Partager l'article ! Le rêve d'Helmut Kohl d'une Europe unie loin d'être réalisé (nouvelle édition): Vingt ans après la chute du Mur, le rêve d'Helmut Kohl d'u ...
Vingt ans après la chute du Mur, le rêve d'Helmut Kohl d'une Allemagne réunifiée conduisant à une Europe politiquement unie demeure " work in progress ".
Et cela devrait le rester encore un certain temps, malgré la toute prochaine entrée en vigueur du traité européen de Lisbonne, le 1er décembre.
La réunification allemande a sans doute déclenché le plus grand bond en avant de l'intégration européenne, avec l'adoption du traité de Maastricht, qui a créé une Union économique et monétaire (UEM) avec une monnaie unique et une Politique étrangère et de sécurité commune (Pesc).
Mais la résistance d'une Grande-Bretagne eurosceptique et la réticence de la France à céder plus de parts de souveraineté ont empêché l'UE d'aller plus avant vers le rêve de Kohl d'une intégration politique plus grande, sur le modèle du système fédéral allemand.
Après Maastricht, l'élargissement de l'Europe à de nouveaux membres a primé sur l'approfondissement de l'intégration.
Le bloc est passé en peu de temps de 12 à 27 membres, s'étendant sensiblement vers l'Est, jusqu'à englober les pays du Comecon mais aussi trois ex-républiques soviétiques: Lettonie, Estonie et Lituanie.
Alors que les régimes communistes s'effondraient l'un après l'autre à l'automne 1989, Helmut Kohl, alors chancelier de RFA, s'est employé à dissiper l'inquiétude des pays voisins face à la perspective d'une réunification, en englobant celle-ci dans un processus plus large, l'approfondissement de l'unité européenne.
Dans un discours prononcé le 28 novembre 1989 devant le Bundestag à Bonn, le chancelier exposa un " plan en dix points pour surmonter la division de l'Allemagne et de l'Europe ".
" La CE (Communauté européenne) ne doit pas s'achever à l'Elbe, mais elle doit aussi préserver son ouverture vers l'Est ", suggérait-il. " Ce n'est que dans cet esprit que la CE pourra servir de plateforme à une unification européenne véritable exhaustive ".
" Aujourd'hui, c'est visible pour tout un chacun, nous sommes à la veille d'un nouveau chapitre de l'histoire européenne et de l'histoire allemande - un chapitre qui montre la voie à suivre au-delà du statu quo, au-delà des structures politiques existant jusqu'ici en Europe ", estimait-il dans ce discours visionnaire.
Helmut Kohl souhaitait lier la nouvelle Allemagne à une Europe unie et à l'Otan pour empêcher toute résurgence de nationalisme. A ses yeux, une union économique et monétaire serait déséquilibrée et demeurerait un patchwork en l'absence d'une union politique plus aboutie.
RÉSISTANCE DE THATCHER, RÉTICENCES DE MITTERRAND
Helmut Kohl est à ce jour le dernier dirigeant allemand à avoir proclamé haut et fort l'idéal d'Etats-Unis d'Europe - idéal aujourd'hui affiché seulement par une poignée de fédéralistes comme l'ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt. Ses successeurs à la chancellerie, Gerhard Schröder puis Angela Merkel, se sont montrés moins " euro-enthousiastes ".
Des documents d'archives récemment rendus publics ont montré que le Premier ministre britannique d'alors, Margaret Thatcher, et le président français François Mitterrand avaient plus à coeur de freiner la réunification allemande que de prendre en marche et de piloter le train de l'unification européenne.
Ils furent même irrités de voir le président de la Commission européenne d'alors, Jacques Delors, se dire favorable à une intégration d'une RDA démocratisée dans ce qu'on appelait alors encore la Communauté européenne.
Thatcher, qui craignait le retour à une Allemagne agressive et plus puissante, a été prise dans des tensions politiques en Grande-Bretagne concernant son hostilité à l'intégration européenne, qui ont culminé avec sa démission en décembre 1990.
Après des tâtonnements diplomatiques, François Mitterrand avait conclu que la meilleure chose à faire serait d'embrasser la cause de l'unité allemande et de profiter de cette occasion historique pour échapper à la domination du mark en faisant aboutir les projets de monnaie commune.
Mais le chef de l'Etat français n'a jamais admis les idées de Kohl concernant la prise de décisions européennes, en politique étrangère, à la majorité simple, ou à propos d'un transfert au Parlement européen de pouvoirs législatifs élargis et d'un pouvoir de supervision.
Son ministre des Affaires étrangères d'alors, Roland Dumas, a divulgué que Mitterrand, au moment des négociations sur le traité de Maastricht, lui avait donné pour instructions de concéder le moins de pouvoirs possibles au Parlement européen.
Certes, le traité de Lisbonne va dans le sens d'une plus grande union politique - avec, par exemple, la création d'un poste de représentant de la politique étrangère aux pouvoirs étendus, et d'un président du Conseil européen.
L'UE n'en reste pas moins encore loin de la vision fédérale d'un Helmut Kohl. Et, de fait, la propre Cour constitutionnelle de l'Allemagne semble avoir tiré un trait sur tout nouvel approfondissement de taille de l'intégration politique européenne, dans un arrêt rendu cette année à propos du traité de Lisbonne.
Source : Reuters (Version française : Eric Faye)
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