Partager l'article ! Proche-Orient : éclats d’obtus, par Ilan Greilsammer: Ni Benyamin Nétanyahou ni Mahmoud Abbas n’ont la volonté et la capacité à imposer ...
Ni Benyamin Nétanyahou ni Mahmoud Abbas n’ont la volonté et la capacité à imposer la paix à leur peuple.
D’abord et avant tout, être réaliste, ne pas se faire trop d’illusions. Il n’est pas tout à fait impossible qu’aiguillonnés par un président américain souriant mais menaçant Israéliens et Palestiniens finissent par négocier de façon indirecte, ce qu’on qualifie ici de «conversations par personne interposée». Il n’est pas impossible non plus que l’increvable George Mitchell fasse, à nouveau, des dizaines d’allers-retours entre Jérusalem et Ramallah ; entre Benyamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas, et que tout cela donne le sentiment agréable que le processus de paix «reprend». Mais soyons sérieux : comment imaginer un seul instant que le gouvernement israélien, dans sa composition actuelle, et l’Autorité palestinienne puissent se mettre un tant soit peu d’accord, même sur le minimum du minimum ?
Barack Obama, fort du succès de sa réforme de l’assurance maladie,
essaiera de jouer de la carotte et du bâton, il encouragera, menacera, grondera, on sous-entendra que l’aide militaire à Israël pourrait bien être touchée, Hillary Clinton téléphonera plusieurs
fois à Nétanyahou pour le semoncer, le Quartette (ONU, Etats-Unis, Russie et Union européenne) interviendra solennellement pour dire aux uns et aux autres ce qu’il faut faire, et après ?
Après : rien. Pourquoi ? Parce que, pour le moment, aucune des deux parties en présence n’a l’envie ni les moyens de progresser sur la voie d’un accord de paix définitif.
Faiblesse. Israël, d’abord. Nous, les Israéliens, avons actuellement à notre tête un gouvernement au sein duquel, ne vous y trompez pas,
Benyamin Nétanyahou fait figure d’«homme de gauche», voire de «colombe» ! C’est encore lui le plus pragmatique de toute la bande. Sa coalition comprend des opportunistes vissés à leurs
sièges ministériels et sans aucune idée claire (les travaillistes, la majorité du Likoud), des laïques nationalistes (la droite dure du Likoud), des nationalistes religieux (qui soutiennent à
100% les colons), des populistes au sentiment démocratique mitigé (comme Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires étrangères), une droite séfarade ultrareligieuse (Shas) et un parti
fondamentaliste ashkénaze ultraorthodoxe. C’est tout, qui dit mieux ?
Même si Nétanyahou, pressuré comme un citron par les Américains, était
tenté d’assouplir un tout petit peu les positions de son gouvernement, il trouverait en face de lui, dans son propre parti, des députés qui préféreraient le voir partir plutôt que céder sur quoi
que ce soit. Dans cette configuration, on peut comprendre que le Premier ministre israélien préfère l’immobilisme à tout. S’il ne veut pas que son gouvernement explose, il ne peut strictement
rien faire, sinon le gros dos en attendant que les Américains, les Européens et l’ONU se fatiguent. En exerçant leurs pressions et en se servant de la mini-crise suscitée lors de la visite du
vice-président, Joe Biden, les Américains caressent sûrement l’espoir que le gouvernement Nétanyahou se brise et soit remplacé par une coalition Kadima-Likoud-travaillistes. Mais il y a
extrêmement peu de chances qu’un tel scénario se réalise, parce que l’actuel Premier ministre tient de toutes ses forces à sa coalition actuelle, et qu’il est persuadé qu’il en va de sa survie
politique de barrer la route à Tzipi Livni, leader du parti Kadima.
Le président Obama pensait-il vraiment que le cabinet restreint
israélien, composé de sept membres dont au moins quatre ne veulent rien entendre sur rien, accepterait de geler la construction de logements juifs dans les quartiers arabes de Jérusalem ? La
seule et unique possibilité que quelque chose change du côté israélien, c’est que… la population israélienne elle-même change ses perceptions, prenne conscience que la politique de son
gouvernement ne sert pas les intérêts du pays et, comme on l’a dit cent fois, que la prolongation du conflit et l’évolution démographique nous conduisent directement à un Etat binational, dont
nous, qui sommes sionistes, ne voulons pas. Est-ce si utopique de rêver à une évolution de la population israélienne vers des orientations plus sensées, plus intelligentes et plus morales que
celles de l’actuel gouvernement Nétanyahou ? Je ne crois pas. Déjà, cette semaine, de nombreux observateurs de la scène intérieure ont noté un «frémissement», et un recul des partis de
droite dans les sondages d’opinion, Kadima arrivant pour la première fois largement en tête, et le Meretz (gauche sioniste) doublant son score. Un rayon d’espoir.
Mais quid de l’autre partie ? La faute de l’arrêt total du processus
de paix et de l’absence totale de perspectives repose-t-elle uniquement et entièrement sur cet exécrable gouvernement israélien ? Non. Car du côté palestinien non plus, ce n’est pas
brillant. Même si nous, les Israéliens, n’avons stupidement rien fait pour «renforcer» Mahmoud Abbas (libération de prisonniers, suppression de barrages, arrêt de la construction du mur de
séparation, etc.), reste le fait que l’Autorité palestinienne est d’une faiblesse extrême. Autant Nétanyahou mène une politique d’immobilisme arrogante et obtuse, autant Mahmoud Abbas
apparaît terne, fade et irrésolu. Sa terreur permanente, c’est que le Hamas progresse à ses dépens en Cisjordanie. Il sait que, s’il fait le moindre geste de conciliation en direction des
Israéliens, il sera immédiatement accusé (il est déjà accusé) par le Hamas de trahir les intérêts palestiniens. Alors, pour Abou Mazen, le meilleur moyen de battre le Hamas sur son propre
terrain, c’est de faire de la surenchère.
Mythe Prenons le cas de Jérusalem, la ville où j’habite, et qui est au centre même de la controverse et des heurts de ces derniers
jours. Les Palestiniens ont parfaitement raison de revendiquer Jérusalem-Est comme capitale du futur Etat palestinien. L’affirmation par Israël, depuis 1967, de sa souveraineté pleine et
entière sur Jérusalem, «capitale réunifiée et éternelle du peuple juif», n’a aucun sens. Il est certain que la ville sera un jour redivisée (pas nécessairement par des murs et des barbelés) et
que, tandis que les quartiers juifs seront en Israël, les quartiers arabes seront en Palestine. C’est la raison pour laquelle il faut absolument s’opposer à ce que des colons juifs s’installent,
par pure provocation, au cœur même des quartiers arabes, comme c’est le cas à Sheikh Jarrah, Ras al-Amoud ou Silwan. Et tous les vendredis, qu’il pleuve ou qu’il vente, comme d’autres membres du
«camp de la paix» et de la gauche sioniste israélienne, je me rends à Sheikh Jarrah manifester contre l’installation des colons juifs dans ce quartier arabe, des colons dont l’objectif unique est
de faire obstacle à la paix.
Mais il y a quand même des choses que l’Autorité palestinienne, et les
Arabes en général, devront accepter. La première, c’est que, quoi qu’en dise le monde arabe, le peuple juif a réellement un lien historique, culturel et religieux avec Jérusalem. Le mur des
Lamentations n’est pas seulement le mur d’enceinte de la mosquée Al-Aqsa, d’où le prophète Mahomet est monté au ciel. C’est aussi le mur du Temple, le seul vestige national et religieux qui fonde
l’attachement des Juifs à Jérusalem. Il n’est pas normal, et même contre-productif, que le Waqf (l’autorité islamique des biens de mainmorte) et l’Autorité palestinienne répètent constamment que
«le soi-disant attachement des juifs à Jérusalem» est un mythe et une pure invention, comme il n’est pas normal que lors des travaux de terrassement sous l’esplanade des Mosquées la
partie palestinienne cherche volontairement à éradiquer tout souvenir d’une quelconque présence juive dans le coin.
Stupide. La semaine dernière, les Jérusalémites ont fêté la réouverture de la synagogue Hourva dans le quartier juif de la
Vieille Ville. Fallait-il nécessairement que l’Autorité palestinienne dénonce violemment cette inauguration et appelle à manifester alors que la Hourva, détruite par la Légion jordanienne
en 1948, était la plus ancienne synagogue de Jérusalem et se trouve dans le quartier juif, qui fera nécessairement partie d’Israël dans tout règlement de paix définitif ? Est-il bien
utile et productif que les Palestiniens annoncent, presque chaque jour, que les Juifs complotent en vue de détruire la mosquée Al-Aqsa ? Mais surtout, autant le refus de l’installation de
colons juifs dans les quartiers arabes est légitime et absolument justifiée, autant le fait de considérer les quartiers juifs établis dans le no man’s land après 1967, Ramot, Ramat
Eshkol, Gilo, Hagiva Tsarfatit, etc. comme des «colonies» est vraiment stupide. Qui peut imaginer que ces quartiers juifs qui datent d’une quarantaine d’années soient un jour évacués de
leurs habitants ? Je fais partie de ces Israéliens qui soutiennent totalement et apprécient énormément Barack Obama, je pense que c’est un réel ami d’Israël, j’espère que les Juifs
américains continueront à le soutenir et qu’il sera réélu en 2012, mais je doute malheureusement que, dans le contexte actuel, ses efforts pour rapprocher un tant soit peu les deux parties
réticentes ne donnent pas beaucoup plus de résultats que ceux des précédents présidents.
PS : Cette analyse a été publiée dans l'édition du quotidien Libération date du 25 mars
2010
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
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