Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /Jan /2010 07:36

Sans doute avez-vous lu l'étude que viennent de publier Daniel S. Hamilton et Frances G. Burwell sous le titre " Shoulder ton Shoulder : Forging a Strategic U.S.-EU Partnership " (cf. l'article de ce blog intitulé : Shoulder to Shoulder : Forging a Strategic U.S.- EU Partnership (1) ainsi que Shoulder to Shoulder : Forging a Strategic U.S.- EU Partnership (2) ). A première vue, le titre fleure bon la camaraderie et l'esprit de corps. Et l'idée d'établir un partenariat stratégique entre les deux rives de l'Atlantique en reconnaissant l'Union européenne comme interlocuteur principal est pour le moins sympathique. Mais, en réalité, la lecture de ce document d'une centaine de pages nous appelle bien plus, nous Européens, à nous serrer les coudes face à ce qui ressemble plutôt à une OPA américaine sur notre vieux continent et nos politiques aussi imparfaites soient-elles.

Reconnaissons d'abord qu'il n'est pas désagrable de voir deux Américains proposer de copier ou de transférer à l'échelle transatlantique différents instruments développés au niveau de l'Union. Cela montre que la vieille Europe est encore capable de produire des idées et même de se réinventer. Cela souligne aussi les inquiétudes d'une partie de l'Amérique qui sent le monde se dérober à sa domination. Nul doute que les Etats-Unis ont besoin de l'Union européenne et que l'Europe est contente de pouvoir compter sur l'Amérique. Il ont intérêt à développer leurs échanges et un partenariat stratégique. Mais celui-ci ne peut pas consister à vampiriser l'Union européenne.

Voici quelques rapides commentaires concernant les principales propositions de MM. Hamilton et Burwell.

Prendre un engagement de solidarité transatlantique et établir un espace commun de justice, de liberté et de sécurité. Rien ne devrait nous empêcher d'envisager une clause de solidarité transatlantique, mais dans l'immédiat, prenons le temps d'organiser le fonctionnement de celle qui est ancrée dans le Traité de Lisbonne. En revanche, l'élargissement de l'espace 'JLS' aux Etats-Unis me paraît hasardeux. Nos droits sont encore beaucoup trop divergents. Le lancement (on ne peut pas encore parler d'aboutissement) de cet espace en Europe a été rendu possible par la Convention européenne des droits de l'Homme et le travail de rapprochement juridique réalisé au sein du Conseil de l'Europe. Ce socle commun est un préalable indispensable si l'on veut s'engager sur la voie d'un mandat d'arrêt ou d'équipes d'enquêtes communes.

Répondre plus efficacement aux conflits. Si l'on peut souscrire au principe qui veut que les Américains et les Européens devraient pouvoir agir de façon autonome sur le plan militaire, l'établissement d'une task force civile commune permanente et un centre de planification conjoint, voire, dans une seconde étape, un " Centre de fusion transatlantique " chargé de la planification civilo-militaire pour les Etats-Unis, l'UE et l'OTAN, auraient pour principal effet d'étoufer ou d'absorber les instruments de l'UE.

Créer un marché transatlantique de défense. Ici, l'objectif ne fait aucun doute. Il s'agirit de concentrer la coopération euro-américaine sur les capacités de faible intensité. Autrement dit, les Etats-Unis se réserveraient les armements stratégiques. par ailleurs, ils allègeraient l'ITAR en échange d'une renonciation à toute idée de préférence européenne dans les acquisations. Ce serait signer l'arrêt de mort de la BITDE ('base industrielle et technologique de défense européenne').

Un véritable partenariat doit être fondé sur des intérêts communs (NDLR : et pas seulement sur des objectifs communs !), le respect mutuel et une égalité entre partenaires. Il ne pourra exister que lorsque l'Union européenne disposera de sa pleine autonomie stratégique.

NB : Cet article a été également publié comme éditorial dans EUROPE DIPLOMATIE & DEFENSE (cf. Les publications de l'Agence Europe ! )




Par Olivier Jehin - Publié dans : Analyses stratégiques, de sécurité et de défense
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