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Que se passe-t-il dans le landerneau des capitales européennes ? Que se passe-t-il à Bruxelles, cette capitale
permanente et omnipotente de l'Union européenne ? Les défis globaux s'accumulent et pourtant, tout se passe comme si nous traversions une période faste où la fantaisie intellectuelle,
le caprice bourgeois, le bal des débutantes étaient encore à l'ordre du jour !
Alors que les Etats membres, c'est à dire autant les Etats eux-mêmes et leurs institutions que leurs acteurs et structures économiques et sociaux, et d'une manière plus générale, leur
population, ne cessent de subir les effets de plus en plus traumatisants, à plus d'un titre, de défis globaux de toutes sortes et d'une ampleur inenvisageable il y a 20 ans, qui mettent
fortement en péril autant leur prospérité économique, leur économie "sociale" de marché, leur développement qu'il veulent portant rendre durable et riche en emplois, leurs stabilisateurs
automatiques, leurs amortisseurs sociaux, etc. que leur propre stabilité politique, leur modèle de démocratie et de développement - y compris sur le registre tout simplement humain -, la relation
de l'Etat à la Nation, leurs biens publics et/ou collectifs (et notamment leur système de cohésion et de solidarité sociales), et au final, la paix civile sur leur propre territoire, quelle voie
empruntent-ils pour y faire face ?
Celle du recours quasi exclusif à l'Etat national pour réguler, juguler, anticiper, réparer, .... dire le "la" après avoir délibérément choisi d'emprunter la voie de la dépolitisation des
décisions stratégiques, de la dérégulation, de la déréglementation, du décloisonnement, de la désindustrialisation, de la délocalisation (des sièges sociaux, des activités productives - y
compris à forte valeur ajoutée - comme des bénéfices), autant de facteurs qui déterminent les ressorts de la globalisation / mondialisation à l'oeuvre aujourd'hui avec son cortège de risques
systémiques, d'incertitudes et d'angoisses collectives !
Un tel recours est non seulement inopportun mais dangereux pour les Etats-nations eux-mêmes.
Inopportun d'abord car porteur d'une inefficacité structurelle que confirme une actualité non complaisante à l'égard de cet irréalisme politique qui mise sur le recours à
une stratégie frileuse, fondée sur un repli identitaire étriqué, servie par des postures et des réflexes aux tonalités " nationalistes " et " patriotiques ", et un
discours démagogique - et électoraliste à la petite semaine - qui occulte délibérement la réalité moins fringante et affichable de l'incapacité des Etats à demeurer les maîtres du jeu dans
la cour de la globalisation stratégique qui s'est opérée, bon gré mal gré, sous les yeux impuissants de celles et de ceux qu'ils ont abandonné au bord du chemin alors qu'ils ont pour mission
- constitutionnelle - de les servir et de les protéger !
Dangereux ensuite car cette globalisation où s'imbriquent tout à la fois l'économique, l'écologique, le technologique, le géopolitique et le sociétal, dans un magma
volcanique aux contours, aux contenus et aux ressorts de plus en plus indiscernables, est vécue au quotidien autant par les institutions en charge de la conduite des " affaires de la
nation " que par la plus grande partie des individus de toute condition (personnes morales ou physiques), comme une menace à la fois pour les grands équilibres nationaux, sous régionaux
, régionaux et planétaires, et pour les patrimoines - de toutes natures, y compris culturels -, les espoirs, les projets et les utopies de la société des hommes.
Aucun Etat n'est plus en mesure aujourd'hui de faire face de manière isolée à cette insécurité globale qu'emporte désormais la globalisation et l'interaction de risques dont la liste et
l'intensité ne cessent de croître année après année comme en témoignent les différents rapports du Global Risk Network depuis 2006 (cf. notamment le rapport 2010
globalrisks2010 ).
Pour garantir la " sécurité de la Nation ", l'Etat est contraint de recourir à des garanties de sécurité, des mesures de confiance et des mesures de réassurance aux ressorts et déterminants
non strictement domestiques (sécurité coopérative, sécurité collective, sécurité européenne, défense collective), y compris désormais s'agissant du coeur même de son propre système de
sécurité nationale (thèse que participe à accréditer l'introduction dans le Traité de Lisbonne de dispositions appelant à des formes appropriées de coopération et de coordination entre
les services compétents des administrations nationales sur ce registre particulier ) !
Même les stratèges des Etats-Unis l'ont compris au point d'en appeler désormais à de nouveaux instruments de coopération et de régulation à l'échelle planétaire en même temps qu'ils réintègrent -
bon gré mal gré - un jeu multilatéral encore très défaillant parce qu'inadapté à la nature systémique des risques encourrus !
Celà tient d'abord à l'organisation même des Etats et notamment au fonctionnement non collégial des gouvernements où la nature autant que la séparation administrative des porte-feuilles
ministériels rend illusoire l'intervention d'un Etat stratège cohérent là où il est encore présenté comme opérant ! Leur organisation - d'un autre temps - comme la faiblesse de
leur marge de manoeuvre régulatrice les condament à l'impuissance parce qu'ils ne peuvent plus être des acteurs globaux à part entière ! Une impuissance de facto que l'on déplore à
chaque nouvelle crise grave ! Si ce premier constat n'est pas difficile à poser, force est de constater qu'il " passe " difficilement dans les capitales ! Des sursauts sont tentés ici ou là,
en France notamment (cf.
'Déceler-Etudier-Former : une nouvelle voie pour la recherche stratégique - Rapprocher les institutions publiques chargées de la sécurité globale' (Alain Bauer) ).
Ensuite, l'atomisation de la société et le déplacement des logiques de concurrence / compétition vers le niveau individuel altèrent les ferments des grands équilibres au coeur même de
la société nationale dans toutes ses composantes ! Les réponses collectives à des enjeux individuels telles que la codification (léglislation, réglementation, etc.)
n'atteignent que partielement leurs buts, et de plus en plus difficilement. Le contournement - conscient ou inconscient - du droit, de la norme, du code, de la règle devient inéluctable
! La démocratie représentative vacille et la demande de participation devient aussi pregnante qu'insoutenable ! La sécurité juridique est mise entre parenthèses ; elle devient peu à peu un
principe inefficient ! Le concept même d''Etat, balloté entre théologie et technologie, vacille (voir notamment L'Etat entre technologie et théologie -
Origine, sens et fonction du concept d'Etat , par Hugues Rabault ) ! Le retournement du monde diagnostiqué par Marie-Claude Smouts et Bertrand Badie est à l'oeuvre (cf. http://www.academon.fr/Commentaire-de-Texte-Le-retournement-du-monde-de-Bertrand-Badie-et-Marie-Claude-Smouts/4490)
!
Dès lors, les systèmes de garanties, les mesures de confiance et les mesures de réassurance collectives qui se fondent sur le code, le droit, la norme, la règle, etc. n'opèrent plus avec la
même efficacité que jadis ! L'envie de vivre ensemble s'efface ! (cf. notamment à cet égard Jean-Paul Delevoye : "Je suis
inquiet, le chacun pour soi a remplacé l'envie de vivre ensemble" (LeMonde.fr) )
Ce second constat est lui aussi aisé à poser et tout aussi difficile à digérer !
Et pourtant, la position des Etats membres ne doit rien au hasard ! Conforme à la perception de leur " opinions publiques ", elle tente d'apporter des remèdes qui s'avèrent parfois aussi
dangereux que le mal.
Dans une interview accordée au quotidien Le Monde le 18 février, Martin Hirsch a déploré : " Le paradoxe, c'est que les citoyens attendent de l'Europe qu'elle
les protège de la pauvreté, mais ils ont plutôt le sentiment qu'elle les menace. Cependant les choses ont commencé à bouger, notamment sous la présidence française de l'UE ".
Face à cette insécurité globale et multiforme oppressante, le besoin de régulation et de gouvernance est patent ! Il exige non seulement un sursaut de l'Etat mais son insertion dans une
architecture plus vaste dont il ne représente qu'une composante parmi d'autres !
Le champ très vaste des activités humaines (scientifiques, technologiques, industrielles, économiques, juridiques, éthiques) autour de la dimension nanométrique est particulièrement
éclairant à cet égard (cf. quelques uns des articles de la rubrique de ce blog intitulé Technologies et entreprises en action et
en débat).
Dès lors, le discours qui appellent à plus de multilatéralisme, entendre par là, par plus de jeu intergouvernemental, devient inapproprié puisqu'il repose sur le double principe selon lequel
l'Etat est l'acteur pertinent de la régulation en même temps que la norme, le code, etc. en constituent les leviers opératoires les plus efficients ! A tort, évidemment, car un tel discours est
biaisé dès lors qu'il occulte la réalité oppressante des deux constats précédents.
En grande partie destiné à " faire semblant de bouger les lignes pour que rien ne bouge ", à entretenir les dynamiques et logiques des réseaux dominants (les " puissants " du
moment s'emploient à ne pas avoir à partager le " gâteau au miel "), et à flatter et satisfaire quelque ego mal placé, un tel discours ne serait pas dangereux s'il ne s'accompagnait de
postures, et pis encore, de positions de fond, fortement préjuciables aux " intérêts bien compris " - mais néanmoins clarifiés et validés par personne - des Etats-nations
européens qui ont portant pris le parti audacieux de s'unir dans la diversité pour faire face collectivement, avec une méthode inexplorée jusque là (la méthode communautaire) aux grands
défis du monde.
Pour preuve : Karel De Gucht, le nouveau Commissaire européen au Commerce estime qu'il y a une contradiction entre les appels des dirigeants du G20 à conclure le round de Doha en 2010 et les
marges de flexibilité insuffisantes octroyées à leurs ministres du Commerce pour y parvenir !
.../ ...
NB : Cet article a été publié une première fois en février 2010
Pour la suite de cet article : Les Etats européens n'ont pas d'autre alternative que de poursuivre la construction européenne en faisant rapidement de l'UE un véritable acteur politique "global" (2) - nouvelle édition -
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)