Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 07:56

C'était il y a un an. La France reprenait " toute sa place " à l'OTAN en réintégrant les structures du commandement intégré. Ce premier anniversaire est l'occasion d'un premier bilan.

Tout le monde se souvient de l'argumentaire utilisé à l'époque pour défendre ce réalignement : cela était sans conséquence sur l'indépendance nationale, mais allait améliorer la perception de la France par ses alliés et renforcer son influence au sein de l'Alliance atlantique, tout en favorisant le développement de la défense européenne.

Indépendance nationale.

Dans le monde d'aujourd'hui, la souveraineté nationale relève de plus en plus de l'illusion. C'est vrai pour l'immense majorité des sujets. C'est encore plus vrai dans le domaine de la défense et de la sécurité, où l'interdépendance oblige les nations à adopter des mesures communes, à agir en coalition et à renoncer aux opérations purement nationales. la France, qui réduit le format de ses armées, dont de nombreux équipements sont hors d'usage, qui renonce progressivement à sa présence sur le continent africain, témoigne parfaitement de cette peau de chagrin. La crise économique et le retour dans les structures militaires intégrées de l'OTAN ne font qu'amplifier et accélérer ce phénomène. La première en accroissant considérablement la pression sur un budget de défense déjà contraint ; le deuxième en aspirant dans les états-majors pléthoriques de l'OTAN les personnels qui faisaient autrefois vivre la réflexion stratégique et la doctrine françaises, tout en permettant d'entretenir une capacité autonome de planification et de conduite des opérations.

Influence au sein de l'OTAN.

Nul ne peut nier une amélioration de l'image de la France au sein de l'Alliance atlantique. De ce point de vue au moins, son retour a eu un effet positif. Celui-ci s'est accompagné d'une augmentation progressive du nombre de Français présents dans les structures administratives et militaires de l'organisation, y compris le prestigieux commandement 'transformation' à Norfolk. Mais l'influence française n'a pas progressé dans une organisation dominée de longue date par les Etats-Unis. En témoignent un secrétaire général qui est devenue une " guerre américaine ", mais aussi la perte de visibilité d'une représentation militaire française " fusionnée ", tant à l'OTAN que du côté de l'UE.

Défense européenne.

Le moins que l'on puisse dire, c'est le retour de la France à l'OTAN n'a eu aucun effet sur la position des Etats-Unis et du Royaume-Uni en ce qui concerne le soutien à l'agence européenne de défense (AED), la création d'un quartier général permanent européen ou la constitution, même à long terme, d'une armée européenne. La situation est même pire aujourd'hui. Alors que la crise devrait favoriser la coopération et la mutualisation au niveau européen, on assiste paradoxalement à un repli sur soi et sur l'OTAN. (NDLR Regards-citoyens : cf. notamment à ces égards les articles suivants : Pour A. Flahaut, le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'Otan ne va pas aider l'Europe de la défense ainsi que Les militaires européens souhaitent-ils vraiment une politique de sécurité et de défense commune européenne qui ne se limiterait pas à un 'simple' pilier européen de l'OTAN ? ). Ce n'est plus simplement à Londres, mais désormais aussi à Paris, que l'on parle de " fermer " l'AED !  

Comme on pouvait le craindre il y a déjà un an, le " retour " de la France à l'OTAN traduit bien un double renoncement à une certaine autonomie nationale, d'une part, à l'idée européenne, d'autre part, pour mieux courir derrrière le mythe d'une communauté transatlantique. Un mythe qui n'est pas pour déplaire à José Manuel Barroso qui plaidait le 26 mars, lors du Brussels Forum organisé par le German Marshall Fund, pour un " nouvel atlantisme ". Détournant le titre du rapport de quatrorze think tanks européens " Think global, act European ", le président de la Commission européenne n'a pas hésité à proclamer : " We need to think global and act transatlantic " (NDLR Regards-citoyens : cf. notamment à ces égards les articles suivants : Vouloir bâtir une Europe politique comporte des exigences irréductibles ! ; Un vrai partenariat stratégique UE / Etats-Unis ne devrait être fondé que sur le partage d'intérêts communs, l'égalité et le respect mutuel ) !

 

NB : Cet article a été préalablement publié dans l'éditorial du n° 307 de EUROPE DIPLOMATIE & DEFENSE daté du 30 mars 2010.

 

 

 

Par Olivier Jehin - Publié dans : France, stratégie, défense et sécurité
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