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Donner un prix au carbone, taxer le transport aérien et maritime international, développer les marchés du carbone, supprimer les subventions aux hydrocarbures, instaurer une taxe sur les transactions financières : ce sont les principales propositions d'un groupe consultatif de l'ONU chargé d'imaginer un nouveau système de financement du climat (à lire en cliquant ici, en anglais, et voir ici la conférence de presse de remise du rapport).
Depuis l'échec de la conférence onusienne sur le climat de Copenhague en décembre dernier, l'argent du climat est devenu un point majeur de crispation. Les pays pauvres reprochent aux riches de ne pas vouloir leur verser les montants promis (voir notre article sur le cas de la France). Les Etats industrialisés se rétractent derrière leurs finances publiques exsangues, et exigent une traçabilité de l'usage de leurs fonds que certaines capitales, au Sud, jugent attentatoire à leur souveraineté nationale.
Dans ce paysage diplomatique déchiré par le manque de confiance, surnage la promesse de l'accord de Copenhague : trouver
100 milliards de dollars par an d'ici 2020 (environ 71 milliards d'euros) pour aider les pays en développement à affronter le changement climatique. Comment trouver cette manne financière, en
pleine crise économique ?
C'est précisément ce à quoi travaille depuis février le groupe consultatif de haut niveau des Nations unies sur le
financement de la lutte contre les changements climatiques (AGF). Il vient de rendre son rapport vendredi 5 novembre au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. A trois
semaines de l'ouverture du nouveau sommet du climat à Cancún, au
Mexique, ce document est donc une pièce très attendue.
Que propose le rapport ? Rien de révolutionnaire. Une combinaison d'argent public et privé, de nouveaux instruments
financiers et d'extensions d'outils déjà existants. Il identifie des sources innovantes de financement, à commencer par la taxation du transport maritime et aérien, qui pourrait rapporter au
moins 10 milliards de dollars par an (environ 7 milliards d'euros), selon ses estimations. Très débattue depuis quelques années, cette proposition risque de pénaliser les économies les plus
exportatrices et les plus importatrices. Elle est jusqu'ici combattue par les Etats-Unis et par des pays en développement. Mais le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, co-président de l'AGF,
l'assure: «Nous sommes tombés d'accord sur le fait que cela peut-être géré de telle façon que cela n'aura pas d'incidence directe sur les pays en développement.»
D'une manière générale, le groupe onusien juge essentiel de donner un prix au carbone : entre 20 et 25 dollars la tonne de
CO2 (entre 14 et 18 euros). Il ne choisit pas la manière d'y parvenir, entre l'option de la taxation et celle de la mise aux enchères sur des marchés spécifiques. Mais quels que soient les outils
choisis par les pays développés – taxe carbone ou revenus tirés des quotas de CO2 –, c'est là que se trouve le plus gros gisement d'argent : autour de 30 milliards de dollars par an (environ
21 milliards d'euros). Faire payer la tonne de carbone peut être doublement avantageux : en créant une nouvelle source de revenus et en rendant plus rentable l'activité économique moins
polluante.
En écho avec les débats qui viennent de se tenir à Nagoya pour
protéger la biodiversité, l'AGF conseille également de redéployer les subventions touchées par l'industrie des hydrocarbures vers les activités économiques pauvres en carbone.
Enfin, ils n'oublient pas la taxation des transactions financières, estimant qu'elle pourrait elle aussi rapporter beaucoup
d'argent. Mais bien peu d'Etats la défendent aujourd'hui, si bien que les experts ne la considèrent pas applicable en l'état à court terme. «Il ne s'agit pas d'actes de charité, a
commenté Ban Ki-moon à New York, lors de la remise du rapport, il s'agit de faire ce qui doit être fait.»
Pour Greenpeace international, les conclusions de l'AGF « néantissent toutes les excuses des pays développés à reporter leur action ». De son côté, Oxfam international estime que ce rapport « et clairement en évidence la possibilité de lever des fonds publics pour aider les pays pauvres ». La balle est maintenant dans le camp des pays développés, à commencer par l'Union européenne et les Etats-Unis.
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