A la rencontre de femmes et d'hommes illustres

Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 09:07

Hors du commun et étincelante son œuvre .

Il a su faire toucher du doigt combien les civilisations sont fragiles, chacune respectable et émouvante, secrétées dans la durée par des sociétés d'hommes face à leurs environnements qu'elles veulent ordonner, comprendre et maitriser. Une civilisation : dessin et fonctionnement d'une communauté humaine, inscrite dans le temps.

Cela faisait longtemps que l'Occident avait découvert nombre sociétés primitives, civilisations naguère encore ''exotiques'', pays primitifs , qu'il avait colonisé et envahi et maintes fois bien décrit. Mais il a le premier, révélé de manière éclatante combien elles étaient différentes et multiples et complexes, même les plus petites et plus modestes, chacune d'elles porteuses de normes, valeurs et paradigmes originaux et cohérents dessinés par les individus au fil du temps fonction des pressions des environnement au milieu desquels ils vivaient.

Il a souligné, au fil d'une réflexion sur son oeuvre, que cette variété, cette diversité forment la grande richesse de la société humaine, et quelque part son patrimoine très précieux.

Enfin, il a obligé chacun à repenser sa culture, en mettant en perspective celle ci avec d'autres plus primitives que ses travaux extraordinaires ont fait surgir du néant et prendre vie à nos yeux d'occidentaux.

Mais plus encore, et au delà et en même temps, à l'occasion de son examen des sociétés primitives, il a explicité une notion centrale, toujours présente et implicite dans nos processus intellectuels, pourtant fondamentale : c'est la manière dont l'homme conçoit et élabore les ensembles structurés que sont sa représentation de l'environnement (on pourrait dire du monde ou de l'univers), ses systèmes de normes et de valeurs réglant les paradigmes et le fonctionnement du corps social de chaque population, la matière qu'il utilise pour ce faire.

Levy Strauss a constaté que, quelle que soit la société, la civilisation, le groupes social, la tribu ou le peuple concerné il y avait un invariant. Le matériaux avec lequel l'homme ou plutôt le groupe ou la tribu à laquelle il appartient construit sa représentation du monde : savoir l'ensemble des connaissances disponibles acquises par le groupe considéré, portant sur les objets et phénomènes matériels de son environnement, leurs propriétés, leurs interactions physiques possible avec lui, sur les être vivants de son milieu, sur les connaissances, besoins physiques et contraintes de chaque individu du groupe social, tribus ou société. Et c'est à partir de ce matériaux que l'homme structure et organise une image de son environnement, une conception du monde qui lui donne logique et intelligibilité

Chez les peuples primitifs : le matériaux : l'information, est disparate, largement incomplète et sa cohérence est le plus souvent absente. Alors le primitif en dépit de cela, avec les éléments hétéroclites dont il dispose, est capable d'imaginer et de construire une vision du monde, des lois, des règles de comportement qui donne au monde une intelligibilité et structure son cadre de vie.

Et cette structuration de ses connaissances, qui n'a rien à envier quant à sa complexité et à ses fins à celle de nos civilisations contemporaines : donner un sens au monde et aux évènements, est élaborée à partir de mythes, de rapports et de propriétés imaginées, réponse d'un bricoleur à la disparité des matériaux disponibles. (Et on relira avec intérêt La pensée sauvage). Ceci en l'absence de la connaissance scientifique que nous avons acquise qui nous apporte une vision infiniment plus fidèle et pour une part ordonnée de nous même et de notre univers.

Sommes nous aujourd'hui si différents devant les béances toujours immenses de notre savoir scientifique et de nos connaissance. Nos mythes modernes, ce sont les théories scientifiques, les lois économiques sociales les hypothèses que nous élaborons, les jugements et classifications péremptoires qui ne sont pas appuyés sur des expériences concluantes, des faits et réalités vérifiables et qui pourtant complètent et structurent nos connaissances et nos jugements. Comme les primitifs, comme ces ''Bororos'' décrits par le maître nous intégrons à notre paysage mental et social des éléments pour donner intelligibilité et sens à notre univers et aux évènements.

Merci Monsieur pour votre œuvre et au revoir.

 

 

Par ERASME - Publié dans : A la rencontre de femmes et d'hommes illustres
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 08:09

Regards-citoyens.com recommande très fortement à ses lecteurs intéressés par la place de Charles de Gaulle et de Jean Monnet dans le processus de construction européenne la lecture de ce mémoire passionnant réalisé en 1989 par un étudiant en sciences politiques, Aloys Rigaut !

Au moment où tout le monde s'interroge sur le projet européen et son éventuelle réorientation, ils découvriront ce qui opposait comme ce qui rapprochait ces deux grandes personnalités politiques françaises à l'égard du projet de construction européenne ! Eclairant quand bien même, comme l'affirmat jadis John Fitzgerald Kennedy, "Nous avons besoin d’hommes capables d’imaginer ce qui n’a jamais existé "

 

Voir le mémoire : http://aloys.rigaut.free.fr/pdf/dgjm.PDF

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : A la rencontre de femmes et d'hommes illustres
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 07:42

Décédé le 14 septembre à Paris à l’âge de 82 ans, ce philosophe fut le spécialiste de la pensée islamique et de son histoire épistémologique, et le fondateur incontesté de la nouvelle pensée religieuse musulmane de France. Les réactions de l'anthropologue Malek Chebel et du philosophe Maurice-Ruben Hayoun.

Spécialiste du monde arabe et de l'"islam des Lumières", Malek Chebel est anthropologue des religions :

"Les disciplines maîtresses, avant lui, lorsqu'on parlait de l'islam, étaient l'islamologie et l'orientalisme, étudiées par des laïcs pur jus, des athées et des intellectuels de tradition chrétienne à la suite de Louis Massignon. Les musulmans, eux, n'accédaient pas encore à une vision critique de l'islam. Mais à la mort de Louis Massignon, en 1962, la discipline s'est trouvée orpheline. Une fenêtre s'ouvrait sur de nouvelles recherches. Mohammed Arkoun a su saisir cette occasion et a œuvré à remplacer l'islamologie classique par l'anthropologie religieuse. Il a ainsi entrepris une révolution de la pensée critique, vers une acceptation de la laïcité qui n'avait pas encore été pensée. Il a, peu à peu, à travers ses nombreux articles, ramené le curseur sur le sujet, la gouvernance, la séparation du temporel et de l'intemporel.
Je suis donc très attristé de voir que l'on ne rend pas un hommage national à un homme à qui le destin de l'islam en France a été en grande partie confié. Un universitaire de haut rang qui a œuvré à l'harmonie des religions et des peuples, qui a défendu l'islam des Lumières, a travaillé avec l'Etat français à la création d'instituts islamiques en France, participé à la définition des règles pour la formation des imams, pour la mise en place du Conseil français du culte musulman (CFCM)… Cela est révélateur du fait qu'il existe dans ce pays des citoyens de seconde zone."
Spécialiste de philosophie juive médiévale et de la pensée judéo-allemande moderne, Maurice-Ruben Hayoun est professeur au département de philosophie de l'Université de Genève :
"A la fin du jeûne de Kippour, en feuilletant le journal Le Monde, je découvre dans la liste nécrologique que mon ami et éminent collègue le professeur Mohammed Arkoun est mort. Ma peine est immense, la dernière fois que nous nous étions rencontrés, ce fut lors d’un colloque à Berlin et plus récemment à Mazille en France, près du Carmel de la paix.
Comme l’a dit la ministre algérienne de la Culture, Mohammed Arkoun fut un authentique messager du dialogue interreligieux, pratiqué à la façon d’un grand historien, doublé d’un bon philosophe. Arkoun était un savant qui, tout en ayant fait une carrière classique d’universitaire, s’intéressait au devenir de la culture et de la civilisation du monde ambiant.
Il fut aussi l’âme vivante d’une prestigieuse revue savante, Arabica. Avant que je ne le connaisse et qu’il devienne mon ami (quand il m’appelait au téléphone, il s’annonçait ainsi : "C’est Arkoun qui veut parler à son ami, le Grand Rabbin (sic) Hayoun", faisant ainsi allusion à la proximité de nos  deux patronymes), mon maître Georges Vajda me disait le plus grand bien de lui. Et en effet, c’était un musulman libéral, courageux et authentique, un homme profondément animé par l’amour et le respect de son prochain.
Je raconterai ici deux petites anecdotes historiques : alors que j’étais jeune étudiant et que le président Sadate avait atterri à Jérusalem pour parler devant la Knesset, Mohammed Arkoun fut le premier penseur musulman à être invité par le colloque des intellectuels juifs francophones. Madame Annie Kriegel présidait la séance. Je me souviens que la conférence eut lieu au musée des Arts et traditions populaires et Arkoun avait, notamment, dénoncé ce qu’il nommait l’inflation du discours, visant directement des politiciens arabes qui confondaient allégrement parole et action.
Il déplorait que tout dans la sociologie musulmane contemporaine fût ramené à l’insondable volonté divine, invalidant ainsi tout effort intellectuel de reconstruction et d’analyse. On omettait simplement de rappeler que la religion, comme le mariage, est une institution sociale. Et que la foi en Dieu, tout comme l’amour entre les êtres, pouvait exister en dehors de ces structures…
La seconde anecdote me fut racontée par Arkoun alors que nous prenions notre petit-déjeuner à Berlin, à l’occasion d’un colloque. Nous parlions de choses et d’autres, et il me relata son voyage en Israël à l’invitation du département de philosophie de l’Université de Tel-Aviv, émanant d’un grand spécialiste israélien de Spinoza. Mohammed Arkoun était pour la paix et souhaitait une coexistence harmonieuse entre tous les Etats de la région.
Il me confia tout de même son agacement de voir les douaniers et les policiers de l’aéroport de Lod le fouiller intégralement et lui poser tant de questions sur le but de sa visite. En effet, Arkoun était né dans un petit village de Kabylie mais avait la nationalité française. Mais pour les autorités aéroportuaires, ce prénom Mohammed intriguait…
Ayant soutenu sa thèse de doctorat d’Etat sur un penseur persan du Xe siècle, Arkoun s’orienta progressivement vers des études de sociologie religieuse en examinant leurs retombées sur nos sociétés contemporaines, hic et nunc. Notre éminent collègue avait, il faut bien l’avouer, subi un petit lavage de cerveau quand il avait séjourné plusieurs mois en Arabie Saoudite où les oulémas et les fuqaha lui avaient fait une sérieuse explication de texte.
Revenu en France, Arkoun avait parlé d’une sorte de "raison islamique" qui n’obéirait qu’à ses propres règles et suivrait ses propres lois, différentes de celles des autres. Cette affirmation fut considérée comme une hérésie, la raison étant universelle (ce que Arkoun savait pertinemment bien). Il reçut une volée de bois vert de la part des professeurs du Collège de France et d’ailleurs.
Cependant, la communauté scientifique lui pardonna ce petit écart bien compréhensible. Il fut même promu officier de la Légion d’honneur et nommé à la commission nationale sur la laïcité par Jacques Chirac et présidée par Bernard Stasi.
Même s’il n’a pas été très suivi par ses coreligionnaires, ce Français d’origine kabyle algérienne a tenté de repenser l’islam, il ressentait douloureusement le fait que cette religion ait stoppé son évolution depuis un certain temps, créant un hiatus, une discrépance (eine Diskrepanz) avec les autres religions et les autres cultures.
Il aimait comparer les trois grandes figures du Moyen-Âge qui fécondèrent l’Europe de nos jours par leurs pensées ouvertes et audacieuses : Ibn Rushd, Maïmonide et Thomas d’Aquin. A juste titre, il souhaitait que l’on reconnût le rôle joué par l’islam des Lumières dans le développement culturel de notre continent.
Je me souviens aussi de son indignation lors d’une interview immédiatement après les attentats du 11-Septembre. Il était choqué de s’entendre dire qu’une violence extrême était congénitale à l’islam. Mieux que n’importe quel autre musulman, il avait saisi les ravages qu’une telle horreur avait infligé à sa cause : l’islam n’est pas l’islamisme.
Lorsqu’il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite, Mohammed Arkoun devint encore plus pris et plus demandé qu’auparavant : le Wissenschaftskolleg de Berlin l’invita pendant un semestre, les universités Mac Gill, Princeton et de Californie se firent un honneur de l’inviter chez elles. Je me souviens l’avoir entendu parler à Berlin dans un anglais parfait, devant une salle absolument conquise.
Cet homme qui nous quitte, hélas, voulait faire émerger un certain humanisme islamique, il rêvait de la création d’une sorte d’université méditerranéenne qui ferait fructifier l’héritage des trois monothéismes, leur culture abrahamique, cette notion fondamentale de l’alliance de Dieu avec l’homme. Quel qu’il soit.
Si j’osais, je dirais que Mohammed Arkoun fut une sorte d’Ernest Renan de l’islam, appelant à la création d’une sorte de science de l’islam (islamologie) comme il existe depuis plus de deux siècles une science du judaïsme. Une approche sensée et intelligente des dogmes religieux, et le rôle de la religion comme première éducatrice de l’humanité. C’est la plus belle leçon léguée par Averroès.
Qu’il repose en paix, mon ami Mohammed Arkoun. Son œuvre lui survivra. Rahmat Allahi ‘alayhi.

 

Voir également sur ce blog :

 * Mohammed Arkoun et le défi critique de la raison islamique, par Mohammed Chaouki ZINE

 * Un autre regard sur le rapport de l'Islam au Christianisme !

 

 

Par ERASME - Publié dans : A la rencontre de femmes et d'hommes illustres
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 12:29

Albert Camus, dont l'intelligence de coeur n'a eu d'égale que celle de son esprit, dont la plume comme les engagements dans la vie ont su si bien rendre compte de l'éclat de son âme autant que des questionnements qui l'ont habité sans aucune pause, a lancé à ses proches et amis, à ses collègues, à ses rivaux, au monde des phrases et des formules qui toutes, sans exception, méritent qu'on s'y attarde un instant !

Regards Citoyens en propose ici quelques unes, pour mémoire, puisées dans le document qu'y consacre le site : http://www.evene.fr/citations/auteur.php?ida=49 ,

" Le monde change, et avec lui les hommes et la France elle-même. Seul l'enseignement français n'a pas encore changé. Cela revient à dire qu'on apprend aux enfants de ce pays à vivre et à penser dans un monde déjà disparu. "

" Le désespoir, comme l'absurde, juge et désire tout, en général et rien, en particulier. "

" Il faut mettre ses principes dans les grandes choses, aux petites la miséricorde suffit. "

" Mais qu'est-ce donc que l'exécution capitale, sinon le plus prémédité des meurtres auquel aucun forfait criminel, si calculé soit-il, ne peut être comparé ? "

" Rien n'est vrai qui force à exclure !  "

" On a déclaré qu'il fallait d'abord la justice et que, pour la liberté, on verrait après ; comme si des esclaves pouvaient jamais espérer obtenir la justice. " 

" Lorsque nous serons tous coupables, ce sera la démocratie véritable. "

" L'homme n'est pas entièrement coupable : il n'a pas commencé l'histoire ; ni tout à fait innocent puisqu'il la continue. "

"
Le grand courage, c'est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort. "

"
Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t'enlever ta liberté pour assurer ton pain ? "

"
Il n'y a pas longtemps, c'étaient les mauvaises actions qui demandaient à être justifiées, aujourd'hui ce sont les bonnes. "

" Penser, ce n'est pas unifier, rendre familière l'apparence sous le visage d'un grand principe. Penser, c'est réapprendre à voir, diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié. "

" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. "




Par ERASME - Publié dans : A la rencontre de femmes et d'hommes illustres
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 11:18

Pour mieux connaitre l'homme et l'oeuvre politique de Pierre Mendès France, la Fondation éponyme propose un site que je recommande aux lecteurs intéressés par cette éminente personnalité politique ... qui manque cruellement à la démocratie française !

 

http://www.mendes-france.fr/about/

 

 

Par ERASME - Publié dans : A la rencontre de femmes et d'hommes illustres
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