Le cabinet de sécurité restreint israélien a approuvé mercredi soir la proposition de Benjamin Netanyahu de suspendre pour dix mois la construction de nouvelles colonies en Cisjordanie mais pas dans les zones annexées à la municipalité de Jérusalem.
Saluée par les Etats-Unis, cette initiative, qui ne porte pas non plus
sur les logements approuvés ou en cours d'achèvement, est présentée comme visant à " faciliter la reprise du processus de paix " voulue par l'administration américaine de Barack Obama,
mais elle ne satisfait pas aux exigences palestiniennes.
" Cela nous permet de présenter au monde une simple vérité: le
gouvernement israélien veut engager des négociations et il est très sérieux dans son intention de progresser vers la paix ", dit Netanyahu dans un SMS envoyé par ses services aux
journalistes.
Plus tard, dans une allocution télévisée prononcée en hébreu puis en anglais, il a souligné qu'Israël faisait ainsi un pas important vers la paix. "
Il est temps que les Palestiniens fassent de même ", a-t-il lancé.
Le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Rdaïnah, a réagi en rappelant la position du président palestinien: " Tout retour aux négociations doit
se faire sur la base d'un gel total de la colonisation et, avant tout, à Jérusalem ".
La décision israélienne signifie la suspension des délivrances de permis de construire pendant dix mois pour les colonies de "Judée-Samarie", le nom
donné par les Israéliens à la Cisjordanie, ainsi que de toute nouvelle construction dans ces implantations.
Le groupe israélien " La Paix maintenant ", hostile à la colonisation, a salué une décision " historique
".
Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a dit espérer que les colons comprendront cette mesure destinée à maintenir de bonnes relations avec
les Etats-Unis, afin notamment de préserver la supériorité militaire de l'Etat juif dans la région.
Le secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton et l'émissaire spécial de Barack Obama pour le Proche-Orient, George Mitchell, ont également accueilli
avec satisfaction l'initiative israélienne.
Celle-ci, a dit George Mitchell, peut avoir " un impact important " sur les efforts de paix. Pour Hillary Clinton, la décision israélienne "
aide à faire avancer " les efforts pour mettre fin au conflit.
" 70% DES PALESTINIENS POUR LA PAIX "
Lors de son sommet tripartite avec Barack Obama et le président palestinien Mahmoud Abbas en septembre à New York, le Premier ministre israélien a
refusé au chef de la Maison blanche un gel total des constructions, affirmant qu'il fallait répondre au besoin démographique des familles de colons.
Il a proposé par la suite, pour complaire au président américain, de limiter les constructions en Cisjordanie aux 3.000 logements déjà approuvés pendant
une période de neuf à douze mois, une initiative saluée par les Etats-Unis, dont Abbas a déploré la "volte-face".
En formalisant mercredi son initiative, Benjamin Netanyahu peut espérer obtenir un appui américain plus explicite et des pressions accrues sur le
président palestinien pour qu'il retourne à la table de négociation sans conditions préalables.
Mais, interrogé sur ce moratoire de dix mois, le Premier ministre palestinien Salam Fayyad a déclaré à la presse: " Qu'est-ce qui a changé pour
rendre aujourd'hui acceptable ce qui ne l'était pas il y a une semaine ou dix jours ? L'exclusion de Jérusalem est un problème très sérieux pour nous. "
Pour sa part, dans une interview accordée au site internet du journal argentin Clarin avant l'annonce du plan Netanyahu, le président Abbas réaffirme
son exigence d'un gel complet de la colonisation, invitant les Etats-Unis à peser en ce sens sur Israël.
" Nous ne croyons pas pouvoir redémarrer les négociations alors qu'ils continuent à construire sur nos territoires. Ils doivent arrêter cela, et
après seulement nous négocierons les frontières ", souligne-t-il.
L'Autorité palestinienne veut l'établissement d'un Etat palestinien en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où vivent 500.000 colons juifs aux côtés de 2,7
millions d'Arabes, et dans la bande de Gaza, évacuée par Israël en 2005. L'extension des colonies mine cet espoir.
A propos du président Obama, Abbas estime qu'" il n'a rien fait jusqu'à présent " mais qu'" il fait de son mieux pour ranimer le processus
de paix ". " Je crois que, à l'avenir, il pourrait jouer un plus grand rôle que ce n'est le cas actuellement. "
Mahmoud Abbas a confié par ailleurs à Clarin qu'il ne croyait pas que le gouvernement de Netanyahu recherchait la paix, alors que " 70% des
Israéliens sont pour " et " devraient élire un nouveau gouvernement qui croit à la paix ".
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)