Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /Jan /2010 17:30

Après l'Irak qui le fut et l'est encore pour des motifs qu'il n'est plus nécessaire de rappeler et de commenter, les vrais motifs étant de toute évidence autre que ceux qui ont justifié l'intervention étrangère dont les résultats sont calamiteux à maints égards, et probablement autres que ceux qui sont repris habituellement par les commentateurs,
après l'Afghanistan où encore davantage de nations " occidentales " sont engagées militairement pour les résultats que l'on sait, cette omniprésence étrangère s'avèrant dramatiquement impuissante à juguler les menaces à la sécurité et à asseoir la démocratisation dans cette zone si singulière où les taliban reprennent chaque jour un peu plus le contrôle des zones rebelles en faisant de plus en plus de victimes dans les rangs des forces étrangères (cf. notamment http://www.icasualties.org/OEF/index.aspx , sans oublier les nombreux nombreux morts et blessés autochtones qui ne figurent que trop rarement dans le dénombrement des victimes), après plus de 8 années de combats acharnés mettant en présence des capacités de feu passablement asymétriques,
c'est désormais au tour du Pakistan de faire l'objet d'intrusions militaires d'une autre nature (drones, bombardements aériens, etc.) que celles qui sont inhérentes aux activités discrètes des forces spéciales qui poursuivent leur mission de harcèlement des foyers de combattants islamistes qu'on se complait encore à qualifier de forces combattantes d'Al Qaeda !
Il y a un mois, le Président Obama a publiquement manifesté son souhait d'une révision des options stratégiques des Etats-Unis en Afghanistan (cf. Barack Obama demande de revoir les options sur l'Afghanistan (Reuters) ). Les résultats de cette requête sont connus : peu d'évolutions ont été apportées aux options en cours (cf. Le président Barack Obama face à la situation en Afghanistan ).
Les arguments politiques et stratégiques évoqués par le Président Obama pour pousuivre l'offensive militaire ne sont pas totalement convainquants (cf. Les principaux points du discours d'Obama sur la stratégie en Afghanistan (AFP) ), loin s'en faut, quand bien même l
e Président de la République française, Nicolas Sarkozy, a jugé bon d'y souscrire publiquement (cf. Nicolas Sarkozy salue le discours d'Obama sur l'Afghanistan (Clément Dossin - Reuters) ). 
Les effectifs des forces étrangères déployées en Afghanistan sont actuellement de 110.000 hommes, dont 68.000 Américains. Outre les 40.000 hommes supplémentaires qu'il réclame au président américain, Stanley McChrystal recommande de porter les effectifs des forces afghanes à 400.000 hommes, pour permettre un retrait progressif des contingents étrangers.
La position des Etats impliqués dans ces différents conflits aux motivations aussi complexes que variées est de plus en plus suprenante en même temps qu'elle est devenue intenable (à commencer sur le plan budgétaire, est-il utile de le rappeler ? ) !
Comment ont-ils pu se laisser embarquer dans cette aventure hasardeuse en étant aussi docile aux injonctions amicales de l'allié en chef au sein d'une Organisation militaire, l'OTAN qui semble avoir besoin du laboratoire AF-PAK (comprendre " Afghanistan - Pakistan ") pour expérimenter de nouveaux concepts d'emploi et de nouveaux éléments de doctrine à la veille de la rédefinition de son concept stratégique, et se trouver une nouvelle légitimité existentielle ?
Peut-on vraiment croire que des Etats qui ne consacrent qu'une part infime de leurs budgets à la solidarité nationale et aux plus démunis de leur propre nation alors même qu'ils se sont montrés tellement inopérants devant les inepties traumatisantes de leurs propres spéculateurs financiers, et développent des stratégies de sortie de crise qui sont loin de faire consensus (L'impasse des stratégies de sortie de crise, par Nicolas Baverez ) soient vraiment soucieux de " libérer les femmes afghanes ", de " scolariser les enfants afghans ", de " créer les conditions d'une démocratisation " de ce Pays où règnent encore les seigneurs de la guerre, où les institutions mises en place avec l'appui des nations occidentales ne donnent pas les résultats minima qui leur avaient été assignés, et dont  les caractéristiques géomorphologiques n'en font pas un jardin d'Eden pour aventuriers ou touristes occidentaux en mal d'exotisme ?
Croyez-vous que la menace terroriste d'origine islamiste qui pèse sur la sécurité en Europe, qui est bien réelle comme en attestent les nombreuses opérations de démantèlement de réseaux entreprises chaque année dans les Etats membres de l'Union européenne, ait encore pour origine des membres de ces factions armées continuellement labellisées " Al Qaeda " alors même qu'elles ne disposent plus des soutiens politiques et militaires dont elles jouissaient jadis, notamment quand elles étaient armées et entrainées par les " pacificateurs " de l'Afghanistan ?
Pourquoi personne ne veut reconnaître la faillite des opérations militaires, quelqu'en soient les buts et les théâtres, dès lors qu'elles ne seraient envisagées que sous le seul angle de la défense ? (cf. à cet égard les articles de ce blog relatif à l'expérience française au Maroc, au début du XXème siècle : La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Première partie - ; La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Deuxième partie - ainsi que La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Troisième partie - ).
Le montant considérable des dépenses militaires américaines (supérieur à 600 milliards de dollars par an - dont 70 milliards pour les opérations en Irak et en Afghanistan -, soit 5 fois le montant des dépenses inscrites au budget annuel de l'Union européenne, et 170 % du montant des dépenses inscrites au budget général d'un Etat comme la France) à un moment où les économies du monde entier, et notamment l'économie domestique américaine, pâtissent gravement du surendettement public des Etats-Unis, comme, d'ailleurs, de celui de leurs principaux alliés présents à leurs côtés sur ces théâtres, trahit une fuite en avant quelquepeu suicidaire de la superpuissance américaine en mal de reconnaissance ; laquelle semble chercher aujourd'hui tant dans un plan visant à réintégrer les taliban dans le 'jeu' afghan (cf. Washington prêt à soutenir un plan de réintégration des taliban (Reuters)), que dans son investissement considérable en Haïti, les ressorts d'une réhabilitation internationale !
Un tel niveau de dépenses militaires est totalement incongru au moment où les économies nationales subissent des chocs violents qui mettent gravement en péril les grands équilibres intérieurs des Etats-Unis autant que les grands équilibres internationaux à un moment historique où sont prônées de toutes parts à la fois la nécessité d'un désarmement mondial généralisé, y compris sur le registre nucléaire, et celle d'une refonte complète du système international de manière à permettre les anticipations et les régulations qui font encore cruellement défaut vis-à-vis d'une globalisation stratégique source de défis globaux d'un genre nouveau (cf. Global Risk Report 2010) qui rendent chaque jour plus illusoires et plus vaines les réponses archaïques du XXème siècle, fussent-elles militaires ?
Cette fuite en avant qui consiste à impliquer toujours plus de nouveaux moyens militaires et à surmédiatiser les quelques bons résultats obtenus (non pas sur le plan militaire mais sur celui de la reconstruction, là où les menaces sont les moins pressantes) est incompréhensible autant pour les experts de la Région que pour les citoyens des Etats engagés dans une guerre qui leur semble sans issue alors qu'elle produit quotidiennement, comme ce fut le cas en Irak, son lot de décès et de blessés graves parmi les forces engagées autant que parmi les populations civiles (victimes collatérales !).
Pourquoi les Etats parties à ces conflits n'envisagent-ils pas de sortir rapidement de ces théâtres mortifères alors que tout atteste qu'ils se trouvent " enferrés " dans cette sous-région improbable où ne se jouent ni l'avenir du dollar, ni le cours des matières premières stratégiques, ni l'avenir de la démocratie occidentale, ni l'avenir de la planète face aux risques financiers, aux risques géopolitiques, aux rsiques écologiques ou au risques technologiques, ... !?
Que cherchent-ils vraiment ?
La population de l'Afghanistan avoisine aujourd'hui les 35 millions d'habitants ! Selon les projections démographiques, elle atteindrait 50 millions d'habitants autour de 2025. 
Si le potentiel de croissance est particulièrement élevé, notamment en raison d'une diaspora dynamique forte de 4 millions d'individus et de ressources minérales importantes (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l'Afghanistan), le PIB ne dépasse qu'à peine les 10 milliards de dollars (ce qui place l'Afghanistan au 120ème rang mondial - cf. http://siteresources.worldbank.org/DATASTATISTICS/Resources/GDP.pdf -) ; l'Etat est faible ; le taux d'alphabétisation est en moyenne de 36 % (51 % chez les hommes et 21 % chez les femmes) ; le taux d'accès à l'eau potable n'est que de 13 %.
Dans ces conditions, est-il vraiment réaliste d'envisager de doter ce pays d'une armée de 400 000 habitants alors que des Etats comme la France ou la Grande Bretagne (qui comptent plus de 60 millions d'habitants, et qui se situent au 5ème et 6ème rangs mondiaux pour le PIB) sont contraints de réduire le format de leurs armées en deçà de ce chiffre ? La réponse est naturellement contenue dans la réponse !
Pourquoi un tel aveuglement devant de telles évidences ?
Que cherche-t-on à vouloir à tout prix persévérer dans des erreurs qui confinent de plus en plus à des fautes ?
Pendant combien de temps encore les forces militaires étrangères engagées sur ces différents théâtres vont-elles être autorisées par les Etats de la Région à mettre durablement en péril la stabilité stratégique de la Région autant que la sécurité même des Etats qu'elles ont mission de protéger ?
Pour le moment, les acteurs régionaux " semblent " ne pas manifester ni trop d'inquiétude à voir autant d'acteurs exogènes dans la Région, ni même trop d'impatience à voir se clore ce nouvel épisode guerrier impliquant des dizaines de milliers de militaires occidentaux dans une région qui ne constitue pourtant pas une zone d'influence naturelle des puissances occidentales, notamment depuis le départ forcé des britanniques dans les conditions que l'on sait !
La Chine qui partage une frontière tant avec l'Afghanistan qu'avec le Pakistan, semble encore disposée à accepter de voir s'installer à ses marches des moyens militaires de haute intensité pour une cause que la communauté internationale reconnait encore comme " juste " ! Mais jusque quand restera-t-elle dans cette posture conciliante ?
Le Pakistan, Etat nucléaire souverain qui n'est pas (encore) déclaré 'Etat failli', est devenu le théâtre quotidien de soubresauts violents comme en attestent les nombreux attentats sanglants qui suscitent chaque jour un peu plus la colère des populations (cf. Afghanistan : les forces étrangères accusées de « crimes de guerre », par Karim Pakzad (nouvelle édition) ainsi que Un rapport met en garde contre l'islamisation du Pakistan (Reuters)) !
L'Inde craint une déstabilisation du¨Pakistan, pourtant son ennemi héréditaire depuis la création de ce Pays improbable ; une déstabilisation qui pourrait résulter à la fois des conflits en cascades qui embrasent peu à peu toute la Région et de l'échec des forces militaires des nations étrangères engagées sur ces différents théâtres, la catastrophique expérience irakienne ayant suffi à consacrer à la fois le caractère " faillible " des doctrines militaires " occidentales " et la " vulnérabilité " de forces occidentales pourtant percues pendant la guerre froide comme invincibles sur le plan militaire (mis à part la lourde défaite française, puis américaine, au Vietnam) !
L'Iran, assaillie à la fois par une communauté internationale profondément irritée par sa stratégie de sape systématique du processus de négociation engagé à propos de son programme nucléaire autant que, à l'intérieur de ses frontières, par les mouvements de contre-révolution qui se multiplient depuis les dernières élections nationales, perçoit son " encerclement " progressif par ces mêmes forces militaires comme une menace militaire à peine voilée qu'il se sent prêt à juguler si es évènements l'exigeaient, en mettant à feu et à sang les théâtres déjà ensanglantés autant que les champs pétrolifères si convoités de la Région !
La Russie, bien que plus éloignée de la zone, et bien qu'elle garde en mémoire sa déroute insultante des années 90, se dit prête à intervenir à nouveau en Afghanistan sur la demande de ceux-là même, les Etats-Unis, qui ont ouvertement favorisé à coup de millions de dollars et d'assistance militaire le renforcement des forces d'Al Qaeda et des Taliban dont les activités de déstabilisation par la violence armée justifient aujourd'hui l'intervention internationale musclée dans la zone ! Curieux rebondissement de l'histoire en moins de 20 années, vous ne trouvez pas ? Ses engagements au sein de plusieurs organisations régionales à finalités économique, politique et militaire constituent une donnée importante qu'il conviendrait de ne pas sous-estimer dans les évaluations stratégiques !
Une remarque de bon sens a fréquemment court en France comme en Belgique : " Lorsque l'on joue tous les soirs avec des allumettes à côté d'une station d'essence au prétexte qu'on veut y mettre un peu de lumière, il ne faut peut-être pas s'étonner que cette dernière finisse par vous sauter au visage ! "

Qu'attend le Conseil de sécurité de l'ONU pour mettre sur la table un projet de résolution appelant à recourir à d'autres instruments du droit international pour régler ces conflits d'un genre nouveau ?
Prenons acte des recommandations extrêmement sages formulées par un ancien Secrétaire général de l'OTAN, Javier Solana, à la veille de quitter  ses fonctions de Haut Représentant pour la PESC de l'Union européenne : " [...] il faut être capable de déployer une opération là où l'urgence humanitaire l'impose, mais là aussi où l'on est assuré de la plus-value de l'engagement européen. L'Union européenne, comme les Nations unies, l'Otan ou l'Union africaine ont leurs spécificités propres, des ressources autant que des contraintes particulières pour s'engager ou non dans telle ou telle région du monde. " (cf. Europe de la défense : les nouveaux défis, par Javier Solana (Tribune - LeFigaro.fr) ).
Mieux vaut tard que jamais !
En tout état de cause, il y a urgence !
Est-il nécessaire de rappeler que l'Afrique connaît des soubresauts incessants d'une gravité sans pareille depuis longtemps, qu'Haïti aura besoin d'une solidarité internationale sans précédent (Neuf européens sur dix sont favorables à l'aide au développement malgré la crise), et que 2010 est (symboliquement) l'année européenne de lutte contre l'exclusion et la pauvreté (About the 2010 European Year for Combating Poverty and Social Exclusion) ?






















Par Yann Amar - Publié dans : Le Monde en mouvement et en guerre
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