Jeudi 8 juillet 2010 4 08 /07 /Juil /2010 07:04

INTERVIEW - Le Parlement européen ne donnera pas ce mercredi son feu vert au projet de supervision financière. Coordinateur du texte, l'eurodéputé UMP Jean-Paul Gauzès explique pourquoi le projet phare de l'UE reste en rade au moment où les États-Unis vont de l'avant. 

LE FIGARO. - Le Parlement européen renâcle à voter le texte central de la nouvelle «régulation». Pourquoi?

JEAN-PAUL GAUZÈS. - Le Parlement européen n'est pas inflexible. Il cherche simplement à mettre un peu plus d'Europe dans la règle du jeu.

C'est la leçon de la crise: les futures instances européennes de surveillance doivent avoir un pouvoir d'injonction aux organismes nationaux, faute de quoi elles ne seront pas des autorités européennes. C'est une question de bon sens et d'efficacité.

Qu'est-ce qui bloque?

Le Conseil européen, où siègent les gouvernements, refuse de concéder la moindre autorité réelle aux trois autorités de l'UE prévues par le rapport La Rosière pour les banques, les assurances et les marchés. Nous souhaitons au contraire leur donner un pouvoir de médiation entre compétences nationales et, si nécessaire, la possibilité de trancher dans l'urgence. Le Parlement ne cédera pas parce que c'est le minimum qui est dû à l'Europe.

Si cette règle du jeu avait existé à l'automne 2008, aurait-elle la réaction en chaîne?

Cela aurait sûrement rendu les superviseurs un peu plus curieux… Dans un pays comme la France, il y a une vraie tradition de surveillance des institutions financières. L'avantage d'une supervision européenne serait d'étendre les mêmes règles partout et d'éviter le «dumping» réglementaire. En 2008, on aurait vu venir plus vite des problèmes transnationaux comme ceux de Dexia ou de Fortis et ils auraient été réglés à moindre coût. Mais ça n'aurait rien changé pour l'affaire Kerviel que personne n'avait soupçonnée, pas même à la commission française…

À l'échelle européenne, la Grande-Bretagne et la City sont-elles les seules à faire de l'obstruction?

Le blocage est d'abord britannique. Mais derrière tout cela, il y a aussi la volonté claire du Conseil de gérer la crise entre gouvernements plutôt qu'avec les institutions de l'UE. Cela vaut aussi pour la France. Partout, il y a des responsables qui font de grandes professions de foi européennes devant les caméras à Bruxelles et qui appliquent exactement le contraire dès qu'ils sont rentrés chez eux. Paradoxalement aussi, le Parlement est moins bien traité par les capitales depuis l'entrée en vigueur du traité de ­Lisbonne.

Que va-t-il se passer maintenant?

L'Assemblée européenne va se prononcer ce mercredi sur un texte amendé, pas sur une résolution à valeur législative. La négociation continuera, avec l'espoir d'un vote définitif en septembre. Le Parlement a fait connaître ses demandes dès ce mardi soir, grâce à une déclaration politique commune aux grands groupes. Le Conseil est donc placé devant ses responsabilités s'il veut installer la nouvelle supervision financière au 1er janvier 2011.

Sur les fonds d'investissement et les hedge funds, c'est aussi partie remise en septembre?

La encore, l'accord suppose que le Conseil fasse un pas vers les eurodéputés. Et la question posée est identique: l'Europe veut-elle ou non se doter d'un marché unique? Le Parlement est prêt à lâcher un peu de lest. Mais, en l'état, la position du Conseil aboutit à un marché horriblement fractionné et sur lequel toutes les dérives nationales seraient possibles.

 

 

Par Jean Poche - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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