Partager l'article ! L'Union européenne et l'OTAN : entre concurrence et complémentarité (IHEDN - 61e session nationale 2008-2009): La constructio ...
La construction européenne, tout comme l'OTAN, sont de création à peu près concomitante. Créée après la Seconde
Guerre mondiale pour faire face à la menace soviétique, l'OTAN s'est fondée sur la nécessité de défendre les espaces ouest européen et nord américain. Outil puissant, car adossé aux moyens
américains, elle présente dès l'origine un cadre unifié qui lui a permis de s'adapter aux changements intervenus dans l'équilibre géopolitique du monde contemporain.
Amorcée au même moment, la construction européenne reste encore inachevée car elle constitue un projet extraordinairement ambitieux après des siècles de
conflits armés sur le Vieux continent. Elle a néanmoins réussi à éliminer le spectre de la guerre en Europe, à inventer des instruments de coopération, et à constituer un embryon de destin
commun. Elle repose désormais sur une ambition forte, mais doit encore convaincre plusieurs de ses membres de s’inscrire pleinement dans cette dynamique nouvelle et de ne pas réduire l’Europe à
un grand marché économique. De la réussite de ce grand projet dépend le maintien de l’influence dans le monde de nos pays.
Le débat sur la concurrence ou la complémentarité entre l'Union européenne (UE) et l'OTAN est cependant récent, puisqu’il remonte à la naissance de la
politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Europe en 1998. Tout a été dit sur ce sujet et l’ensemble des acteurs affirme régulièrement la complémentarité OTAN-UE. Depuis plus de 10
ans, la diplomatie française a recherché une meilleure articulation de l'OTAN avec une Europe développant les éléments de sa propre sécurité de façon autonome ou en lien avec ses Alliés. Le Livre
blanc sur la défense et la sécurité nationale (2008) s'inscrit dans cette logique en plaçant l’ambition européenne au premier plan de notre stratégie de défense et en préconisant, en parallèle,
une rénovation transatlantique portant à la fois sur une redéfinition des missions de l’Alliance et sur un partage des responsabilités entre Américains et Européens. Pourtant, le spectre d’une
concurrence possible ressurgit entre les deux organisations. Pourquoi ?
En réalité, traduire cette ambition dans les faits ne va pas de soi. La condition essentielle d’une complémentarité UE-OTAN repose sur plusieurs
facteurs, dont la constitution de moyens militaires européens autonomes et crédibles. Une politique de sécurité globale correspondant à ses intérêts est nécessaire si l’Europe veut pouvoir
continuer à peser dans ce nouveau monde qui se crée sous nos yeux, où de nouvelles puissances émergent rapidement. Or, la lenteur du processus européen fait peser un grave danger sur notre
ambition collective.
Dans les défis qui s’annoncent, il ne saurait être question d'une identité de vue complète, prédéterminée, et à tous niveaux, de ce que l'on appelle « le
monde occidental » : une telle approche, non seulement nie l'histoire de chaque entité et pays, mais implique également un « suivisme » par rapport à la puissance dominante au sein de l'Alliance
Atlantique. Ainsi, l'OTAN ne saurait constituer l'axe cardinal d'une identité euro-américaine, mais un outil commun à utiliser lorsque nos intérêts sont convergents.
C'est donc au renforcement de l'Europe de la défense que ce rapport s’attache, comme condition essentielle d’une complémentarité réelle avec l'OTAN, aux
moyens de favoriser son émergence comme puissance, d'assurer la valorisation de son génie commun sur la scène internationale et la mise en exergue de ses propres impératifs de sécurité, souvent
similaires à ceux de l'OTAN, mais parfois distincts.
Cet objectif doit être poursuivi, car
malgré le dynamisme incontestable de l’OTAN par rapport à une
Europe de la défense qui peine à s’affirmer (1), les changements du contexte international présentent des opportunités nouvelles pour l’Europe (2) qu’elle doit pouvoir saisir par une stratégie
réaliste et fédératrice (3).
Le rapport complet :
ihedn_ue_otan.pdf
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jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)