Tony Blair a justifié vendredi 29 jnavier 2010 l'invasion de l'Irak en mars 2003 pour renverser Saddam Hussein, mais a admis que la période qui a suivi avait été mal anticipée.
Devant la commission d'enquête sur les conditions de l'engagement militaire britannique, l'ex-Premier ministre a ardemment justifié la décision la plus
controversée de ses dix années de mandat (1997-2007).
Les familles de certains des 179 soldats britanniques morts en Irak et une centaine de militants pacifistes l'attendaient devant les locaux de la
commission en scandant " Tony Blair, criminel de guerre ". Mais il est arrivé par une porte dérobée.
Accusé d'avoir trompé l'opinion publique sur les raisons de l'engagement de son pays, Tony Blair a affirmé que l'échec des efforts de contrôle du
programme d'armes de destruction massive irakien n'avait laissé d'autre choix que l'invasion.
" Il ne s'agit pas de mensonge, ou de complot, de supercherie ou de tromperie, c'est une décision ", s'est-il défendu avec ardeur, après avoir
laissé transparaître un peu de nervosité au début de l'audition.
" Et, compte tenu du passé de Saddam, de son utilisation des armes chimiques, du million de personnes et plus dont il a causé la mort, des dix ans
passés à enfreindre les résolutions de l'Onu, la décision que j'avais à prendre revenait à se demander: pouvions-nous prendre le risque de laisser cet homme reconstituer son programme d'armement
? "
" Je crois (...) que nous avons eu raison de ne pas courir ce risque ", a-t-il ajouté, affirmant qu'il était alors convaincu de l'existence
d'armes de destruction massive en Irak, quand bien même elles n'ont jamais été retrouvées.
Soumis aux questions de la commission mise sur pied par son successeur Gordon Brown, Blair n'a montré aucun remords pour son soutien sans faille au
président américain George W. Bush en 2003.
Vêtu d'un costume bleu rehaussé d'une cravate rouge, il a expliqué avec aplomb comment les attentats du 11-septembre menés par Al Qaïda aux Etats-Unis
avaient modifié la donne.
" Il s'en est fallu de peu que la mission échoue
"
" Jusqu'au 11-Septembre, nous pensions que (Saddam) constituait un risque mais nous pensions que cela valait la peine de tenter de le contenir.
L'élément crucial après le 11-Septembre, c'est que le calcul du risque a changé ", a-t-il dit.
" Le fait est qu'à propos de cet acte à New York, ils auraient tué bien plus que 3.000 personnes s'ils l'avaient pu. Aussi, après cela, mon avis
était qu'on ne pouvait plus prendre aucun risque ", a-t-il ajouté.
Il a encore été interrogé sur la date à laquelle il aurait promis le soutien britannique à une action militaire contre l'Irak - dès 2002 selon ses
détracteurs - et sur les éléments de justification de la guerre invoqués par la suite sans qu'ils n'aient jamais été établis.
" Le seul engagement que j'ai pris, et je l'ai pris publiquement, a été celui de nous occuper de Saddam ", a-t-il fait valoir.
" Le fait est qu'il s'agissait d'un régime écoeurant et que nous ne pouvions courir le risque de laisser un tel régime développer des armes de
destruction massive ", a-t-il insisté.
" Si cela signifiait un changement de régime, qu'il en soit ainsi. Comme nous avons essayé la voie de l'Onu et qu'elle a échoué, mon avis a été
qu'il fallait nous en occuper. "
Mais il a reconnu que l'après-renversement de Saddam Hussein avait mal été anticipé. " Nous pensions tous que la fonction publique fonctionnerait.
Contrairement à ce que nous pensions, nous avons trouvé un système complètement effondré. "
" Les gens ne pensaient pas qu'Al Qaïda et l'Iran joueraient le rôle qu'ils ont joué. C'est l'intervention de ces éléments extérieurs que sont Al
Qaïda et l'Iran qui ont vraiment failli faire échouer cette mission. Il s'en est fallu de peu. "
" Mais, heureusement, en fin de compte, ça n'a pas été le cas ", a ajouté l'ancien Premier ministre britannique.
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)