Hors du commun et étincelante son œuvre .
Il a su faire toucher du doigt combien les civilisations sont fragiles, chacune respectable et émouvante, secrétées dans la durée par des sociétés d'hommes face à leurs environnements qu'elles veulent ordonner, comprendre et maitriser. Une civilisation : dessin et fonctionnement d'une communauté humaine, inscrite dans le temps.
Cela faisait longtemps que l'Occident avait découvert nombre sociétés primitives, civilisations naguère encore ''exotiques'', pays primitifs , qu'il avait colonisé et envahi et maintes fois bien décrit. Mais il a le premier, révélé de manière éclatante combien elles étaient différentes et multiples et complexes, même les plus petites et plus modestes, chacune d'elles porteuses de normes, valeurs et paradigmes originaux et cohérents dessinés par les individus au fil du temps fonction des pressions des environnement au milieu desquels ils vivaient.
Il a souligné, au fil d'une réflexion sur son oeuvre, que cette variété, cette diversité forment la grande richesse de la société humaine, et quelque part son patrimoine très précieux.
Enfin, il a obligé chacun à repenser sa culture, en mettant en perspective celle ci avec d'autres plus primitives que ses travaux extraordinaires ont fait surgir du néant et prendre vie à nos yeux d'occidentaux.
Mais plus encore, et au delà et en même temps, à l'occasion de son examen des sociétés primitives, il a explicité une notion centrale, toujours présente et implicite dans nos processus intellectuels, pourtant fondamentale : c'est la manière dont l'homme conçoit et élabore les ensembles structurés que sont sa représentation de l'environnement (on pourrait dire du monde ou de l'univers), ses systèmes de normes et de valeurs réglant les paradigmes et le fonctionnement du corps social de chaque population, la matière qu'il utilise pour ce faire.
Levy Strauss a constaté que, quelle que soit la société, la civilisation, le groupes social, la tribu ou le peuple concerné il y avait un invariant. Le matériaux avec lequel l'homme ou plutôt le groupe ou la tribu à laquelle il appartient construit sa représentation du monde : savoir l'ensemble des connaissances disponibles acquises par le groupe considéré, portant sur les objets et phénomènes matériels de son environnement, leurs propriétés, leurs interactions physiques possible avec lui, sur les être vivants de son milieu, sur les connaissances, besoins physiques et contraintes de chaque individu du groupe social, tribus ou société. Et c'est à partir de ce matériaux que l'homme structure et organise une image de son environnement, une conception du monde qui lui donne logique et intelligibilité
Chez les peuples primitifs : le matériaux : l'information, est disparate, largement incomplète et sa cohérence est le plus souvent absente. Alors le primitif en dépit de cela, avec les éléments hétéroclites dont il dispose, est capable d'imaginer et de construire une vision du monde, des lois, des règles de comportement qui donne au monde une intelligibilité et structure son cadre de vie.
Et cette structuration de ses connaissances, qui n'a rien à envier quant à sa complexité et à ses fins à celle de nos civilisations contemporaines : donner un sens au monde et aux évènements, est élaborée à partir de mythes, de rapports et de propriétés imaginées, réponse d'un bricoleur à la disparité des matériaux disponibles. (Et on relira avec intérêt La pensée sauvage). Ceci en l'absence de la connaissance scientifique que nous avons acquise qui nous apporte une vision infiniment plus fidèle et pour une part ordonnée de nous même et de notre univers.
Sommes nous aujourd'hui si différents devant les béances toujours immenses de notre savoir scientifique et de nos connaissance. Nos mythes modernes, ce sont les théories scientifiques, les lois économiques sociales les hypothèses que nous élaborons, les jugements et classifications péremptoires qui ne sont pas appuyés sur des expériences concluantes, des faits et réalités vérifiables et qui pourtant complètent et structurent nos connaissances et nos jugements. Comme les primitifs, comme ces ''Bororos'' décrits par le maître nous intégrons à notre paysage mental et social des éléments pour donner intelligibilité et sens à notre univers et aux évènements.
Merci Monsieur pour votre œuvre et au revoir.
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