La politique étrangère de l'UE n'en est qu'à ses balbutiements mais le processus d'intégration est engagé.
Quoi qu'on puisse dire des limites et incohérences du traité de Lisbonne, ce dernier marque indubitablement un tournant important dans la mise en place, à l'échelle de l'Union européenne, d'une
véritable politique étrangère commune, bien au-delà de la seule PESC, quand bien même elle n'offre pas encore les caractéristiques d'une politique unique à l'instar dela monnaie (cf. à cet
égard nombre d'articles de la rubrique : Le traité de Lisbonne dans tous ses états ).
Pour autant, la mise en place, à la faveur de ce nouveau traité, des instruments juridiques, institutionnels et organiques requis par le développement d'une telle politique, n'exonère
évidemment pas une Union européenne qui donne parfois l'impression qu'elle ne sait plus vraiment ni ce qu'elle est, ni ce qu'elle veut être, d'un vaste débat politique sur la teneur des
lignes directrices communes sur lesquelles elle entend articuler sa politique étrangère.
La mise en place des nouvelles conditions d'exercice de ses responsabilités en pareille matière comme des instruments qu'elle y consacrera à la faveur de la mise en oeuvre du traité de Lisbonne
va prendre du temps. En témoigne notamment l'agenda qui est attaché à la mise en place du service d'action extérieur de l'UE (voir à cet égard l'article de Nicolas Gros-Verheyde :
http://bruxelles2.over-blog.com/article-le-service-d-action-exterieure--le-calendrier-37239068.html).
Aussi doit-elle mettre à profit cet agenda de transition pour mettre un terme aux effets pervers du double jeu, à la fois intergouvernemental et communautaire, qui
viennent s'ajouter à ceux, tout aussi néfastes, de son double déficit d'identité et de projet politiques, au point d'en faire, au nom d'objectifs, de valeurs et d'intérêts que l'on
prétendinexorablement partagés, un pâle - et souvent candide - sous-traitant de son allié, compétiteur et partenaire central : les Etats-Unis auxquels son allégeance de
facto participe à souligner son propre déni d'elle-même !
Au lieu de se satisfaire de son engagement - certes utile et nécessaire, mais ô combien insuffisant pour ne pas dire insignifiant - dans une démarche abusivement saluée comme la marque d'un
pragmatisme de bon aloi, qui consiste à se doter de capacités et d'instruments en lieu et place de politiques, l'Union européenne doit s'atteler à définir les lignes directrices de sa
politique étrangère en gestation ; des lignes directrices qui devront reflèter à la fois ce qu'elle est et ce qu'elle veut être, les mobiles profonds et les capacités de cet acteur
global qu'elle prétend vouloir être, autant que les valeurs et principes qui fonderont son projet politique qu'elle doit esquisser sans délai en s'attachant à en faire un
volet central du contrat social et politique qui doit lier et relier ceux qui la gouvernent et ses propres citoyens ; des lignes directrices qui placeront la politique étrangère de
l'Union au service non seulement d'objectifs et d'intérêts stratégiques européens communs, mais aussi, et c'est bien là l'enjeu principal, d'une vision et d'une conception claires - et
partagées par une majorité d'Européens - de ce qui constitue, en soi et en cohérence avec le projet politique qui l'emporte, l'intérêt général européen en matière de politique étrangère.
Simultanément, et en articulation avec les lignes directrices précédentes, l'Union doit établir les lignes directrices de sa propre politique de Sécurité ; une politique de Sécurité dont le
volet externe, tout aussi central soit-il, ne doit en aucune manière occulter le caractère tout aussi fondamental du volet interne (relatif à la Sécurité à l'intérieur des frontières de
l'Union) ainsi que du volet global (une Sécurité globale face aux grands défis globaux pour la sécurité qui se jouent des frontières).
C'est dans ce double cadre que l'Union devra avoir à coeur de définir les lignes directrices de sa politique de sécurité et de défense commune - PSDC - ainsi que celles de sa politique
européenne des capacités et de l'armement - PECA - en cohérence avec une conception commune claire de ce qu'emporte l'intérêt général européen en pareilles matières (cf. à cet égard
l'article de ce blog intitulé : PENSER
L’INTERET EUROPEEN : Du compromis entre intérêts nationaux à l’intérêt général européen ).
Probablement les autorités compétentes pour engager ces exercices trouveront-elles dans l'instrument original du " livre blanc européen " l'outil qui leur sera indispensable pour agir.
Puis viendra ensuite, mais seulement ensuite, le temps des débats budgétaires pour définir les ressources communes requises pour financer l'ensemble de ces politiques. Car, en France,
par exemple, c'est bien après avoir établi les livres blancs pour la défense et la sécurité nationale, d'une part, et pour la politique étrangère de la France, d'autre part, que les autorités
françaises ont engagé les exercices relatifs à l'orientation et à la programmation en matière de défense, de sécurité intérieure et de politique étrangère.
Croisons les doigts pour que les autorités européennes compétentes ne mettent pas la charrue devant les boeufs ! ce qui signifierait alors que l'Union aurait atteint l'âge de raison, point
de passage indispensable sur la route vers l'âge adulte !
Voir également à cet égard :
* Le temps est venu pour l'Europe de s'émanciper des Etats-Unis, par Jean-Claude Casanova
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)