Le débat public voulu par le gouvernement sur l'identité nationale est entré dans sa phase active malgré les critiques de la gauche dénonçant une " manoeuvre électorale " en vue des régionales de mars prochain.
Une partie de la société civile s'inquiète également d'un débat "
imposé d'en haut " et susceptible de " déchirer " les Français autour de thèmes chers à l'extrême droite.
Déclinés dans chacun des 100 départements français pendant deux mois et
demi sous l'égide des préfets, ces débats devraient permettre d'accoucher d'une synthèse le 4 février.
Le site internet www.debatidentitenationale.fr permet de contribuer aux discussions en consultant une base
documentaire ou en donnant son point de vue.
Jeudi, plus de 30.000 personnes avaient envoyé une contribution, selon le ministère de l'Immigration.
A l'origine de cette opération, le ministre de l'Immigration, Eric Besson, lancera un débat dans son ministère le 25 novembre avec les élus du
Loiret.
L'Institut Montaigne organisera lui aussi un forum le 4 décembre à l'Ecole Militaire de Paris, après la publication d'un ouvrage collectif sur ce que ce
cercle de réflexion estime être " une question majeure ".
Eric Besson a envoyé à tous les préfets un guide comportant 200 questions à aborder lors des débats.
Mais pour ses détracteurs, le fait même que les discussions soient encadrées par les préfets montre que leur issue est fixée d'avance d'autant qu'il
s'agit de réaffirmer la " fierté d'être français ".
BHL VEUT FAIRE TAIRE BESSON
Eric Besson a récusé l'idée selon laquelle parler de la nation ferait le lit du Front national et s'est défendu de vouloir séduire l'électorat d'extrême
droite.
Mais le gouvernement veut-il vraiment sonder les Français ou instiller une certaine vision de la France ? demandent en substance une soixantaine de
philosophes s'exprimant jeudi dans Libération.
Le philosophe Bernard-Henri Lévy, qui avait appelé à voter pour Nicolas Sarkozy en 2007, estime que ce débat est inutile et dangereusement
contradictoire avec l'identité européenne.
" La nostalgie d'un nationalisme remis sur le métier des rhétoriques populaires et rances ou l'audace d'une Europe à venir - pas dans mille ans mais
demain car le temps presse - tel est le choix ", écrit-il.
" Ou bien on fait taire Monsieur Besson, ou bien on enterre définitivement l'Europe. "
Une historienne qualifie le questionnaire des préfets de " monument de sottise ", un catalogue " de la panique de nos dirigeants saisis par
le fantasme d'une rupture de la cohésion sociale ".
Pour Hamé, rappeur du groupe La Rumeur, " être français, c'est avoir sa vie en France et rien de plus ". " Cela ne s'interroge pas mais se
constate comme un botaniste constaterait la poussée d'un bourgeon ", écrit-il dans Le Monde.
Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, a dénoncé une "pauvre opération de communication politique" de l'UMP cherchant à " mobiliser
l'électorat d'extrême droite en sa faveur ".
Il a assuré que son parti ne participerait aux divers débats tout en rejetant l'idée assénée par l'UMP selon laquelle la gauche aurait un problème avec
la Nation.
Ségolène Royal, ancienne candidate PS à la présidentielle, a jugé au contraire que la gauche ne devait pas rejeter ce débat et " reconquérir les
symboles de la nation ", raison pour laquelle elle avait fait chanter la Marseillaise lors de ses meetings.
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)