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Nicolas Sarkozy a raison de s'inquiéter : la position industrielle de la France ne
cesse de se dégrader. En 2010, l'industrie emploie 500 000 personnes de moins qu'il y a dix ans. Le secteur salarie 3,3 millions de personnes contre 3,8 millions en 2000. Une étude de la
direction du Trésor intitulée "La désindustrialisation en France", consultable sur le site Internet du ministère des finances, estime que deux millions d'emplois ont disparu en trente
ans.
Le secteur manufacturier français participe à hauteur de 16 % à la
création de richesses alors que la moyenne s'établit à 22,4 % dans les pays de la zone euro et à 30 % en Allemagne. Sur trente ans, la perte de valeur ajoutée est de 40 % selon l'étude du Trésor
précitée.
Pourtant, en termes de recherche et de développement (R&D), les investissements rapportés au produit intérieur brut (PIB) sont supérieurs en France
à ceux effectués en l'Allemagne et au Japon dans les secteurs suivants: chimie, machines et équipements, machines électriques, technologies de l'information et transports. Mais, du fait d'une
orientation vers des activités peu intenses en R&D, l'industrie française est en position de faiblesse par rapport à d'autres pays concurrents, notamment l'Allemagne. C'est ce que souligne le
rapport issu, le 10 février, des états généraux de l'industrie organisés par le ministre de l'industrie, Christian
Estrosi.
L'export s'effrite
Fer de lance des exportations (75 %), l'industrie française voit ses parts de marché s'effriter. La part de la France dans les exportations mondiales a
régressé, passant de 5,8 % en 1995 à 3,8 % en 2008. Une baisse qui s'explique par la montée en puissance de la Chine et son corollaire, la délocalisation de la production nationale vers les pays
à bas coûts de main-d'œuvre.
Si l'on en croit Elie Cohen, directeur
de recherches au CNRS, le dévissage industriel de l'Hexagone n'a guère de chances d'être stoppé. Il risque plutôt d'empirer. Tout d'abord car, en cette période de postcrise financière, les
investissements industriels se concentrent dans les pays à forte croissance, c'est-à-dire en Asie. Un groupe comme Air liquide consacre 80 % de ses investissements à cette zone contre 50 % avant
la crise. Ensuite, parce que l'euro fort affaiblit les exportations de la France dans les domaines où elle excelle (aéronautique, nucléaire, transports…).
La vente ratée de l'EPR (réacteur nucléaire de troisième génération) à Abou
Dhabi au profit du coréen Kepco montre que les transferts de technologies consentis par
les Européens et les Américains depuis vingt ans produisent aujourd'hui leurs effets : des groupes inconnus sur la scène internationale voilà une demi-douzaine d'années viennent aujourd'hui
tailler des croupières aux géants tricolores sur leurs marchés d'élection.
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)