"Deviens ce que tu es."
(Friedrich Nietzsche)
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"Deviens ce que tu es."
(Friedrich Nietzsche)
Le regain de ferveur musulmane dans la France laïque suscite fascination et rejet. Comme si l'islam rappelait aux catholiques de moins en moins catholiques une pratique et une foi oubliées, celles d'avant la laïcité.
Fille aînée de l'Eglise, la France a lutté contre l'emprise de cette dernière, jusqu'à la loi de séparation de 1905. Elle se souvient de l'âpreté de cette lutte. Et elle s'imagine que l'islam pourrait lui faire courir, à nouveau, semblable danger. Ce fantasme ne manque pas de resurgir périodiquement, comme si l'islam était la religion de la majorité des Français.
L'école républicaine est hélas la première responsable de cette pénible situation. Au nom d'une sacro-sainte laïcité, elle hésite à jouer son rôle, et se montre incapable de combattre les effets d'une ignorance bien française des religions. Un enseignement neutre et laïque des religions, parallèlement à une formation à la laïcité, pourrait seul sortir les futurs citoyens d'une sorte d'analphabétisme religieux et culturel aux effets pervers.
La convergence des discours de droite et de gauche contre l'islam qui prospèrent sur ce fond d'inculture n'est pas sans poser problème. D'un côté comme de l'autre, c'est de la laïcité qu'on se réclame. Pour la gauche, il ne faudrait pas laisser la droite accaparer les valeurs de la République, dont la laïcité. Quant à la droite, elle a instrumentalisé ces valeurs à sa guise pour mettre en place sa politique sécuritaire antiterroriste/anti-islamisme/anti-islam = anti-immigrés. Le contexte international n'a pas été propice à l'islam. Et cette situation confuse a favorisé un raidissement, une forme de sacralisation de la laïcité, face à un islam qui menacerait d'étendre ses tentacules.
La conception ouverte et libérale de la laïcité dans laquelle je me reconnais n'est pas celle des "laïques de confession" qui ont embrassé la laïcité comme on embrasse une religion, avec la radicalité de tous les néophytes. Et alors que le Conseil d'Etat admet dans son rapport de 2004 que "toutes les religions ont droit à l'expression" à condition qu'il n'y ait pas "accaparement de l'Etat" ni "négation des principes fondamentaux sur lesquels il repose", il ne se passe pas de semaine où l'islam n'est pas dénigré et où les musulmans ne sont pas stigmatisés. Sur la question du voile, que nous traînons depuis une quinzaine d'années, gauche et droite ont oeuvré dans la même direction. Ce sont des députés et sénateurs socialistes, notamment Jack Lang et Laurent Fabius, qui ont les premiers annoncé leur intention de déposer une proposition de loi pour interdire le voile à l'école.
Certes, les nuances ne manquent pas, dans la société française, entre "laïques dogmatiques" et "laïques républicains", sans oublier ceux qui, n'étant pas islamophobes, s'inscrivent dans une vieille tradition anticléricale française, heurtée par cette visibilité subite de l'islam. Ceux qu'on peut appeler les "laïques républicains" sont davantage au fait de ce que représente le voile et de sa polysémie. Reste que beaucoup, à gauche, et presque tout le monde, à droite, se sont trouvé là une nouvelle "mission civilisatrice" : émanciper la femme musulmane en lui ôtant son voile.
Le président Chirac, dans son discours précédant la promulgation de la loi de 2004, justifiait déjà son initiative par un tel argument. Une fois de plus, le 17 janvier, le Sénat a voté une proposition de loi, cette fois présentée par les radicaux de gauche, "visant à étendre l'obligation de neutralité aux structures privées en charge de la petite enfance et à assurer le respect du principe de laïcité". Son article 3 étend l'obligation de neutralité aux assistantes maternelles dans le cadre de leur activité d'accueil d'enfants à leur domicile. Ce qui constitue une intrusion de l'Etat dans la sphère privée et va de surcroît à l'encontre du code du travail qui interdit les discriminations directes et indirectes, notamment celles fondées sur les convictions religieuses.
Prolongement de l'affaire de la crèche Baby Loup de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), dont la directrice adjointe, salariée depuis 1997, a été licenciée en 2008 parce qu'elle portait le voile dans l'exercice de son activité professionnelle, cette loi a été adoptée par les sénateurs dans l'indifférence générale des médias et de l'opinion publique. En quoi, pourtant, des initiatives législatives de ce type pourront-elles endiguer la radicalisation religieuse ? Seul le dur et exigeant combat contre la pauvreté, la relégation, la discrimination aurait le pouvoir d'enrayer les extrémismes avec lesquels on nous fait peur. A l'inverse, donner libre cours à une islamophobie feutrée sous couvert de laïcité nous mène à un nouvel obscurantisme clivant, et compromet les chances d'un avenir partagé.
La laïcité que la France se doit de recouvrer d'urgence est celle de Jaurès qui, rendant compte de la loi de 1905 à ses lecteurs, écrivait dans L'Humanité : "La loi que la Chambre a votée laisse la liberté à tous les cultes. La liberté de conscience sera garantie, complète, absolue ; la loi de séparation, telle qu'elle est, est libérale, juste et sage."
Esther Benbassa est directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études et sénatrice EELV du Val-de-Marne . Elle est l'auteure de L'Impossibilité de devenir français (Les Liens qui libèrent, 216p., 16,50 €)
Le 27 Janvier, le monde commémore l'Holocauste et le 67e anniversaire de la libération d'Auschwitz – épicentre de la plus grande catastrophe jamais perpétrée par l'homme contre l'homme. En tant que l'un des derniers survivants de cette catastrophe, l'Unesco m'a désigné ambassadeur honoraire et envoyé spécial pour l'éducation à Holocauste. A ce titre, mon rôle n'est pas seulement d'honorer des morts, mais d'avertir les vivants des dangers qui menacent de détruire leur monde, comme ils ont jadis détruits le mien.
Depuis ma déportation à Auschwitz, à Majdanek (Pologne) et à Dachau (Allemagne), d'où je fus délivré à 16 ans par des soldats américains, plusieurs génocides, nettoyages ethniques et attentats religieux ont rappelé que les êtres humains sont capables du pire comme du meilleur, de haine et d'amour, de folie et de génie – que l'impensable est encore possible avec des gaz toxiques comme avec des missiles balistiques et des champignons nucléaires. Despotes et démagogues prétendent aujourd'hui que l'Holocauste n'est qu'un "mythe", et continuent d'attiser la haine contre les juifs et d'autres populations vulnérables. Si de telles réflexions me semblent pertinentes aujourd'hui, c'est que les cendres des camps de la mort nous laissent entrevoir le spectre de l'apocalypse ; nous pouvons y entendre un appel à la vigilance et trouver l'inspiration pour relever les défis de notre temps.
En 2011, lors de cette même journée de commémoration, je fus invité par le Projet Aladin – lancé par la Fondation pour la mémoire de la Shoah et parrainé par l'Unesco – à me rendre à Auschwitz-Birkenau accompagné de 150 personnalités musulmanes, juives et chrétiennes, chefs d'état, rabbins, muftis et cardinaux. Dans ce lieu maudit et sacré, où sombra le fier vaisseau de la civilisation, où j'ai souffert tant de tortures et d'humiliations, ma mission fut de témoigner, au nom des victimes et des survivants, que l'Holocauste, loin d'être un "mythe", constitue l'avertissement suprême des horreurs qui peuvent encore advenir pour l'humanité.
Submergée par les preuves manifestes qu'elle tenait sous ses yeux, unie dans une même douleur autour de valeurs communes, cette improbable assemblée a su transcender les discordes politiques, raciales et religieuses pour prier ensemble à un avenir meilleur. Chacun a rejeté ces allégations cyniques qui nient la réalité de ce que nous avons enduré dans nos corps et nos âmes, en estimant que ces calomnies étaient indignes de ceux qui croient en un même dieu. Dans le sillage de cette manifestation extraordinaire de solidarité entre ennemis prétendument héréditaires, j'ai été invité à conduire plusieurs des participants à témoigner devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des Etats-Unis. J'y ai retrouvé le même esprit.
Ces deux événements renforcent ma conviction que le mandat confié aux organisations internationales comme les Nations unies où l'Unesco – où j'ai débuté ma carrière – revêt une dimension universelle et existentielle, et que ces institutions ne doivent pas être instrumentalisées ou détournées de leurs tâches supérieures par des considérations exogènes. Cette vérité s'impose d'autant plus dans un contexte mondial enflammé et déstabilisé, face au choix fatidique qui se pose : soit nous régressons vers la terreur et le chaos économique, soit nous poursuivons la marche de l'humanité par un surcroît d'imagination, d'innovation et de créativité capable de mobiliser l'énergie et l'enthousiasme des jeunes générations.
Je me permets de dire cela, en qualité de témoin direct d'un projet qui a conduit à l'asservissement et à la destruction de ceux qui furent désignés comme un peuple de "sous-hommes". Mon retour dans la communauté des hommes m'a appris que l'abîme n'est pas notre seul horizon, qu'il y a d'autres façon d'extirper le poison de la haine entre adversaires, même ceux qui se considèrent des "ennemis jurés". Une nouvelle renaissance – éducative, scientifique et culturelle – peut surgir grâce aux ressources inépuisables de l'esprit humain, et qui reviennent en partage aux noirs et aux blancs, aux asiatiques et aux européens, aux russes et aux américains, aux arabes et aux juifs. Si nous pouvons doter notre jeunesse des trésors de la connaissance moderne, de l'information et du savoir-faire, elle redécouvrira l'audace de nos ancêtres qui sortirent de leurs cavernes et ouvrirent une nouvelle ère de paix, de tolérance et de prospérité.
Nous, les derniers survivants de l'Holocauste, disparaissons les uns après les autres. Bientôt, l'Histoire va se mettre à parler, au mieux, avec la voix impersonnelle des chercheurs et des romanciers. Au pire, avec celle des négationnistes, des falsificateurs et des démagogues. La Journée internationale de commémoration pour les victimes est un lien vital dans la transmission de notre tragique héritage. Si nous échouons à lui donner collectivement et à bon escient la place qui lui revient dans la mémoire et dans l'éducation, au cœur des valeurs fondamentales de toutes les croyances, spirituelles ou séculières, les forces des ténèbres pourraient de nouveau revenir nous hanter.
Samuel Pisar est avocat international.
"Après ma mort, on dressera une grande croix de Lorraine sur la plus haute
colline, derrière ma maison ... Et comme il n'y a personne, par là, personne ne la verra ... Elle incitera les lapins à la résistance." (Charles de Gaulle,
1969)
C'est André Malraux, qui fût à l'origine de l'édification de la Croix de Lorraine. Elle pût être
construite grâce à une souscription internationale qui rassembla 63 pays et qui réussit à récolter 7 millions de francs.
Ce monument de 1500 tonnes, composé de bronze, de granit et de béton, mesure 43,5 mètres de hauteur et son bras le plus large 19 mètres. La croix de Lorraine devint l'emblème du Général en
1940, celui du ralliement et de l'espoir.
Mais que signifie donc cette Croix de Lorraine
?
Pourquoi un homme d'Etat de la stature de De Gaulle en fit-il le symbole de la France Libre
?
Le site : http://www.comlive.net/L-origine-de-la-croix-de-lorraine,60916.htm apporte des réponses à ces questions.
" La croix de Lorraine (croix d'Anjou) à double traverse figure dans la symbolique de la famille des ducs de
Lorraine depuis 1473, sous le règne de René II, fils de Yolande d'Anjou. Elle servit de signe de ralliement à la bataille de Nancy en 1477.
Elle
représenterait un reliquaire contenant une parcelle de la vraie croix, vénéré par les ducs d'Anjou depuis Louis Ier (1339-1384) qui le fit broder sur sa bannière. Ce reliquaire, conservé à Baugé,
avait un double croisillon. Les origines de cette croix demeurent cependant mystérieuses. De nombreuses suppositions ont été émises à son sujet :
Dite "croix des grecs" parce que ces derniers l'ont souvent dessinée, gravée ou sculptée, la symbolique de cette croix serait sujette à diverses interprétations.
Ainsi, au XVIIIe siècle, P. Menestrier écrivit que le croison supérieur représente la croix de Notre-Seigneur et le croison inférieur celle de Saint-Pierre. Christian Pfister, quant à lui, estime
que la traverse supérieure représente l'écriteau cloué sur le bois de torture. Il pense donc que la croix de Lorraine proviendrait de Jérusalem, dessinée à partir de la croix latine (comme nombre
de croix). Ainsi, beaucoup d'historiens estiment que ce symbole a été ramené des croisades par Godefroy de Bouillon.
Ce n'est pas le cas de Pierre
Marot, qui remarque que la croix à double traverse remonte au XIIe siècle au moins dans les armoiries des rois de Hongrie. Yolande, mère de René II, est descendante de la maison d'Anjou qui se
réclame de la famille des rois de Hongrie. Le père de Yolande, René Ier, duc d'Anjou, aurait repris à son propre compte la croix à double traverse et en changea la couleur (hypothèse confirmée
par quelques écrits et un bouclier exposé dans la chapelle Saint-Maurice d'Angers).
Si l'on trouve des exemples de croix à double traverse dès le
début du XIVe siècle en Lorraine (notamment dans un acte datant de 1326), il n'en reste pas moins que c'est René II (1445-1508) qui, s'en servant comme signe de ralliement en opposition à la
croix de Saint-André arborée par les bourguignons à la bataille de Nancy en 1477, lui donna pour la première fois une aura particulière : vénérée depuis lors par les lorrains, cette croix devint
beaucoup plus tard le symbole de la France Libre, grâce au capitaine de corvette Thierry d'Argenlieu [NDLR Regards-citoyens : ou à l'amiral Muselier, selon d'autres sources] qui écrivit
au Général de Gaulle qu'il fallait aux français libres un emblème pour lutter contre la croix gammée. "
À l'origine, lors de sa création en 1929, elle s'appelait Agence juive pour la Palestine, avant de devenir, après la proclamation de l'Indépendance en 1948, l'Agence juive pour Israël, avec pour mission principale d'encourager et d'aider les juifs à s'installer en Terre promise. En 2012, cet organisme semi-gouvernemental va subir une profonde transformation. Révolution ? Réforme ? Ou plus prosaïquement encore, adaptation à une réalité financière catastrophique ? En tout cas, l'ensemble des budgets allant à l'immigration des juifs de la diaspora - centres d'absorption et d'apprentissage de l'hébreu, bourses d'étude... - pourraient être réduits à leur plus simple expression, voire disparaître.
Dès sa nomination comme "patron" de l'Agence juive, il y a un an et demi, le célèbre dissident, Nathan Sharansky, avait annoncé la couleur. Il voulait changer les priorités en s'attelant au renforcement de l'identité juive dans la diaspora. Un véritable "Big Bang" dans le ciel de cette fameuse institution. Selon la presse israélienne, les responsables de l'Agence juive ont mis au point un plan qui, entre autres, supprimerait le financement d'ici la fin de l'année universitaire, en juillet prochain, des bourses accordées à plus de 6 000 étudiants juifs venus de l'étranger. Les ayant droit auraient alors un seul choix : financer eux-mêmes leurs études ou bien les interrompre.
Également annoncées, la fermeture de plusieurs centres d'intégration et d'apprentissage de l'Hébreu ainsi que l'annulation des subventions allouées aux grandes organisations d'immigrants comme l'Association des originaires d'Amérique du Nord. Des points d'ancrage et parfois même des bouées de sauvetage pour des juifs qui ont tout quitté en diaspora pour rejoindre le "pays de leurs ancêtres" et que la réalité israélienne, sans parler de la langue, déstabilise quelque peu.
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)