Partager l'article ! Les initiatives du FMI agacent les banques centrales: Des crispations, des tensions, voire une franche exaspération... Ces derniers temps, l ...
Des crispations, des tensions, voire une franche exaspération... Ces derniers temps,
l'activisme du Fonds monétaire international (FMI), sous la houlette de son directeur général, Dominique
Strauss-Kahn, n'est pas sans susciter quelque énervement chez les banquiers centraux, et
en particulier à la Banque centrale européenne (BCE).
Ces frottements se sont cristallisés très concrètement sur la question de
la Grèce, où le FMI s'est dit prêt à intervenir. Mais des points de litige existent aussi sur des sujets plus théoriques. Les propositions iconoclastes du Fonds sur l'inflation et ses ambitions
affichées, notamment en matière de supervision financière, sont d'autres pommes de discorde avec les autorités monétaires.
Aider ou non la Grèce. Le FMI est tout disposé à apporter à la Grèce le soutien qui lui est refusé par les autorités européennes. Il n'en a jamais fait
mystère, estimant être le seul à disposer des équipes et des fonds nécessaires, et d'une réputation de "grand méchant loup" qui aiderait Athènes - mieux que l'Union européenne (UE) - à faire
admettre des sacrifices à sa population. Mais pour Jean-Claude Trichet,
le président de la BCE, pas question de laisser le Fonds empiéter sur sa zone monétaire.
Une aide financière du FMI est "inappropriée", a-t-il décrété le 4 mars, espérant clore le débat alors que la Grèce venait d'évoquer elle-même
cette possibilité. Certes, la Hongrie ou la Roumanie ont déjà bénéficié de l'assistance du FMI. Mais jamais un pays de la zone euro ne l'a encore sollicitée.
Gardienne de la monnaie unique, la BCE juge cette option déshonorante... Il en va de la souveraineté des instances européennes, et de la crédibilité de
la monnaie unique. Car pour la zone euro, quémander l'aide du FMI serait faire l'aveu de son impuissance.
Moins d'orthodoxie sur l'inflation. "Totalement contre-productif (...) et extrêmement dangereux." Ces mots presque rageurs, prononcés
le 4 mars par M. Trichet, résument l'accueil glacial réservé par la BCE aux récentes observations du FMI sur l'inflation.
L'économiste en chef du Fonds, Olivier Blanchard, avait proposé mi-février d'examiner la possibilité pour les banques centrales de viser une inflation plus élevée. Après tout, dit-on au FMI, les banquiers
centraux se sont eux aussi affranchis des dogmes pendant la crise en fournissant des liquidités aux banques quand les taux se sont trouvés à un plancher.
Ainsi, pour se donner plus d'armes contre le risque de déflation en cas de futur choc, pourquoi ne pas ancrer les anticipations à 4 % au lieu de 2 % ?
"En faisant cela, on suggérerait que n'importe quel changement est possible dans n'importe quelle direction", a lancé M. Trichet sur un ton frisant l'exaspération.
La Réserve fédérale américaine (Fed) a elle aussi critiqué cette suggestion. Mais, sans surprise, c'est la BCE qu'elle a fait le plus réagir :
l'institution s'est fixé pour mandat depuis sa création de contenir la hausse des prix en deçà de 2 %, et elle l'applique scrupuleusement. "Le FMI joue avec le feu", a
fustigé Axel Weber, président de la Bundesbank, la banque centrale allemande,
et potentiel successeur de M. Trichet. "La BCE sera intraitable sur ce point, confirme l'économiste Jacques
Mistral. Pour l'instant, ce débat relève de l'exercice intellectuel, mais cela
pourrait devenir un sujet délicat."
La supervision financière. "Le FMI pourrait avoir besoin d'un mandat plus clair pour traquer les risques pesant sur la stabilité économique et, je
souligne, financière mondiale." Voilà ce que déclarait, fin février, Dominique Strauss-Kahn à l'adresse des Etats membres de l'institution.
Mais cette ambition de s'ériger comme la nouvelle tour de vigie de la finance mondiale est "potentiellement un point de litige" avec les
banquiers centraux, estime Natacha Valla, chef économiste chez Goldman
Sachs à Paris. Dans la zone euro notamment, où la Commission européenne vient de confier
à la BCE plus de responsabilités en matière de supervision. Et "elle est extrêmement jalouse de ses nouvelles prérogatives", affirme Mme Valla.
"Cette idée que le FMI va venir sur les débris de la crise
financière pour élargir son périmètre est très critiquable, juge d'ailleurs un haut dirigeant monétaire européen. Ils n'ont pas d'expertise en ce qui concerne la supervision et la
régulation." Actuellement, la division du travail prévoit que le Conseil de stabilité financière (CSF), qui regroupe des représentants des banques centrales et des autorités de tutelle,
élabore et améliore les règles prudentielles encadrant le secteur financier. Le FMI est, lui, chargé de vérifier leur application.
Ces temps-ci, M. Strauss-Kahn énerve le CSF et les banquiers centraux en martelant qu'il faut réformer ces règles plus vite. Le G20 en a fixé les
grandes lignes, mais les choses avancent trop lentement au goût du numéro un du FMI.
Source : LeMonde.fr
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)