Partager l'article ! Le monde interpolaire : un nouveau scenario ! (recension d'un ouvrage de Giovanni Grevi): Que le monde change, tout le monde s'en aperçoit gross ...
Que le monde change, tout le monde s'en aperçoit grosso modo, sans
toutefois percevoir de manière précise tout ce qui y contribue sur la scène internationale. Mais dans quelle direction change-t-il ? Notre planète évolue-t-elle vers le meilleur ou vers le pire ?
Ces questions engagent l'avenir, voire même carrément la survie de l'humanité. Or, elles ne sont que très peu souvent ouvertement posées.
Le premier mérite de l'ouvrage intitulé 'The interpolar world : a new scenario', ce remarquable travail de Giovanni
Grevi, chercheur de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, est de planter très concrètement le décor d'un monde en pleine mutation, de procéder à l'autopsie du monde
qui vient de mourir sous nos yeux et d'analyer ensuite la configuration internationale qui prévaut en ce temps de " garnde transition ", sans cacher que le pire n'est pas à exclure tant les défis
majeurs qui sont à relever ne pourront l'être avec les recettes du passé.
Son deuxième mérite, immense, est de tracer des pistes susceptibles de conduire à une gouvenance plus mature, plus responsable, de notre bonne vieille
Terre et de ses richesses, donc de tous ceux qui l'habitent.
Pour Giovanni Grevi, l'implosion de l'ancien modèle de relations internationales est d'abord la conséquence de la " forme agressive
d'unilatéralisme " par laquelle les Etats-Unis de George Bush ont eux-mêmes miné leur " position hégémonique ", ainsi que les valeurs et les perceptions du monde occidentales qui,
jusqu'alors, donnaient le ton. Avec Obama, sans doute cette dérive est-elle réversible, mais le mal est fait car, entre-temps, d'autres puissances globales et régionales se sont engouffrées dans
la brèche, ce qui fait que " le concert global - ou la cacophonie - à venir " inclura désormais " des joueurs qui ont des traditions historiques différentes et des conceptions
originales des relations internationales et de leur place en leur sein ". Même le capitalisme n'échappera pas à la question, dans le sens inquisitorial du terme : lorsque le vice-Premier
ministre chinois Wang Qishan observe, à la lumière de la crise financière qui, née aux Etats-Unis, a déferlé sur le monde comme un tsunami, que " les professeurs ont maintenant quelques
problèmes ", il faut incontestablement entendre, selon l'auteur, que " la convergence progressive vers le modèle capitaliste anglo-saxon est remplacée par un débat sur la coexistence et
la concurrence de différents modèles ".
D'un autre côté, le temps n'est plus où la seule puissance militaire structurait la hiérarchie militaire et l'inégale répartition des ressources,
notamment énergétiques, freine les tendances unilatérales en poussant les grands acteurs à asseoir leur influence par d'autres biais.
Que ce soit sur le plan économique, énergétique ou environnemental, " l'interdépendance existentielle " se conjugue avec un monde devenu
réellement multipolaire, ce qui doit forcer à imaginer de nouvelles formes de coopération multilatérale. L'auteur propose de les fonder sur la base d'un nouveau scenario, celui d'un " monde
interpolaire ". Pour lui, " l'interpolarité est la multipolarité à l'heure de l'interdépendance ", à savoir un outil qui inviterait les Etats, les puissances internationales et
régionales en particulier, à s'attaquer aux défis lancés à l'humanité en développant une coopération internationale de nature à les gérer de manière efficace, pour le bien commun de chacun d'eux,
et du genre humain dans son ensemble.
Comment procéder ? Concrètement, Giovanni Grevi suggère de renforcer la " diplomatie des sommets ". Ainsi, alors que le G8 a perdu de sa
pertinence dans la mesure où " il n'inclut pas pleinement les acteurs qui sont au coeur des problèmes d'une interdépendance complexe ", le G20 constitue un pas dans la bonne direction en
ce qu'il inclut des pays représentant quelque 90 % de la richesse mondiale. D'autres instances ponctuelles de même nature devraient voir le jour afin de dégager des orientations, un peu à la
manière du Conseil européen, et de donner des impulsions en vue de s'attaquer, entre autres, au changement climatique, aux problèmes de développement et aux questions de désarmement et de lutte
contre la prolifération des armes de destruction massive. Il reviendrait ensuite, dans ce scenario, que les organisations internationales et/ou régionales compétentes, associées à la préparation
de - ou impliquées dans - ces sommets, traduisent les accords politiques en réglementations opérationnelles et veillent à l'application de celles-ci.
A l'évidence, conclut l'auteur, voilà un scenario écrit, en principe, sur mesure pour l'Union européenne, elle qui est " équipée du bon bagage de
valeurs et d'instruments politiques pour faire une réelle différence dans la promotion d'un monde interpolaire et du renforcement des structures multilatérales correspondantes ". Seulement
voilà, aux yeux de ses principaux partenaires mondiaux, elle apparaît toujours moins comme un " acteur international unique " que comme un " regroupement lâche d'Etats
capricieux ", la représentation de ces derniers dans les organisations internationales et les sommets informels étant toujours " inefficace et finalement intenable ".
Alors que, ces prochaines années, les interdépendances vont s'approfondir (NDLR Regards-Citoyens, notamment celles des risques globaux qui menacent tous
les grands équilibres, sans exception), que la concurrence va grandir et que la puissance va basculer vers des pays émergents, d'Asie en particulier, l'Union européenne est-lle sur le point de
rater le coche ? Pourrait-elle, par ses manquements internes d'un autre âge, être dans l'incapacité de contribuer à la réalisation de ce qui est au coeur de l'ambition qu'elle s'est assignée, à
savoir " bâtir une paix durable bien au-delà de ses frontières " ?
La réponse, sans doute, réside peu ou prou dans le choix du Haut Représentant et Vice-Président de la Commission qui a été opéré par les Chefs d'Etat et
de Gouvernement. Puissent-ils seulement n'avoir posé leur choix qu'après avoir lu et médité cette étude.
The interpolar world : a new scenario, de Giovanni Grevi
Collection " Occasionnal Paper ", n° 79 - 2009 - 39 pages
ISBN : 978-92-9198-144-1
Institut d'études de sécurité de l'Union européenne
43, avenue du Président Wilson
F-75775 Paris edex 16
www.iss.europa.eu
PS : Cette recension a été publiée dans le n°10019/847 du Bulletin Quotidien Europe en date du 17 novembre 2009 (cf. Les publications de l'Agence Europe ! )
Voir aussi sur ce blog les articles suivants :
* The consequences for Europe of the global crisis, by Rob de
Wijk
* Crises mondiales : il est urgent de redonner confiance à ceux qui l'ont perdue (nouvelle édition)
* A la recherche d'une
pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux ! (Nouvelle édition)
* Solving the multiple global crises together, by Mohan Munasinghe
* Retour sur images : A la recherche d'une gouvernance mondiale hybride
* Retour sur images : Pour une gouvernance mondiale hybride : des principes pour l'action !
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