Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 07:38

Les paysages politique et syndical français se caractérisent par l'originalité de leur topologie spécifique : les partis politiques dits 'de gouvernement' comme les syndicats qui interviennent dans le dialogue social institutionnel et représentent les salariés tant dans les caisses sociales que dans le capital social des entreprises ne représentent ni les uns ni les autres 0,5 % de la population française, alors qu'en Allemagne, par exemple, les volumes correspondants dépassent largement 1% !
Dans un tel contexte, la question de la 'représentatitivité' des 'élus', et donc, partant, celle de leur légitimité démocratique, se posent aussi bien dans le champ de la démocratie politique que dans celui de la démocratie sociale !
Sur le plan politique, lorsqu'un gouvernement tire sa légitimité d'une Assemblée nationale dont les membres émanent de partis politiquesqui  ne représentent qu'une fraction infime de la population, et qui, malgré celà, s'autorisent à s'accaparer et à monopoliser le contrôle des principaux centres et processus de décision, tant dans l'administration publique que dans les principaux rouages économiques du Pays, c'est la question de la démocratie tout court qui se pose ! Tout comme d'ailleurs celle de l'avenir du projet européen dès lors que ces mêmes partis "sous équipés " s'aventurent à explorer des voies démagogiques et nationalistes éclairées par un obscurantisme aveugle !
Sur le plan syndical, prétendre représenter le corps social dans les négociations les plus importantes pour l'avenir du Pays, et se voir attribuer les clés des structures de gestion des caisses des structures dédiées aux diverses formes de solidarité, et ce, alors même que la faiblesse de leurs effectifs traduit une défiance profonde à leur égard, illustre de facto autant que de jure que les objectifs qui ont conduit plusieurs générations de Françaises et de Françaises à revendiquer l'abolition des privilèges (allant même jusqu'à recourir à la force pour les faire abolir) ne sont pas portés par la République elle-même !
Mais alors, où peut bien s'exercer la démocratie dans ce Pays qui s'enorgueillit tant d'être la Patrie des Droits de l'Homme et du Citoyen ?
L'Etat ayant été, en France, à l'origine de la nation - comme il l'est aujourd'hui à l'origine même de l'Union européenne, cette nouvelle entité politique supranationale qui confère une citoyenneté si singulière à ses propres ressortissants -, il s'est progressivement installé dans le confort de ses propres dogmes et pratiques, sans chercher à apprécier la réalité de leur validité et de leur légitimité à l'aune des grandes évolutions et ruptures de la société !
Très longtemps en France, en dehors de l'Etat, point de salut ! Les autres formes d'expression de la nation que sont les engagements militants au service de caues partisanes sur les registres politiques et sociaux n'ont alors pas pu réellement s'ancrer dans le tissu social alors même que l'espace public leur était ouvert.
Par ailleurs, alors que les Eglises s'activent partout en Europe  à fédérer leurs 'ouailles' autour de valeurs et d'idéaux communs largement partageables au-delà des frontières nationales, participant ainsi à faire renaître les conditions d'une Europe chrétienne, ou plus exactement d'une Europe judéo-chrétienne, les différentes Eglises de France se tiennent scrupuleusement à l'écart des débats ouverts autour du projet européen ; le respect du principe de laïcité dans toutes les dimensions de l'action publique ayant conduit à bâtir un modèle social et un modèle politique tenus de s'exonérer des contraintes dogmatiques des Eglises et des Chapelles de tous ordres, et ce y compris lorsque ces dogmes s'avèrent producteurs de valeurs et d'idéaux quasi universellement partageables au sein d'une même communauté de cultures, de valeurs et de destins comme peut l'être une Europe unie dans la diversité ! 
Cette situation est d'autant plus symptomatique d'une exception française qu'elle s'est accompagnée de l'émergence d'obédiences adogmatiques et/ou agnostiques dont les mobiles et les activités dans les coulisses du pouvoir rendent compte d'une volonté résolue à esquisser une autre forme de débat démocratique à même de dégager des réponses collectives aux grandes questions contemporaines qui touchent autant à l'évolution du monde qu'à celle de l'Homme !
Pour autant, quand bien même " les francs-maçons, unis ou divisés, écoutés ou exécrés, sont de tous les combats, présents sur tous les chantiers qui rythment l’histoire du continent " (cf. http://www.editions-belin.com/ewb_pages/f/fiche-article-l-europe-des-francs-ma-ons-4165.php), " la construction de l’Europe, élément majeur du XXème siècle, n’est entrée que tardivement dans les débats des loges. La maçonnerie est restée prisonnière de son histoire et de ses structures, sans la volonté de dépasser la vision bilatérale de ses engagements externes. C’est tout le système de mise en commun qui tâtonne depuis près de trente ans. Cette volonté d’être acteur de la construction européenne s’exprime surtout à la périphérie des structures obédientielles. Cette vitalité contourne et dépasse des rivalités héritées. Elle est le levain d’un nouveau débat sur les évolutions de l’Europe qui rompt avec un traditionalisme conservateur. " (cf. http://www.editions-tredaniel.com/francmaconnerie-europe-p-998.html).
Ce singularisme français est de plus en plus malmené dans une Europe qui ne cesse de s'élargir ! Peut-il perdre le combat ?

La démocratie française y gagnerait-elle alors en qualité et en vitalité ?

Nous ne pouvons que le souhaiter  non seulement pour les Françaises et les Français eux-mêmes, mais pour l'Europe et pour le Monde.

 









Par ERASME - Publié dans : La Démocratie et la Citoyenneté en mouvement
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