Les grands enseignements de l'Histoire

Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 07:37

La campagne de Russie de 1812 est une campagne militaire menée par l'empereur Napoléon Ier. Après avoir conquis presque toute l'Europe, Napoléon entreprend de conquérir la Russie du tsar Alexandre Ier. Même si, jusqu'à la prise de Moscou, l'avantage est aux forces napoléoniennes, le prince russe Mikhaïl Koutouzov, général en chef d'une armée impériale russe inférieure en nombre au début de l'invasion, parvient à relever le moral de l'armée russe et à l'encourager à mener une contre offensive, en organisant le harcèlement de la Grande Armée lors de la retraite française. Mais les maladies et l'hiver, et dans une moindre mesure les soldats russes, sont responsables de la défaite de Napoléon en Russie.

Les guerres napoléoniennes ont profondément marqué la culture russe. La campagne de Russie a été relatée par Léon Tolstoï dans son célèbre roman historique Guerre et Paix, ainsi qu'évoquée par Piotr Ilitch Tchaïkovski dans son Ouverture 1812. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'invasion de l'Union soviétique a été mise en parallèle avec la campagne de Russie.

 

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_de_Russie_(1812)

 

Par ERASME - Publié dans : Les grands enseignements de l'Histoire
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 18:41

Essai sur la chute du système soviétique à la fin du siècle dernier et les désorganisations similaires à craindre pour les régimes capitalistes de marché, avec à peu près les mêmes raisons, au courant de ce siècle…

Et si la chute des systèmes soviétiques planifiés était en fait analysable selon le matérialisme historique marxiste ? Et si cela devait arriver également bientôt aux pays occidentaux ?

La chute du système soviétique ne pourrait-elle pas être attribuée en partie au moins à des facteurs que la théorie marxiste avait envisagés : ce sont les évolutions des infrastructures, entre autres technologiques, d’un côté et la cupidité des dirigeants privés et publics de l’autre, qui conduisent à des révolutions. Analyse qui avait été inspirée à Marx, entre autre, par les situations catastrophiques qu’il avait pu observer lors de la révolution industrielle en Angleterre. Or des changements technologiques profonds ont affecté l’Union soviétique et ses satellites au milieu du siècle dernier : débuts de l’informatique, diversification des besoins apportée par la diffusion de l’information par des médias nouveaux à l’époque (radio et télévision). Les pays occidentaux vivent actuellement le même genre de changements technologiques amplifiés par les avancées techniques des équipements numériques… Les mêmes causes ne pourraient–elles pas provoquer les mêmes effets ?

 Dans le cas de la chute en série des systèmes à économie planifiée vers la fin du XXème siècle, on retrouve des facteurs similaires à ceux de la révolution industrielle : un changement rapide et considérable des technologies modifiant radicalement, dès 1960, environ une trentaine d’années avant la chute, les rapports entre les facteurs de production capital et travail (dans le cas des systèmes soviétiques, il s’agissait d’un capital d’État) et par ailleurs l’absence de redistribution à l’ensemble de la société des gains de productivité réalisés suite à cette modification des rapports entre facteurs de production.

On doit aussi mentionner l’incapacité technique du système soviétique à s’adapter à l’évolution technologique : les plans ne permettaient de calculer des quantités de produits intermédiaires nécessaires à satisfaire une demande finale simplement estimée que si les coefficients d’échanges interindustriels restaient relativement stables, comme c’était le cas dans l’économie née de la révolution industrielle et aux débuts de la planification soviétique. Or avec les évolutions technologiques, ces coefficients d’échanges interindustriels variaient bien trop rapidement pour que les modèles de prévision à la base des plans quinquennaux puissent être adaptés suffisamment vite.

Il faut rajouter à cette difficulté de planification l’apparition de nouveaux médias de communication publique massive comme la presse, la radio et la télévision, même sévèrement contrôlés par l’état, et qui allaient changer très fortement les attentes des membres de la société en matière de consommation, rendant de fait l’estimation de la demande finale encore plus incertaine. Créant ainsi un appétit pour des biens jusqu’alors considérés comme les avatars du système capitaliste : l’automobile, le réfrigérateur, etc.

On peut noter que le phénomène « médias » n’a pas touché que les pays soviétiques, l’apparition de ces différents supports et leur pénétration envahissante dans la population en Occident a aussi joué un rôle sur les perturbations de l’économie de marché, les décisions des consommateurs étant de plus en plus influencées par des campagnes publicitaires et des effets de modes généralisés à des pays tout entiers ou à des comportements d’appartenance à des groupes sociaux-culturels (voir les travaux de Vance Packard « La persuasion clandestine », et aussi « Les Obsédés du standing » ou les travaux de Katz et Lazarfeld sur le rôle des « leaders d’opinion » rendus possibles par l’explosion de la disponibilité des médias). Ces phénomènes nouveaux éloignent encore plus l’hypothèse de rationalité économique des agents économiques, tant gestionnaires que consommateurs. N’oublions pas que la pénétration de la télévision dans les foyers américains puis dans ceux de l’OCDE a été encore plus rapide et a sans doute encore plus influencé les comportements sociaux que la pénétration d’internet.

Pour revenir à l’hypothèse sur la chute des économies régies par des systèmes soviétiques, une seconde cause est probablement l’absence de politiques sociales réellement modernes dans ces pays. Car il ne faut pas se leurrer, ce ne sont pas les campagnes de propagande politiques des dirigeants occidentaux tels que Margaret Thatcher ou Ronald Reagan, qui ont mis les populations des anciens pays de l’Est dans les rues… Mais c’est bien l’incapacité des dirigeants des pays de l’Est à assurer une redistribution équitable des richesses produites dans leurs pays respectifs, richesses dont les apparatchiks s’étaient emparés tout autant que le font encore les grands dirigeants privés ou publics dans les pays de l’OCDE, laissant les couches modestes de la population à un niveau de survivance que Marx avait appelé « niveau de maintien de la force de travail », dont il pensait que ce serait principalement le fait des industriels capitalistes. Notons qu’avec l’automatisation de plus en plus poussée des processus de production, les entrepreneurs n’ont même plus à se préoccuper du maintien de la force de travail par un salaire minimal de subsistance, le travail étant de plus en plus exécuté par des machines entièrement automatisées… 

Les dirigeants soviétiques et la nomenklatura n’ont pas fait autrement avec leurs villas de luxe au bord de la mer Noire et leurs limousines démesurées, leurs datchas dans la banlieue de Moscou et autres dépenses de luxe… Il faut se rappeler que Staline admirait le productivisme tayloriste ainsi que le fordisme. Fordisme dont les systèmes soviétiques n’ont pris que la version rationalisation des tâches industrielles et pas l’idée d’un accroissement des revenus du travail pour susciter un accroissement de la demande de biens de consommation.

Ce processus pourrait bien se reproduire dans les économies occidentales…

Soyons attentifs à ce que les mêmes causes ne provoquent les mêmes effets, cette fois dans les régimes capitalistes, désorganisés face aux changements technologiques et incapables d’assurer une répartition équitable des richesses créées, ce qui ne pourra à terme que susciter des désordres sociaux, désordres qui ne serviront ni les intérêts des salariés et des individus en situation de vulnérabilité sociale, ni les intérêts des entreprises. En effet, nos économies de marché sont incapables de gérer les changements technologiques trop rapides pour que le marché ait le temps de réagir ou que des réglementations étatiques puissent être conçues avant qu’une nouvelle évolution technologique ne vienne supplanter ou dépasser la précédente. Par ailleurs, il faut dire que ce ne sont pas les évolutions technologiques qui créent les révolutions mais bien la cupidité des dirigeants qui ne veulent pas partager les gains de productivité qu’elles ont permis. Quand je parle de gains de productivité et de création de richesse, fût-ce même au sens restrictif et abusif du PIB, on me pose souvent la question « Mais où sont passés ces gains de productivité du travail et les richesses qu’ils ont générés ? » A mon avis, ils ne sont pas tous allés vers la rente du capital comme voudraient le faire croire certaines analyses un peu trop simplistes.

En fait, dans une économie de marché dominée par le court terme, les dirigeants des entreprises ont préféré utiliser ces gains de productivité pour gagner un avantage compétitif par la baisse mutuellement suicidaire des prix, au lieu d’envisager d’autres moyens d’accroitre leur compétitivité, par exemple en utilisant les gains de productivité du travail pour réutiliser les forces ainsi libérées à une amélioration des produits et des services qui les accompagnent. Mais comme il s’agissait là de bénéfices à plus long terme, les financiers, souvent à la tête des entreprises, n’ont pas voulu de ce genre de solution, leur préférant des solutions à plus court terme et plus porteuses de bénéfices immédiats et moins risquées que des investissements dans des méthodes et des produits dont les bénéfices hypothétiques leur semblaient trop risqués…

Il est clair que dans la mesure où les financiers considèrent le plus souvent les salaires uniquement comme des coûts et non comme des investissements productifs, réduire la masse salariale est à leur sens une source immédiate de bénéfices, quand bien même les dirigeants des entreprises se verraient obligés d’utiliser les services d’entreprises de travail par intérim plus coûteux, mais pour les financiers, ce genre de dépense entre dans une autre ligne comptable que les salaires. Chassez la bureaucratie par la porte, elle revient par la fenêtre !

Les financiers ne voient pas non plus la différence entre les compétences intrinsèques de leurs propres salariés, connaissant parfaitement leur métier et sachant l’appliquer au produits de l’entreprise où ils travaillent et les compétences externalisées, forcément moins spécialisées et connaissant moins les produits et les méthodes de l’entreprise. Exemple, de décision comptable typiquement bureaucratique dans une même entreprise : un laboratoire L1 développe des produits de très haute technologie et manque de programmeurs, au vu des livres comptables, le laboratoire L2 dispose lui d’un excédent de programmeurs. Décision financière : transférons les programmeurs en excès dans le laboratoire L2 vers le laboratoire L1, où il en manque. Petit problème non perçu à travers les livres comptables, la technicité de la programmation dans le laboratoire L1 est hors de portée des compétences des programmeurs du laboratoire L2 qui travaillaient dans un domaine de programmation nettement moins technique que ceux du laboratoire L1, sans compter que les programmeurs en excès dans le laboratoire L2 et leurs familles n’avaient aucune motivation pour être délocalisés dans la région du laboratoire L1 où l’agrément de vie était au moins à leurs yeux bien moindre : climat plus continental, éloignement de l’océan, etc. Donc assez peu ont accepté l’offre qui leur était faite.

D’une certaine manière la vision financière et comptable n’est finalement pas tellement éloignée de la vision étatique fondée sur des plans bureaucratiques incapables de rester en contact avec la réalité du terrain. Il reste que tant dans les cas des régimes soviétiques que dans le cas de l’économie de marché, les gains de productivité horaires du travail n’ont pas été utilisés à une répartition plus équitable des richesses dégagées. Dans les pays régis par l’économie de marché, bien que l’accaparement des gains par des minorités influentes ait aussi existé, c’est probablement plus dans la guerre des prix suicidaire à laquelle se sont livrées les entreprises, y compris et sans doute surtout au niveau international, que dans la cupidité des plus riches qu’ont disparu les richesses créées par les gains de productivité occasionnés par les progrès technologiques. Guerre des prix qui a entrainé des baisses de revenus et des mises au chômage et encore moins de demande d’où d’autres baisses de revenus entrainant encore plus de mises au chômage car les prix devaient baisser davantage. Remarquons que nous-mêmes en tant que consommateurs sommes tombés dans le panneau en cherchant les prix les plus bas et en jouant ainsi le jeu de la concurrence suicidaire des entreprises… Le résultat risque bien d’être un accroissement de l’insatisfaction des populations qui, espérons-le, n’aboutira pas à des révoltes dont ni les dirigeants ni les membres de base de la société n’auraient rien à gagner.

 

Source : Blog de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/?p=18053)

Par ERASME - Publié dans : Les grands enseignements de l'Histoire
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 09:57

Au sommet de son pouvoir mais à la fin de sa vie, le cardinal Mazarin achève l'éducation du jeune roi Louis XIV, sous le regard de la reine-mère Anne d'Autriche et d'un Colbert qui attend son heure. Tous ces personnages, leurs calculs et leurs rivalités ne sont pas sans rappeler les jeux du pouvoir et ces liens étroits entre affaires publiques et vie privée dont nous sommes témoins aujourd'hui sur la scène politique. Tant il est vrai que les régimes changent mais que les motivations des hommes restent les mêmes...et dans la lumière de l'actualité avec ce passage entre Colbert et Mazarin sur la dette publique 

 

Colbert  et Mazarin sur la dette publique  cliquer  

 

Colbert : Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J'aimerais que Monsieur le surintendant m'explique comment on s'y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou…

Mazarin : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l'Etat… L'Etat, lui, c'est différent. On ne peut pas jeter l'Etat en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.

Colbert : Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l'argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?

Mazarin : On en crée d'autres.

Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu'ils ne le sont déjà.

Mazarin : Oui, c'est impossible.

Colbert : Alors, les riches ?

Mazarin : Les riches non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des cen­taines de pauvres.

Colbert : Alors, comment fait-on ?

Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage ! Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! C'est ceux-là que nous allons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux-là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser… C'est un réservoir inépuisable. »

 

Source : http://www.etudes-fiscales-internationales.com/archive/2010/10/29/du-theatre-fiscal-le-diable-rouge.html?utm_medium=email&utm_campaign=Report+des+d%C3%A9ficits%3A+les+nlles+r%C3%A8gles+...&utm_source=YMLP&utm_term=

 

Poue en savoir plus sur Antoine Rault, l'auteur du " Diable rouge " : http://www.lefigaro.fr/theatre/2009/04/28/03003-20090428ARTFIG00362-antoine-rault-de-la-politique-a-la-scene-.php




Par Patrick Micha - Publié dans : Les grands enseignements de l'Histoire
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 09:33

Il est 15.00 à New York (siège provisoire du Congrès) ce 20 juin 1790.

Dans sa résidence de Maiden Lane , Thomas Jefferson (Secretary of State  ) choisit les vins -français- qu'il offrira à ses convives pour le dîner  le plus fameux de l'histoire de la fédération américaine.
A 16.00 précises se présentent ses deux seuls invités : James Madison ("floor leader" du parti démocrate-républicain du Congrès) et Alexander  Hamilton ( Secretary of the Treasury).
L'invitation avait été lancée la veille lors d'une brève rencontre inopinée entre Jefferson et Hamilton devant la résidence du Président George Washington sur Broadway - rencontre ainsi relatée par Jefferson : " Going to the President's , I met Hamilton as I approached the door. His look was somber , haggard ...He asked to speak with me ... We stood in the street near the door. He opened the subject of the assumption of the States debt , the necessity of it in the general fiscal arrangement and its indispensable necessity towards the preservation of the Union ... "

Les trois hommes savaient pertinemment sur quels sujets - apparemment sans liens l'un avec l'autre - allait porter leur conversation :
  - l'autorisation par le Congrès de la prise en charge des dettes des Etats par le nouveau Gouvernement fédéral ("the assumption plan"),
   - le choix du siège définitif de la capitale fédérale.

Sur le deuxième sujet, Thomas Jefferson et James Madison sont les demandeurs.

Depuis l'indépendance (1776) le siège du Gouvernement de la Confédération - puis de l' Union (1789) - demeure provisoire . Le premier US Congress a siégé à Philadelphie avant de se déplacer (chassé par une mutinerie de soldats de la guerre d'indépendance réclamant leurs arriérés de solde) à Princeton (NJ), Annapolis (MD), Trenton (NJ) puis New York où il siège encore en juin 1790. Pour mettre fin à cette errance , Jefferson et Madison souhaitaient - en application de l'article I, section 8 , par. 17 de la Constitution - fixer rapidement le siège définitif de la capitale en bordure du Potomac et à proximité de Mount Vernon, résidence familiale de Washington . Pour ce faire ils avaient besoin du soutien des Etats du Nord, représentés par Alexander Hamilton , élu de l'Etat de New York, et regroupés au sein du parti 'fédéraliste' du Congrès.

Sur le pemier sujet qui nous intéresse d'avantage ici, Alexander Hamilton est le demandeur.

Ce projet - tout aussi déterminant pour l'avenir de la Fédération que le choix de sa capitale - concernait le " public credit " des Etats-Unis Il s'agissait, en résumé, d'autoriser le Gouvernement fédéral à assumer ("assumption" plan) les dettes de guerre des Etats et de la Confédération contractées auprès des Gouvernements étrangers et des citoyens américains - et de les financer par de nouveaux emprunts cette fois souscrits au nom de la nouvelle Fédération.
Dans l'esprit d'Hamilton, il fallait tout d'abord remédier en urgence à l'état catastrophique des finances de plusieurs Etats et de la Fédération qui menaçait l'unité même de la jeune république (et notamment la solidarité entre les Etats du Nord et du Sud de l'Union) et de restaurer l'indispensable crédit politique et financier de l'Union vis à vis de ses bailleurs de fonds européens (banques et gouvernements d'Angleterre , des Pays Bas et de France).
Mais il s'agissait aussi de créer la base d'une large structure financière fédérale , fondement du système monétaire et fiscal du Gouvernement national - de contribuer à " cimenter l'Union par l'existence d'une dette publique permanente et contrôlée " et de disposer d' "un outil financier pour le développement de l'agriculture, de l'industrie et du commerce " des Etats-Unis.
Pour Madison et Jefferson , toutefois ,  ce plan présentait le risque d'accélérer la création d'une puissante administration centrale (un "Trésor") au bénéfice principal des Etats commerçants et en voie d'industrialisation du Nord. Le fervent fédéralisme constitutionnel de Madison (artisan de la Constitution à Philadelphie, 1797) hésitait à franchir le pas de l'organisation centralisée d'un pouvoir financier fédéral. Jefferson y voyait pour sa part la confirmation de ses craintes anciennes à l'endroit d'un "big government" d'inspiration anglaise et au service d'intérêts particuliers : son septicisme était
toutefois tempéré par son sens des responsabilités vis à vis d'un Gouvernement et d'un Etat dont il était - en tant que State Secretary - le troisième personnage .

Mais revenons au dîner...

Les invités arrivèrent ensemble et en avance : Madison parce que c'était son habitude depuis Philadelphie - et Hamiton parce qu'il prenait particulièrement à coeur ce qui sera la grande affaire de sa (brève) carrière ministérielle.
Le service à table fut assuré par de discrets " servants " qui garantirent la confidentialité de la conversation. Le menu fut à la hauteur de la réputation de la table de Jefferson dont la francophilie (critiquée par ses adversaires sur le plan politique) et le goût pour la gastronomie française (unanimement apprécié) étaient bien connus de la haute société américaine. L'ordonnancement du repas fut d'ailleurs supervisé par André Petit, maître d'hotel ramené de Paris dans ses bagages par Jefferson.

Après les salades - arrosées de Carbonnieux blanc 1786 - fut servi un chapon, farci de jambon de Virginie et de purée de chataîgne, assaisonné de Calvados et accompagné d'un Montepulciano de Toscane (car un vin français aurait affadi la sauce ...). Vint ensuite une version new yorkaise de boeuf à la mode servi avec un Chambertin. Les desserts (meringues et macarons) furent suivis d'une "glace à la vanille en croûte" dégustée avec un précieux "champagne sans bulles" dont Jefferson se targuait d'être le seul importateur au nouveau monde.

La conversation fut brillante entre ces trois plus hautes figures  de la République (après bien sûr la "statut de Commandeur" américaine, George Washington) . Elle fut principalement animée par le bouillant Hamilton, pénétré comme à son habitude par la justesse de sa cause et soucieux d'en convaincre ses interlocuteurs. Madison tint le rôle du négociateur calme, prudent et méticuleux qui fut le sien lors de la Convention (et qui lui permit alors de rallier Hamilton à sa cause ...). Le maître des lieux parla peu - si ce n'est pour commenter savamment ses choix culinaires - soucieux de maintenir l'équanimité des propos mais surtout conscient qu'il lui appartiendrait in fine de décider de l'issue de la négociation (sous réserve de l'accord du Président) et d'en porter principalement la responsabilité en tant que premier personnage du gouvernement.

Comme on le sait , l'issue fut positive et peut être ainsi résumée :

  - le siège de la capitale serait installé sur le (spendide mais sauvage...) site prévu en bordure du Potomac à l'issue d'une période de dix ans nécessaire pour son aménagement ; dans l'intervalle le siège serait transféré de New York à Philadelphie (capitale initiale et ville la plus peuplée des Etats Unis de l'époque ) ;
  - sur l' "assumption plan", Jefferson et Madisson s'engageaient à faire passer en deuxième lecture le texte du " First Report on the public debt " moyennant une prise en compte de la situation de certains Etats (dont la Virginie) qui s'étaient déjà acquitté de l'essentiel de leurs dettes.

L'accord fut rapidement mis en oeuvre :
  - le "residence bill" fut voté par le Congrès le 10 juillet 1790 (soit 3 semaines après "le dîner"). Comme prévu, dix ans plus tard, la capitale fut transférée de Philadelphie vers le District of Columbia en bordure de la Virginie et du Maryland et incorporant la petite bourgade de Georgetown ;
  - l' "assumption bill" fut voté le 18 juillet 1790. Son adoption rassura les banquiers européens sur la consolidation politique de la jeune fédération et sur sa solvabilité. Cette loi permit aux Etats-Unis de se procurer les capitaux étrangers nécessaires à son développement - mais aussi de financer, en 1803, l'achat de la "Louisiane" (représentant en fait plus de la moitié du territoire actuel des Etats Unis) bradée par Napoléon ! Sur le plan interne, cette loi assura le développement du"treasury department", non sans de multiples péripéties dues à l'opposition persistante des partisans des Etats contre ceux de la Fédération, opposition qui demeure d'ailleurs aujourd'hui encore sous jacente dans la vie politique américaine.

En guise de conclusion, on laissera le lecteur imaginer la conversation que pourraient avoir nos trois protagonistes s'ils pouvaient se retrouver, 220 ans plus tard, lors d'un nouveau dîner à Washington ...
La puissance financière actuelle de la fédération - et notamment l'utilisation de sa "dette" tant sur le plan interne qu'international - les laisseraient certainement rêveurs ! De l'importance des dîners en ville ...

 

NB : Toute comparaison de l'expérience américaine avec la situation actuelle de l'"Union" européenne - et en particulier avec ses débats en cours sur la création d'un "public credit" européen - serait bien entendue déplacée et hors sujet . Disons donc seulement que "Comparaison n'est pas raison mais attise la réflexion "...

 

Cet article a été publié une première fois sur ce site en avril 2010.

 

 

 

 

 

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Par Jean-Guy Giraud - Publié dans : Les grands enseignements de l'Histoire
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 16:44

Après le second Empire - pendant lequel les Républicains avaient eu tout loisir d’observer de près leurs agissements - la survie de services politiques dans la police était loin d’être acquise tant la notion même de police politique semblait consubstantielle d’un régime autoritaire et pouvait paraître incongrue dans une démocratie fondée sur le suffrage universel et les libertés publiques.
La police politique a-t-elle une fonction, un rôle à jouer dans un régime où, par définition, le gouvernement représente la volonté de la majorité des citoyens ? Doit-elle protéger une forme de gouvernement qui ne saurait s’imposer que par le consentement de la Nation ? Doit-elle surveiller l’opinion, les agissements des opposants alors que la liberté est la règle ? Un gouvernement émanant du suffrage universel a-t-il besoin, comme Napoléon III d’une police pour savoir " quel accord règne entre ses actes et les voeux de la Nation " alors que la presse, les élections permettent aux citoyens d’exprimer leur opinion et leurs choix politiques ?
 
Dès la chute de l’Empire, en septembre 1870, cette question fut posée notamment par le nouveau Préfet de police Emile de Keratry qui procéda à la liquidation du "Service spécial de police politique" du commissaire Lagrange qui constituait "une menace permanente pour la liberté et la vie des citoyens".
C’est au parlement, à l’occasion du vote annuel du budget du ministère de l’Intérieur, plus précisément des chapitres concernant la police spéciale et les " dépenses secrètes de sûreté publique " que s’exprimèrent le plus clairement, le plus solennellement les oppositions à l’existence même d’une police politique et à celle de fonds secrets servant à payer ses " basses besognes ". L’idée la plus communément défendue par l’opposition - quelle qu’elle fût - était que la police politique était une institution indigne d’une République et que des Républicains ne sauraient, sans se renier, ou sans contradiction grave, utiliser un moyen de gouvernement qu’ils avaient dénoncé sans relâche sous l’Empire. En dépit de ces critiques, la police politique, comme les fonds secrets, a subsisté, d’abord au prétexte de la défense d’un régime mal assuré - " N’y a-t-il plus de partis adversaires de la République ? Certes ces partis sont impuissants, ils le savent bien, mais vous admettrez bien avec moi qu’il est utile qu’on les surveille et qu’on sache ce qu’ils font "- puis du réalisme politique qui interdit à un gouvernement de se priver d’un moyen employé par tous ses prédécesseurs.


Source : 
http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article339.html 


Par ERASME - Publié dans : Les grands enseignements de l'Histoire
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