Réfléchir à l'Europe que nous voulons

Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 12:09

Tour à tour, les gouvernants des démocraties libérales européennes dont la gestion des crises systémiques qui frappent leur population autant que leur économie n'a pas produit les effets salutaires attendus cèdent leur place à leurs opposants politiques sous l'effet des mécontentements légitimes des citoyens appelés aux urnes au rythme des agendas démocratiques nationaux !

Après les gouvernements hongrois, irlandais, grec, portugais et italien, c'est au tour du gouvernement espagnol et de sa majorité parlementaire d'être balayés par un tsunami électoral provoqué par le mécontentement de la très grande majorité des citoyens espagnols !

Demain, d'autres gouvernements et d'autres majorités gouvernementales tomberont, qu'elles appartiennent aux camps de la démocratie chrétienne et du libéralisme politique ou à ceux de la social-démocratie et du socialisme à l'européenne !

Mais ces alternances, pour démocratiques qu'elles soient, ne semblent pas véritablement en mesure d'offrir les garanties de "meilleure gestion" et/ou de "meilleure gouvernance" attendues qui par les marchés financiers, qui par des citoyens de moins en moins enclins à croire au Père Noêl ! D'autant moins d'ailleurs que les technostructures comme les diverses obédiences de tous poils en grande partie co-responsables de ces désordres sont par nature stables et s'emploient à consolider leur position privilégiée !

Dans la quasi totalité des démocraties libérales qui traversent à grand fracas économique et social ces crises systémiques qui n'ont surpris que ceux qui se refusaient de les croire possibles (les dettes souveraines ne sont pas tombées du ciel ...), certains partis populistes n'hésitent plus à mettre "dans le même panier" les solutions proposées par les tenants d'une social démocratie et/ou d'un socialisme "éclairés" et celles imaginées par les tenants d'un libéralisme politique ou d'une démocratie chrétienne pris au piège d'un capitalisme financier sans visage et d'un néolibéralisme économique qui constituaient il y a peu de temps encore le corps de leur doctrine économique !

Au point qu'en France, par exemple, les principaux partis situés aux extrémités de l'échiquier politique évoque l'échec de "l'UMPS", laissant ainsi accroire à la connivence objective des deux protagonistes de l'alternance politique, notamment au travers de leur filiation étroite avec des technostructures dans lesquelles ils puisent leurs forces vives !

La montée de l'abstentionnisme électoral procède en grande partie d'une telle lecture du jeu politique national par les opinions publiques.

Cette même lecture a très probablement été à l'origine de deux phénomènes nouveaux qui viennent de se manifester en Espagne : la montée en puissance de nouveaux petits partis politiques, en même temps que la volatilité des choix politiques d'une partie importante de l'électorat !

Et que dire de la situation politique en Grèce, bien pire encore !

Lorsque les alternances démocratiques auront toutes été expérimentées, et dans l'hypothèse - qui n'est pas totalement farfelue, hélas ! - où ni les plans de rigueur, ni les stabilisateurs automatiques, ni les tentatives de régulation n'auraient pas produit de résultats économiques et sociaux à la mesure des enjeux, et surtout, des attentes citoyennes - hypothèse que nul ne peut se permettre aujourd'hui d'écarter d'un revers de la main ! (cf. à cet égard Jacques Attali : "Les Etats se comportent comme Bernard Madoff" (Le Monde) ; "Le joli mot de "gouvernance" n'est qu'un euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique" par Jürgen Habermas (Le Monde) ou encore European Governance and Democracy : Power and Protest in the EU, by Richard Balme and Didier Chabanet )-, que restera-t-il comme alternative politique dans nos démocraties libérales et dans nos économies sociales de marché à la dérive ? Rien moins que des solutions que la raison ne saurait reconnaître ni comme heureuses ni comme efficaces, mais bien comme résolument suicidaires !

La situation est grave !

Nombre d'observateurs sont conscients que nos démocraties libérales vacillent tant les limites démocratiques de ces alternances politiques forcées par la dictature de crises systémiques dévastatrices emportent indubitablement celles de la démocratie tout court !  

Un échec des premières provoquerait un effondrement de la seconde ! Nouveau risque systémique qu'il conviendrait de ne pas perdre de vue et que Regards-citoyens.com avait identifié comme tel depuis plusieurs mois (cf. Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - troisième partie - (nouvelle édition) ).

Après l'échec incontestable de l'expertise économique et financière, la démocratie ne survivra pas à celui de l'élite politique, fût-elle démocratique ! (cf. De la caporalisation de ce qui tient lieu de pensée stratégique aux élites européennes à la provincialisation du continent européen tout entier )

L'heure est plus que jamais au sursaut politique et démocratique face à la dictature des marchés et des idéologues regaillardis du néolibéralisme ! (voir l'appel contre la dictature financière : Appel européen contre la dictature financière ! )

Sans autre ambition que le seul intérêt général des Peuples et des Nations qui ont pris le parti de déléguer leur souveraineté à des "élus" soumis aux exigences de la responsabilité politique (cf. La notion de responsabilité politique sous la Ve République ainsi que La responsabilité politique en droit constitutionnel ).

Et sans poursuivre ces manipulations politiques qui ne trompent plus désormais que ceux qui veulent bien se faire pièger ! (cf. De la tentation politique, dont les Français sont désormais coutumiers, de détourner l'attention des citoyens en focalisant les medias sur un fait divers, aussi dramatique soit-il ! )

Parmi les attentes multiples qu'emportent ces 'princemps arabes' dont on peut se demander aujourd'hui s'ils ont bien eu lieu étant données les incertitudes de lerus issues, l'enjeu démocratique occupait probablement une place importante !

Pour autant, seule la participation effective aux élections diverses de ces prochains mois nous éclaireront sur la réalité de cette attente, les populations concernées observant avec angoisse l'incapacité quasi structurelles des démocraties du"Nord" à apporter des réponses aussi robustes qu'efficaces aux grands défis sociétaux de ce début de siècle !




 

 

 

 

 

 

 

Par Paul Auster - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 11:20

Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, était présent mercredi 15 février au Parlement européen à Strasbourg. Intervention devant une commission des Affaires étrangères, pleine à craquer (debout, assis sur les marches,… difficile de trouver une place), puis entretien avec le commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle ; le président du Parlement européen, Martin Schulz, puis avec les députés du PPE.

Dans un discours très européen, allant de la crise économique au printemps arabe, en passant par le conflit en Syrie (voir brève),  et la politique de défense européenne, il a appelé à un sursaut européen, à une « grande ambition européenne », à ce que l’Europe s’affirme davantage face aux crises. « Un véritable discours d’investiture à un poste de Haut représentant » a remarqué la députée européenne des Verts, Hélène Flautre, ajoutant d’un ton malicieux. « Bien que ce ne soit pas un poste auquel vous êtes candidat. ».

L’Europe doit s’affirmer davantage face aux crises…

Il faut permettre à l’Union européenne de « s‘affirmer face aux crises » explique Alain Juppé. « Je n’ai cessé de plaider en faveur d’avancée concrètes pour la défense européenne et en particulier pour la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC). L’Union doit tirer toutes les conséquences des réductions de budget de défense en allant vers davantage de mutualisation. Face à des menaces de sécurité qui la visent au premier chef, elle ne peut pas se contenter d’un soft power. »

Pour le ministre, l’exemple de la Libye est patent « L’intervention en Libye a montré les limites de la PSDC. Elle a aussi mis en lumière un réel leadership européen dans l’OTAN. » Après avoir énuméré quelques résultats (nouvelle mission dans la corne de l’Afrique, OpsCenter…) obtenus par l’initiative du Triangle de Weimar, le ministre français estime qu’il faut « continuer à avancer, y compris vers une capacité permanenté de planification et de conduite d’opérations de l’Union européenne » sur la base de « l’excellent rapport de Catherine Ashton » souligne-t-il.

L’apprentissage du printemps arabe

Le ministre a aussi reconnu une certaine complaisance dans le passé avec des régimes compromettants. Le printemps arabe « nous l’a montré : Nous avons eu tort de croire que la stabilité, la sécurité et la lutte contre le terrorisme justifiaient une certaine complaisance vis-à-vis de régimes qui faisaient fi des aspirations des peuples à la liberté et au respect des droits de l’Homme. Aujourd’hui si nous savons que le chemin vers la démocratie sera long et exigeant, nous savons aussi que l’aspiration à la démocratie est universelle ». « Sans jamais transiger sur ses valeurs, l’Union européenne doit accompagner les transitions arabes avec tous les instruments dont elle dispose. »

Contre une Europe repliée sur eux-mêmes

De façon plus générale, le Ministre a plaidé pour une Europe qui ne se replie pas sur elle, alors que « l’Europe est aujourd’hui dans la tourmente ». « La France ne veut pas d’une Union européenne qui se replie sur la seule gestion de la crise. Si l’Europe a enfin découvert qu’elle n’était plus le centre du monde, elle ne doit pas oublier qu’elle demeure la première puissance économique mondiale : dans le monde de demain, elle aura un rôle majeur, à jouer comme pôle de démocratie, de prospérité et de stabilité. »

… mais vivement une clause de réciprocité

Cependant le ministre s’est voulu réaliste. « Dans le dialogue entre l’Union européenne et ses grands partenaires stratégiques, (la France) souhaite que la clause de réciprocité soit au cœur de nos relations. Notre objectif, c’est de nous assurer que l’Union européenne ait désormais le souci d’une concurrence loyale avec les grands émergents et qu’elle cesse de considérer un peu naïvement que l’ouverture unilatérale ou asymétrique du marché européen serait bénéfique en soi. Cela a pu aider ponctuellement des pays en sortie de crise. Mais ce serait une erreur avec de grans émergents très concurrentiels comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. » a-t-il ajouté. « Nous attendons la présentation prochaine par la Commission d’un instrument de réciprocité en matière d’accès aux marchés publics. »

 

Cet article a été préalablement publié sur mon site : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/juppe-leurope-doit-saffirmer-face-aux-crises-et-ne-pas-se-contenter-du-soft-power.html

 

Voir également :

 * Les Français demandent que l'Europe les protège ! Mais que veulent-ils vraiment qu'elle protège ? - nouvelle édition -

 * Europe politique : un espoir est-il raisonnable ? par Alain Richard (Revue Politique étrangère)

 * L'Union européenne est-elle encore une puissance normative crédible ?  

 

 

Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 14:43

Après le succès rencontré à Lille en 2007, à Lyon en 2008 et à Strasbourg en 2010, avec plus de 3000 participants en moyenne, la quatrième édition des Etats Généraux de l’Europe (EGE) se tiendra le samedi 10 mars 2012 à Paris

avec un objectif : débattre avec les décideurs européens et proposer des solutions pour sortir l’Europe de l’impasse.

Les EGE sont le grand rendez‐vous de la société civile européenne et cette année, plus d’une vingtaine de débats sont prévus à Paris et en province entre mi‐janvier et fin février. Ils portent notamment sur les thèmes relatifs à la place du citoyen dans le projet européen, l’avenir pour les jeunes européens, la sortie de crise et la question du fédéralisme européen.

Le programme des débats et les modalités pratiques sont sur le site Internet : www.etats-generaux.eu/ 

A l’issue de ces débats, les EGE se termineront par une grande journée d’agora citoyenne le 10 mars prochain à Sciences Po Paris. A cette occasion, des sessions plénières et des ateliers feront intervenir de nombreuses personnalités européennes de haut niveau (experts, politiques, chefs d’entreprise, journalistes, etc.) au cours de débats qui impliqueront pleinement la société civile. Les propositions qui en sortiront seront relayées aux décideurs nationaux et européens.

Les EGE sont co‐organisés par EuropaNova et le Mouvement Européen-France, en collaboration avec quarante organisations de la société civile française et européenne (associations, think‐tanks, syndicats…).

Pour Jean‐Marie Cavada, Président du Mouvement Européen‐France, député européen et Guillaume Klossa, créateur des EGE et Président d’EuropaNova « Ces Etats Généraux seront l’occasion d’inscrire l’avenir européen de la France au coeur du débat présidentiel. »

Contacts presse:

• Véronique Antoinette – veronique@mouvement‐europeen.eu

– Tel: +33 (0) 1 45 49 96 67

• Thomas Houdaille – thomas@europanova.eu

– Tel: +33 (0)1 43 42 40 90

Voir le communiqué de presse : Communiqué de presse Mouvement Européen-France E GE4 23.0 Communiqué de presse Mouvement Européen-France E GE4 23.0

 

 

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 14:05

Il n’est pas nécessaire de décrire en détail les symptômes d’affaiblissement de l’ambition collective qu’a représentée jusqu’à un passé récent la construction politique de l’Europe. Les signes en sont évidents et se sont accumulés depuis une décennie. On ne peut que les citer sommairement et les analyser pour chercher comment peut survenir un rebond.

Le plus préoccupant est la distance politique qui s’est élargie entre le centre de décision que représente le nom de Bruxelles et les perceptions des centaines de millions de citoyens européens au nom – et en principe dans l’intérêt – de qui s’élaborent et finalement se prennent lesdites décisions.

L’Europe de ces dernières années semble à beaucoup non seulement éloignée (ce qui est inévitable, comme aux États-Unis le nom de Washington symbolise cet éloignement) mais, plus en profondeur, déconnectée de leurs demandes et de leurs problèmes. Les expressions dispersées de tous ceux qui ont vocation à parler en son nom ne semblent plus faire sens, ni se rattacher à un projet vivant.

Dans la vie civique de chacune de nos nations, l’objectif si souvent affiché de « plus d’Europe » n’est plus partagé ; il n’est énoncé, par des acteurs qui y croient, ou se sentent tenus de sembler y croire, que par fidélité à un engagement ancien, et sans nourrir d’illusion sur l’accueil populaire d’un tel appel. Il n’est alors exprimé que comme un rite destiné à contourner des contraintes et rarement assorti de propositions opératoires ouvrant un débat réel. Un « souverainisme » résigné ou méfiant donne le ton aux quatre coins du continent et semble signer un arrêt de l’espoir européen.

Si l’on cherche à classer les facteurs qui ont conduit à ce fort détachement, l’explication première est indéniablement économique. Depuis dix ans,l’Europe, collectivement – avec des exceptions positives dans certains pays ou ensembles régionaux, équilibrées par des poches de dépression –, enregistre une croissance faible : moins de 1,5 % annuel entre 2000 et 2010 pour l’ensemble de l’Union européenne (UE). Cette situation frustrante contraste à la fois avec les signes frappants de la croissance des pays émergents les plus en vue et avec une dynamique passée que beaucoup d’Européens, sans se pencher sur les statistiques, avaient enregistrée au long des décennies dans leurs conditions de vie et leurs mentalités.

L’impact de ce relatif échec sur la vie de nos sociétés, sur la vie de ce qui est aussi notre société européenne, se mesure bien sûr par le chômage et le sous-emploi. La montée de ce mal social est déjà frappante quand on observe les données globalisées de l’emploi. Mais ses effets sociétaux vont plus loin. Le terme de précarisation les résume sommairement. Ce sont non seulement les emplois les moins qualifiés, ou ceux des secteurs les plus concurrencés, qui disparaissent, mais de proche en proche une masse toujours plus étendue d’actifs, salariés ou indépendants, qui se sentent menacés et qui éprouvent un stress croissant dans leur activité professionnelle.

La promesse d’une croissance à peu près régulière, apportant à chacun sa part de progrès, n’est plus tenue.

Comment s’exprime l’inquiétude

L’état défavorable de l’économie européenne alimente depuis des années une masse de commentaires, parfois hâtifs, sur « l’Europe dépassée par la mondialisation et sclérotique face au tonus irrésistible des économies émergentes ». Sans débattre ici du bien-fondé de cette appréciation, martelée dans certains milieux économiques, retenons son versant politique, qui domine les perceptions de millions d’Européens. Chez les salariés du bas de l’échelle, chez beaucoup d’actifs qualifiés aussi, s’est imposée l’idée d’une Europe vouée à passer sous le rouleau compresseur de la concurrence internationale.

Ce pessimisme devenu lieu commun génère déception, voire ressentiment, notamment chez les citoyens des générations de la maturité, qui regardent cette évolution comme un reniement du projet central de l’Union européenne. Faite pour construire un espace unique de production et d’échanges stimulant la croissance de ses membres, elle est devenue à leurs yeux une « zone ouverte à tous vents, où les producteurs émergents sans protection sociale ni règles environnementales viennent détruire des emplois européens ».

Cette représentation est certes sommaire, et l’on conviendra aisément que de larges variations la diversifient selon les nations. Toutefois, même dans les pays dont la compétitivité hors prix a pu sauvegarder les parts de marchés, et dans ceux où les mentalités collectives sont les plus favorables aux échanges ouverts, s’exprime la perception d’une Europe manquant à ses responsabilités pour égaliser les conditions de concurrence et assurer un développement industriel et technologique interne suffisamment tonique.

La globalisation fait en Europe des gagnants et des perdants dans toutes les sociétés. La balance n’est pas égale entre eux et l’affaiblissement de la cohésion sociale qui en résulte est un des facteurs lourds de désaffection de larges couches sociales à l’égard de l’Union et de sa capacité à « remplir le contrat » de la prospérité partagée. L’idée d’« Europe sociale », terme vague pour évoquer telle ou telle forme de progrès social issu d’un accord européen, ne trouve plus à se concrétiser.

Transversalement à ces déficits économiques et sociaux, une autre donnée de société vient creuser les écarts de perception entre citoyens européens. Après une période de progrès dans le domaine de la « citoyenneté au quotidien », marquée notamment par le développement maîtrisé de la libre circulation sous le régime de la convention de Schengen, les chocs de poussées migratoires momentanées et les difficultés d’intégration sociale constatées dans plusieurs pays membres viennent fragiliser l’exercice de cette liberté.

Sur ce fond déjà démotivant se développent les controverses de la vie politique. L’éloignement du centre de décision bruxellois et la complexité de ses processus facilitent (sous le vocable doucereux d’« euroscepticisme ») les stratégies d’inspiration nationaliste, qui réclament le retour d’un maximum de pouvoirs au niveau national, stratégies fondées sur la prétendue capacité de chaque nation à relever ces défis économiques et sociaux sans les autres, voire en jouant contre les autres.

S’il ne s’agissait que de mouvements dits populistes éloignés des responsabilités gouvernementales, leur succès persistant dans les choix électoraux serait déjà un facteur d’affaiblissement du sentiment d’appartenance à l’Europe. Mais se portent à leur renfort nombre de rédactions, principalement de presse écrite, appuyant sur les thématiques émotionnelles et les préjugés pour enjôler un lectorat volage. Lorsque se manifeste une différence politique ou économique entre deux pays européens, une bonne part de la presse, d’un côté ou de l’autre, simplifie le débat ou le déforme en le pimentant de titres et de commentaires frôlant la xénophobie pure et simple.

Un autre facteur vient aggraver cette distanciation critique entre les opinions européennes : l’attitude de beaucoup de gouvernants. [...]

 

Voir la suite de cet article :  IFRI articlealainrichardpe42011 IFRI articlealainrichardpe42011

 

 

Par ERASME - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 14:02

Un nouveau souffle ? Dans l'histoire de l'unification de l'Europe, la tendance fédéraliste a toujours existé. Son histoire est célèbre et facilement accessible, ses promoteurs sont reconnus parmi les acteurs principaux de la construction européenne. Mais la concrétisation de leur rêve ne paraissait jamais vraiment mûre ; elle s'exprimait parfois de façon spectaculaire, mais sans donner l'impression que sa réalisation était imminente ou réaliste ; un rêve, en fait. Et voici que cette tendance semble avoir trouvé aujourd'hui un nouveau souffle, le cercle des partisans s'élargit, avec l'appui de personnalités de premier plan de la politique active, comme Mme Merkel.

Je ne crois pas à des conversions miraculeuses. Cette nouvelle jeunesse du rêve fédéral résulte essentiellement de l'évolution de la zone euro: le Traité sur la discipline budgétaire impose des procédures et des décisions ayant déjà un caractère fédéral, notamment pour les sanctions éventuelles qui se déclencheront automatiquement ; le pays qui ne respecterait pas les règles serait sanctionné sans que des décisions spécifiques soient nécessaires. La gestion de la monnaie européenne implique une réduction radicale de certains aspects des autonomies nationales; c'est dans ce contexte qu'a surgi récemment le malentendu entre certaines autorités allemandes et les autorités d'autres pays de la zone euro, à propos de la mise sous tutelle du gouvernement grec s'il s'éloigne des mesures d'austérité convenues.

Comment présenter un cadre des positions favorables à une évolution fédéraliste de l'UE ? Je retiens, pour simplifier, trois positions qui peuvent synthétiser les orientations actuelles, celles de Mme Merkel, Premier ministre de l'État membre le plus puissant, de M. Verhofstadt, chef de file des parlementaires européen fédéralistes et des mouvements politiques qui se définissent eux-mêmes comme fédéralistes.

Pour Mme Merkel, c'est un objectif à longue échéance. La chancelière fédérale n'a certes pas caché son opinion, car elle s'est exprimée dans des conditions de clarté maximale dans une interview simultanée à six grands quotidiens de six États membres, dont un avait choisi comme titre: « Ma vision, c'est l'Union politique ». En fait, la presque totalité de l'entretien répondait aux questions sur les objectifs et le fonctionnement de l'euro et sur les raisons pour lesquelles il est indispensable à présent que la zone euro soit dotée de pouvoirs contraignants: « Après nous être promis une centaine de fois de réduire les dettes publiques et de consolider les finances publiques, il faut qu'à l'avenir ces mesures puissent être imposées ou obtenues par voie de justice ».(Voir notre bulletin 10539).

Le passage final est consacré à l'avenir institutionnel, en réponse à une question sur les États-Unis d'Europe. « Ma vision est l'Union politique (…) car l'Europe, c'est de la politique intérieure »,a dit Mme Merkel, en précisant sa pensée dans un texte suffisamment bref pour être reproduit tel quel: « Ma vision est l'Union politique. Au fil d'un long processus, nous transférerons davantage de compétences à la Commission, qui fonctionnera alors comme un gouvernement européen pour les compétences communautaires. Cela implique un Parlement fort. Le Conseil qui réunit les chefs de gouvernement formera, pour ainsi dire, la Deuxièmes chambre. Pour finir, nous aurons la Cour européenne de justice comme cour suprême. Cela pourrait être la configuration future de l'Union politique, dans un certain temps et après de nombreuses étapes. »

L'objectif est donc clair, mais les délais pourraient être longs. Et rien n'est dit sur la possibilité que les États-Unis d'Europe puissent naître, le cas échéant, sans que tous les États membres y participent.

Pour M. Verhofstadt, il n'y a pas d'autre choix. Le président du groupe libéral du PE n'en fait pas une question de doctrine (ou du moins, cet aspect n'est pas au centre de son raisonnement), mais de nécessité. Il a déclaré: « Il n'y a pas d'autres choix qu'une Europe fédérale. La crise est un défi qui ouvre des possibilités qui ne se sont jamais présentées auparavant. On y est ! Il n'y a pas d'autres options. » À son avis, bien plus qu'a une crise de la dette, nous sommes face au manque d'une autorité crédible et efficace pour gérer l'Union monétaire. Ailleurs, les endettements publics dépassent largement celui de l'Europe ; mais personne ne doute qu'aux États-Unis, au Japon, les autorités peuvent prendre des décisions. Dans l'UE, ce n'est pas le cas.

Les mesures purement monétaires ne suffisent pas: ce qu'il faut, c'est « un transfert massif de compétences des États vers l'Europe ». Certes, l'austérité est nécessaire ; mais on oublie qu'on a déjà dépensé 1.000 milliards d'euros pour combattre la crise, et d'autres centaines de milliards vont suivre. La solution ne réside pas dans les « demi-mesures de M. Sarkozy et Mme Merkel ». L'échec de l'euro serait ruineux pour tous, l'Allemagne en tête. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle M. Verhofstadt se dit optimiste: parce que tous savent qu'il n'y a pas d'alternatives. À terme, aucun État membre individuellement ne pourra faire partie du G8 ; les chiffres le prouvent: tous dehors si l'UE n'est pas unie. Il n'y aura plus que des puissances multiculturelles et multilingues, comme la Chine, l'Inde et les USA. L'Europe doit devenir fédérale:  « Si elle ne réussit pas à gérer une société multiculturelle, c'est qu'elle a échoué ». Et que faire avec ces quelques États membres d'Europe centrale et orientale qui donnent l'impression de rejeter l'unité européenne ? « Les thèses populistes et nationalistes créent les tragédies. Regardez la dérive en Hongrie de la démocratie vers l'autoritarisme, avec des risques de retombées dans les pays voisins ».

Selon l'eurodéputée socialiste Ana Gomes, l'empreinte de la position de M. Verhofstadt s'étend: « Il ne représente pas seulement le point de vue de son groupe, mais souvent de tout le Parlement. Il a vraiment une vision européenne ». Et l'ancien Premier ministre belge est optimiste: « La pression des opinions publiques forcera les choses. Les élections européennes de 2014 deviennent capitales. Je prédis que les forces pro-européennes vont les gagner. »

Les Fédéralistes regardent loin. Je vais suivre, pour rendre compte de façon sommaire des positions des mouvements fédéralistes, la même démarche utilisée jusqu'ici: retenir un cas significatif, celui de l'Union des fédéralistes européens-France, présidée par Jean-Guy Giraud.

Son projet est simple: il faut convoquer une Convention qui modifierait les traités actuellement en vigueur. Par des « lettres ouvertes » aux parlementaires européens, M. Giraud a lancé une Campagne pour les États-Unis d'Europe qui prend position progressivement sur les différents aspects de son initiative. L'un des points de départ vise la suppression du droit de veto des États membres, actuellement applicable à toute modification des traités. L'accroissement du nombre des États membres a rendu de plus en plus difficile le consensus unanime sur la révision de ces traités. Il est vrai qu'une procédure simplifiée à cet effet existe ; mais la règle de l'unanimité est valable autant pour la décision de départ que pour la ratification de toute révision des traités. Il faudrait alors s'appuyer sur la clause prévoyant que tout État membre peut « décider de se retirer de l'UE » et négocier un accord relatif à des relations avec lui.

Il faudrait donc introduire un mécanisme de révision des traités par un accord d'une forte majorité d'États membres, mécanisme valable tant pour la décision de révision que pour sa ratification. La révision serait applicable erga omnes si elle était approuvée par une grande majorité d'États membres, représentant une forte majorité de la population de l'UE. Les États (très minoritaires) qui n'auraient pas ratifié la révision, pourraient soit s'y rallier ultérieurement, soit faire jouer leur droit de retrait, soit négocier un accord d'association avec l'UE (avec la faculté d'y revenir à un stade ultérieur). Le Parlement européen pourrait prendre l'initiative de lancer ces révisions ; il en a la faculté.

Ces aspects de base clarifiés, l'Union des fédéralistes européens-France s'est ensuite exprimée progressivement sur de nombreux aspects de ce que deviendrait cette nouvelle UE. Il ne faut pas être pessimiste à cause de certaines positions nationales actuelles: M. Giraud souligne qu'il ne faut pas confondre la position historique d'un pays avec celle de ses dirigeants occasionnels (sauf peut-être dans le cas du Royaume-Uni…). La plupart des concepts que son mouvement affirme sont partagés par d'autres mouvements fédéralistes, parfois de manière formelle grâce aux liens qui existent. Il est évident que pour certains détails il n'existe pas de position unique. Mais je crois que pour l'essentiel l'orientation générale des Mouvements fédéralistes est plutôt uniforme.

Il est évident que la concrétisation des réformes préconisées serait nécessairement une entreprise de longue haleine, ce qui pourrait susciter des réserves ou perplexités d'autres personnalités.

 

Source : Agence Europe

 

 

Par ERASME - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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