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Les décisions du Conseil européen du 19 novembre 2009 relatives aux nominations du Président permanent du Conseil
européen ainsi que du Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité de l'Union européenne (HRAEPS) ont immédiatement fait couler beaucoup d'encre ... Et l'encre n'a
pas fini de couler !
Malgré l'effort - remarquable - de pédagogie de la part des membres du Conseil européen, en particulier du Président français N. Sarkozy, dont les explications à la fois sobres et audibles
mériteraient qu'on s'y attarde davantage dans les commentaires, le choix de M. Van Rompuy à la tête du Conseil européen et de Mme Ashton pour la fontion de Haut Représentant n'en finit
pas de susciter des craintes d'affaiblissement de l'ambition politique du projet européen !
Cette situation n'est autre que l'expression publique de la profonde déception des auteurs de ces critiques parfois acerbes, laquelle me parait procéder principalement des facteurs suivants :
- les commentateurs les plus critiques à l'égard de ces choix sont des personnalités conscientes de l'importance, pour l'Europe, d'un approfondissement rapide de la construction
européenne sur les registres politique et stratégique, mais qui ont placé des espoirs excessifs dans la capacité actuelle de l'Union de transcender les obstacles inhérents au très net recul de la
place du projet européen das les grandes capitales européennes ;
- leur lecture - parfois simpliste - des nouvelles dispositions du Traité de Lisbonne qui traitent de ces registres, ne prend pas en compte l'hétérogénéité, et parfois
même l'incohérence, de leurs motivations (implicites ou explicites), de leurs contenus ainsi que de leurs impacts potentiels ; d'une part, le président permanent du Conseil européenne
ne dispose pas encore des compétences institutionnelles qu'on se plait à lui attribuer, d'autre part, le HRAEPS n'est pas " le ministre des affaires étrangères de l'Union " quand bien même
il préside le Conseil en charge des affaires étrangères (le processus de décision ne lui permet pas (encore) de disposer d'une autonomie suffisante) ; de manière caricaturale, le traité de
Lisbonne s'apparente à " une auberge espagnole dans laquelle il est est possible de préparer sa cuisine à toutes les sauces au gré de ses humeurs " !
- l'évaluation qu'ils ont faite des chances de 'retour en grâce' des solidarités européennes concrètes à la faveur des crises profondes qui secouent les Etats membres ne
prend pas suffisamment en compte ni les effets bloquants inhérents des discours - et attitudes - à la fois nationalistes et démagogiques des partis politiques nationaux, ni l'état
réel de la société européenne où l'individualisme, la prise en compte prioritaire de l'intérêt particulier et le recours aux lois de la concurrence l'emportent
autant sur la satisfaction de l'intérêt général que sur la recherche de cohésion politique et sociale et d'efficacité collective ;
- la confiance qu'ils semblent avoir placé dans la force apodictique du Droit, fût-il le droit primaire établi par un traité européen, procède d'une analyse
visiblement naïve de l'usage qu'en font les Etats, quand bien même ceux-ci se sont organisés en Etats de droit ; il suffit pour s'en convaincre d'observer leur attitude à
l'égard de l'application effective des Conventions internationales, des résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU, des transpositions dans le droit national des textes législatifs qu'ils ont
adoptés au sein de l'Union, ou encore des décisions de justice dans les territoires sur lesquels ils exercent leur souveraineté, etc. ;
- enfin, leur faible connaissance des personnalités choisies les placent dans une situation inconfortable qui les conduit à s'aventurer dans des spéculations hasardeuses sur la manière
dont celles-ci vont exercer leur nouvelle fonction ; des spéculations qui ignorent les résultats autant que les talents et les volontés de leurs cibles ;
Convenons cependant avec eux que les décisions du Conseil européen procèdent d'un " euroréalisme " quelque peu cynique !
Mais comment pouvions-nous un instant espérer qu'il en soit autrement ?
De tels choix ne sont pas ceux des citoyens européens, soigneusement tenus à l'écart par le fait même du traité, mais ceux de chefs d'Etat et de gouvernement (et de conseillers
...) qui, pour une très grande majorité d'entre eux, ne sont " européens " que par opportunisme politique ou sous l'empire des évènements, et non par conviction profonde !
Des chefs d'Etat et de gouvernement en grande majorité issus de familles politiques qui prônent la primauté du libéralisme économique et financier sur toute forme
de solidarité, la dérégulation, le décloisonnement des marchés, le recul de l'Etat et de la puissance publique dans les champs économiques et sociaux, et qui font de plus en plus appel
à un discours sur les valeurs (sous-entendues chrétiennes) pour justifier des replis identitaires et culturels !
Comme Michel Rocard l'a souligné à maintes reprises (cf. Les Européens ont voté pour que la crise continue, par Michel Rocard
), les Européens ne cessent de se plaindre des politiques menées mais lorsque des échéances électorales se présentent, ils en redemandent !
Désormais, ils sont servis !
L'auberge anglaise est ouverte !
La mousse, celle de la bière, va couler à flot !
Mesdames et Messieurs les eurosceptiques, tirez les premiers !
Pourvu que nous ayons l'ivresse ....
Celle des hauteurs, naturellement !
Cet article a été publié une première fois sur ce blog en novembre 2009.
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jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)