillé à ce que les Länder soient impliqués dans les décisions européennes. En tant que parlementaire convaincu, je le comprends.
Mais elle a autorisé le traité de Lisbonne. L'Allemagne poursuivra son chemin en Europe et vers l'Europe.
Quand Nicolas Sarkozy a proposé une agence européenne d'achat du gaz, un EADS maritime, un gouvernement économique en Europe, une force de protection civile
européenne, l'Allemagne a été réticente...
Le président français fait des propositions intéressantes et maintient en permanence le moteur franco-allemand en mouvement. Ses idées
seront toujours étudiées et débattues en Allemagne. On ne peut pas dire que nous avons des différends parce nous débattons.
Si une proposition française n'est pas immédiatement saluée par un bravo en Allemagne, cela est souvent dû à notre Constitution.
En France, lorsque le gouvernement une idée, il peut l'imposer immédiatement. Mais, en Allemagne, nous avons un
équilibre subtil des pouvoirs entre l'Etat fédéral et les Länder à respecter. L'idée d'une force de protection civile doit être regardée avec une très grande prudence, car cela relève de la
compétence des Länder.
Voir également sur ce blog, en lien avec le contenu de cet entretien :
- les articles de la rubrique : Le couple franco-allemand en mouvement ;
- Cycle franco-allemand sur les hautes technologies (IFRI - CERFA ) ;
- Guy Verhofstadt a relancé le débat sur la nature de l'Union européenne de demain ;
- La
démocratie européenne ne résistera aux chocs de la globalisation qu'au prix de profondes réformes au sein même des Etats européens ! (1) ;
- La
démocratie européenne ne résistera aux chocs de la globalisation qu'au prix de profondes réformes au sein même des Etats européens ! (2)
L'intimité entre sociétés française et allemande n'est-elle pas menacée ? L'apprentissage de la langue du voisin s'est effondré...
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)