A propos du budget de l'Union européenne

Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 13:35

Le Commissaire européen au budget, M. Lewandowski, a envoyé hier, lundi 23 janvier, une lettre aux chefs des institutions européennes, en leur demandant de " faire tous les efforts possibles pour limiter leurs dépenses dans la préparation de leurs propres estimations pour le budget 2013 ", visant par ce biais à participer aux politiques d'austérité imposées par la crise partout en Europe.

Les frais de fonctionnement des institutions européennes ont constitué près de 6% des 129 milliards d'euros du budget 2011. Si le Conseil européen compte passer de 563 millions d'euros de dépenses en 2011 à 538 millions cette année, le Parlement verra ses frais augmenter de 1,68 milliards à 1, 72 milliards d'euros, partiellement en raison de l'entrée de la Croatie dans l'Union européenne et du besoin de nouveaux traducteurs.

Le Service européen d'Action extérieure (SEAE) constitue la pierre d'achoppement de cette politique de réduction des frais : durement critiqué pour son inefficience, le SEAE dénonce un manque général de ressources lui permettant d'assumer les missions qui lui sont attribuées.

Par Jean Poche - Publié dans : A propos du budget de l'Union européenne
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 10:57

The system for financing the EU today is on its last legs. Indeed, with the EU budget being predominantly financed by national contributions, member states attach great importance to what they get in return, which in the end effects the European principle of solidarity and makes every budgetary negotiation a potential arena for political blockage. The economic and financial crisis, with its corresponding increase in the public deficit of member states, has unfortunately worsened the situation.

Fully funding the European Union with own resources is the only way to put an end to the fair return approach and to make the necessary changes to EU spending that would provide it with the financial means equal to its needs and allow it to face the challenges of the future.

On the eve of the presentation of a new proposal for own resources announced by the European Commission, we have brought together our views and present this report as our contributon to the debate. Economists Daniel Gros and Paul De Grauwe of CEPS and Gaëtane Ricard-Nihoul and Eulalia Rubio of Notre Europe have collaborated with us in this important project, coordinated by Carole Perrin, policy adviser to the EP Committee of the Budgets.

We demonstrate in this report that fully financing an EU budget of the size it is today with genuine own resources is not a dream but that such a change is feasible, provided that the political will to reform the current system can be summoned. Moreover, thez find that it would not infringe on the member state's fiscal sovereignty. On the contrary, it would reinforce the link between the European Union and its citizen, putting an end to member state's tendency to calculate their net returns and possibly even enabling them to make cuts to their public expenditure. Finally, such a reform would represent a return to the spirit and the letter of the Treaty of Rome, which contained a clear aspiration for financial autonomy and which prevailed until the end of the 1980s.

The Report : Europe for Growth For a Radical Change in Financing the EU Europe for Growth For a Radical Change in Financing the EU

 

Jutta Haug, Alain Lamassoure & Guy Verhofstadt are Members of the European Parliament belonging to three different political groups.

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : A propos du budget de l'Union européenne
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 14:35

Cinq dirigeants européens, dont le français Nicolas Sarkozy, l'allemande Angela Merkel et le britannique David Cameron, ont adressé samedi 18 décembre un courrier à la Commission européenne pour réclamer un gel du budget de l'UE au nom de l'austérité, a annoncé l'Elysée.
Les Premiers ministres Mark Rutte (Pays-Bas) et Mario Kiviniemi (Finlande) signent également cette lettre, adressée au président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso.
Voici le texte de cette lettre :

Lettre adressée à M. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne Lettre adressée à M. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne

Le 18 décembre 2010

Monsieur José Manuel BARROSO

Président de la Commission européenne

Monsieur le Président,

Le prochain cadre financier pluriannuel s'inscrira dans un contexte d'efforts exceptionnels d'assainissement des finances publiques de la part des États membres. Ces efforts visent à ramener le déficit et la dette publique à un niveau soutenable, dans le respect d'un cadre de surveillance budgétaire et macro-économique renforcée.

La dépense publique européenne ne peut s'exonérer des efforts considérables des Etats membres visant à maîtriser leurs dépenses publiques. Aussi les efforts entrepris en 2011 pour maîtriser la croissance de la dépense européenne doivent-ils être renforcés progressivement s'agissant des dernières années de l'actuel cadre pluriannuel et les crédits de paiement ne devraient pas augmenter davantage que l'inflation au cours de la période couverte par le prochain cadre financier pluriannuel.

Une règle budgétaire devra être définie en ce qui concerne le niveau global des dépenses engagées par l'Union européenne sur la période couverte par le prochain cadre financier pluriannuel, de telle manière que le niveau des crédits d'engagement soit fixé à un niveau compatible avec la stabilisation nécessaire des contributions budgétaires des Etats membres. Dans cette logique, les crédits d'engagement ne devraient pas excéder leur niveau de 2013 corrigé d'un taux de croissance inférieur à celui de l'inflation pendant la durée du prochain cadre financier pluriannuel.

La mise en œuvre de politiques européennes ambitieuses au service des citoyens est possible avec un volume de dépenses stable. Elle exige une meilleure utilisation des fonds disponibles. L'enjeu des prochaines années ne sera pas pour l'Union européenne de dépenser plus mais de mieux dépenser. Une meilleure efficacité de la dépense européenne, un suivi précis des dépenses engagées, la recherche d'un effet de levier économique et la simplification du cadre financier permettront de répondre à cette exigence.

Dans ce contexte, nous attendons le paquet de propositions de la Commission

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre haute considération.

Nicolas SARKOZY

Président de la République française

Angela MERKEL

Chancelière de la République fédérale d'Allemagne

David CAMERON

Premier Ministre du Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du nord

Mark RUTTE

Premier Ministre des Pays-Bas

Mari KIVINIEMI

Premier Ministre de Finlande ".

 

 

 

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : A propos du budget de l'Union européenne
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 14:24

Le 9 novembre 2011, la Commission européenne a présenté ses propositions relatives à la modification du système des ressources propres de l'Union européenne et des textes qui y sont associés.

Voir COM 2011 0739 FR COM 2011 0739 FR

En voici l'exposé des motifs.

 

EXPOSÉ DES MOTIFS

1. INTRODUCTION

Le 29 juin 2011, la Commission a proposé de remplacer le système actuel de financement du budget de l’UE par un nouveau système exploitant pleinement les possibilités offertes par le traité de Lisbonne (1).

Les propositions comprenaient trois éléments principaux qui se complètent mutuellement : la simplification des contributions des États membres, l'introduction de nouvelles ressources propres et la réforme des mécanismes de correction.

Elles annonçaient aussi que, d'ici la fin de 2011, la Commission présenterait à ce sujet une réglementation détaillée ou proposerait les modifications à apporter aux actes juridiques existants ainsi que les dispositions connexes, en application de l'article 322, paragraphe 2, du TFUE.

La présente proposition modifiée de décision du Conseil relative au système des ressources propres de l'Union européenne affine et complète la proposition du 29 juin (2).

Elle assure la cohérence avec la proposition de directive du Conseil établissant un système commun de taxe sur les transactions financières (ci-après dénommée la «directive TTF») (3), adoptée le 28 septembre 2011, avec les propositions de règlements du Conseil concernant la mise à la disposition du budget de l'UE de la ressource propre fondée sur la TTF (4) et le calcul et la mise à disposition de la ressource propre fondée sur la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) (5), ainsi qu'avec la proposition modifiée de règlement du Conseil portant application de la décision relative aux ressources propres (6), adoptée conjointement à la présente proposition.

2. CONTENU DE LA PROPOSITION MODIFIEE

Les sections suivantes présentent les principales modifications et principaux ajouts proposés quant à l'organisation du système des ressources propres. Les propositions portent uniquement sur les aspects liés aux deux nouvelles ressources propres tirées, respectivement, de la taxe sur les transactions financières et de la taxe sur la valeur ajoutée. Les autres questions, telles que les corrections, ne sont pas concernées par les présentes propositions.

2.1. Les instruments juridiques

La forme juridique de la taxe sur les transactions financières est définie dans la directive TTF.

Cette proposition de directive contient toutes les modalités pratiques nécessaires à la création et à la mise en oeuvre de la TTF. En toute logique, le recours à la TTF en tant que ressource propre ne peut s'envisager que parallèlement à la réussite de la mise en oeuvre de la TTF.

Afin de veiller à ce que les recettes générées par la TTF soient utilisées efficacement pour financer une partie du budget de l'UE, il convient de définir à cet égard des règles dans la législation sur les ressources propres. Concrètement, trois actes juridiques sont concernés : (i) la décision relative aux ressources propres (décision RP) qui contient les principales dispositions en la matière, comme la liste des ressources propres et le calendrier de leur mise en oeuvre; (ii) le règlement d'exécution de la décision précitée, qui comporte notamment des règles régissant le contrôle et la surveillance de la perception des ressources propres; (iii) un règlement mettant à la disposition du budget de l'UE la ressource propre fondée sur la TTF. Si les deux premiers actes juridiques ont déjà été proposés par la Commission et ne nécessitent que quelques ajustements pour que soit totalement assurée leur cohérence avec la directive TTF, la proposition de règlement du Conseil relatif à la mise à la disposition du budget de l'UE de la ressource propre fondée sur la taxe sur les transactions financières constitue en revanche un nouveau texte législatif.

La Commission propose aussi un nouvel acte législatif sur le calcul et la mise à disposition de la nouvelle ressource propre fondée sur la TVA. Il complète les dispositions déjà incluses dans la décision RP et dans le règlement d'exécution de celle-ci, qui sont légèrement adaptées pour assurer la cohérence avec les propositions concernant la ressource propre fondée sur la TTF.

2.2. Modifications proposées dans la décision RP

La proposition du 29 juin 2011 comprend la liste des nouvelles ressources propres et mentionne la date de leur introduction ainsi que les limites à leur application. Elle indiquenotamment une limite maximale pour les taux applicables aux nouvelles ressources propres, tandis que le règlement d'exécution proposé en vertu de l'article 311, quatrième alinéa, indique les taux réels à appliquer.

La présente proposition modifiée simplifie considérablement la manière dont la ressource propre fondée sur la TTF est fixée en renvoyant aux taux définis dans la directive TTF pour la détermination de cette nouvelle ressource propre. Les éventuelles adaptations des taux ne seraient effectuées que dans la directive TTF. Cela garantit une cohérence totale entre la directive TTF et les règles prévues pour le système des ressources propres.

Conformément à la directive TTF, il est à présent proposé de recourir à la TTF en tant que ressource propre à compter du 1er janvier 2014. Cela signifie que dès le début de sa mise en oeuvre, la TTF sera partiellement utilisée comme ressource propre.

Des modifications mineures sont aussi apportées aux dispositions relatives à la nouvelle ressource propre TVA, afin de garantir une cohérence totale avec les dispositions figurant dans la proposition modifiée de règlement d'exécution de la décision RP et dans la nouvelle proposition concernant la mise à disposition de cette ressource. Pour des raisons de cohérence, le calendrier fixé pour l'introduction de la nouvelle ressource TVA est aligné sur celui de la TTF.

Enfin, des changements sont apportés aux dispositions relatives à la gestion et à la perception des ressources propres afin d'assurer la cohérence avec les autres volets de la législation.

2.3. Modifications proposées dans le règlement d'exécution de la décision RP

Le règlement adopté en vertu de l'article 311, quatrième alinéa, du TFUE contient toutes les modalités pratiques pour les ressources de l’Union qui devraient être régies par une procédure rationalisée, de manière à rendre le système suffisamment souple, dans le cadre et les limites fixés par la décision relative aux ressources propres, à l’exception des aspects du système qui ont trait à la mise à disposition de ces ressources et à la satisfaction des besoins de trésorerie.

Ce règlement contient également des dispositions de nature générale, applicables à tous les types de ressources propres et à l'égard desquelles un contrôle parlementaire adéquat est particulièrement important. Sont notamment concernés le contrôle et la surveillance des recettes.

Trois changements principaux sont inclus dans la proposition modifiée.

La référence explicite aux différents types de transactions financières auxquels les taux seraient appliqués fait double emploi avec certaines dispositions de la directive TTF et de la proposition modifiée relative à la décision RP. Il est proposé à présent de préciser la part des taux minimaux définis dans la directive TTF qu’il conviendrait d’utiliser pour les besoins de la ressource propre fondée sur la TTF. Cette part des recettes résultant de l'application des taux minimaux définis dans la directive TTF sera par conséquent versée au budget de l'UE, tandis que le solde reviendra aux États membres.

La proposition initiale envisageait la possibilité que la TTF soit perçue par les opérateurs économiques plutôt que par les États membres. Conformément à la directive TTF, ce sont finalement les administrations des États membres qui seront responsables de la perception de la TTF. La référence aux opérateurs économiques n’est donc plus nécessaire.

Enfin, s'agissant de la nouvelle ressource propre TVA, le texte renvoie désormais explicitement à la méthode de calcul (définie dans la proposition relative à la mise à disposition de la nouvelle ressource TVA) destinée à déterminer la base sur laquelle il convient d'appliquer le taux d'appel de la ressource.

2.4. Mise à la disposition du budget de l'UE des ressources propres fondées sur la TTF et sur la TVA

En complément à la décision relative aux ressources propres et au règlement adopté en vertu de l'article 311, quatrième alinéa, du TFUE, une nouvelle proposition de règlement du Conseil pris en exécution de l'article 322, paragraphe 2, du TFUE comprend les éléments concernant les méthodes et procédures permettant de mettre à la disposition du budget de l'UE la ressource propre fondée sur la TTF.

Une nouvelle proposition de règlement du Conseil prévoit en outre les modalités de calcul et de mise à la disposition du budget de l’UE de la ressource propre tirée de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Ces propositions incluent les règles relatives à la création des deux ressources propres, des dispositions relatives au trésor et à la comptabilité, à la prise en compte et aux corrections, au compte rendu et à la conservation des pièces justificatives. S'agissant en particulier de la nouvelle ressource TVA, des dispositions détaillées sur la méthode de calcul figurent aussi dans les textes.

Les deux propositions s'appuient largement sur l'expérience acquise dans le traitement des ressources propres traditionnelles (droits de douane) et de l'actuelle ressource propre fondée sur la TVA. Elles visent à établir des règles simples et transparentes, assorties pour les États membres d'une prévisibilité maximale.

 

NB : La Commission européenne avait préalablement publié, le 28 septembre dernier, une proposition de directive établissant un système commun de taxe sur les transactions financières et modifiant la directive 2008/7/CE. Le texte vise à assurer une contribution plus équitable du secteur financier compte tenu du coût de la gestion de la crise actuelle. Il s’agit aussi d’éviter une fragmentation du marché intérieur des services financiers du fait de systèmes de taxation nationaux non coordonnés et de mettre en place des mesures visant à décourager les transactions qui n’améliorent pas l’efficience des marchés financiers. La taxe pourrait, par ailleurs, devenir une des nouvelles ressources propres de l’Union européenne. Elle consisterait à taxer toute transaction financière dès lors qu’au moins une des parties à la transaction est établie dans un Etat membre et qu’un établissement établi sur le territoire d’un Etat membre est partie à la transaction. La taxe deviendrait exigible, pour chaque transaction, au moment où elle est effectuée. La proposition de directive précise les montants imposables selon les types de transactions, ainsi que des taux minimaux en pourcentage du montant imposable que doivent appliquer les Etats membres. La taxe possède un champ matériel assez large. Néanmoins, seraient exemptées ou exclues, les opérations effectuées sur les marchés primaires, celles relatives aux prêts et aux emprunts des ménages, entreprises et établissements financiers et enfin certaines opérations entre les banques centrales.



 



Par Patrice Cardot - Publié dans : A propos du budget de l'Union européenne
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 06:23

Le budget par activité propose une organisation des crédits budgétaires et des ressources par destination, afin de permettre à chacun de voir quelles sont les politiques qui sont menées et quelles activités composent ces politiques, quelles sommes sont consacrées à chacune d'elles et quels sont les effectifs qui leur sont affectés. (cf. le glossaire http://ec.europa.eu/budget/other_main/glossary_fr.htm )

Le Traité de Lisbonne accroît les compétences de l'Union dans des domaines aussi importants que la politique spatiale, l'énergie, la lutte contre le changement climatique, le tourisme, le sport mais aussi et surtout le domaine des relations extérieures. Bien que ces modifications fussent prévisibles au moment des négociations de l'actuel cadre financier 2007-13, les chefs d'Etats et de gouvernement ont préféré en ignorer les conséquences d'un point de vue budgétaire. 

Depuis son entrée en vigueur, le cadre financier pluriannuel a démontré ses limites à plusieurs reprises. Il a fallu le réviser 4 fois déjà pour trouver des réponses à des besoins urgents: Galileo (budget 2009), la crise alimentaire mondiale (budget 2009), la crise économique et financière (budgets 2009 et 2010). Ces révisions, bien que ne modifiant pas le volume global de dépenses sur la période 2007-13 et procédant à des redéploiements entre types de dépenses, n'ont été obtenues qu'au prix de lourdes "palabres" interinstitutionnelles. Elles ont démontré combien le Conseil était récalcitrant à adapter le cadre adopté en 2006 à des événements politiques imprévus. D'instrument au service d'objectifs politiques communs, le cadre financier pluriannuel semble être devenu, du moins pour certains Etats membres, un outil uniquement comptable et indépassable.

Dès lors, qu’en sera-t-il de l'impact budgétaire des nouvelles compétences introduites dans le Traité de Lisbonne ? (cf. Categories et domaines de compétences de l’Union tels que définis dans le Traité de Lisbonne (rappel))

Théoriquement, le Parlement européen pourrait porter cette question grâce aux modifications juridiques apportées par le Traité. En effet, le Traité de Lisbonne oblige à transformer l'actuel cadre financier pluriannuel de simple accord interinstitutionnel (entre le Parlement européen, le Conseil et la Commission) qu'il est aujourd'hui en un règlement spécifique de l'Union, adopté par le Conseil - à l'unanimité ! - après approbation par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Lors de cette transformation, le Parlement européen disposera donc théoriquement d'un droit de veto sur lequel il pourrait s'appuyer pour essayer d'obtenir une révision de l'actuel cadre financier pluriannuel afin que celui-ci prenne en compte non seulement les nouvelles compétences de Lisbonne mais aussi les défis politiques auxquels l'Union doit faire face dans le très court terme.

Des parlementaires européens redoutent que l'agriculture et la politique de cohésion soient les grandes perdantes de la stratégie UE 2020 sur la croissance "intelligente, durable et inclusive". Cette stratégie servira pourtant à l'élaboration du prochain cadre financier pluriannuel de l'Union européenne, qui commencera en 2014. Sur les recettes, la Commission propose de retrouver la philosophie de départ, donc de moins recourir aux contributions nationales en fonction de la richesse.

Quelques pistes de réflexion pour éclairer le débat  

Selon le principe d'universalité[1], l'ensemble des recettes couvre l'ensemble des crédits de paiement et les recettes et les dépenses sont inscrites sans contraction entre elles. Pour autant, pourquoi ne pas envisager une application souple de la règle de non-affectation ?

Première piste de réflexion :

Elle consiste à lier nature de recettes et nature des dépenses en tenant compte de la variété des types de compétence dont dispose l’Union pour agir.

Au lieu d’exercer la règle de non-affectation de manière rigide à l’égard du bloc global que constitue la totalité du budget de l’Union, l’Union serait alors appelée à l’exercer par domaines et catégories de compétences.

Ne serait-ce qu’afin d’assurer une meilleure cohérence entre :

- d’une part, le budget de l’Union et les dispositions en faveur d’un renforcement de la gouvernance économique, lesquelles revêtent nécessairement des variantes selon la nature des domaines de compétences en cause,

- et, d’autre part, entre nature de dépenses et nature de recettes, et partant, une meilleure lisibilité par les citoyens européens de l’action de l’Union dans les différents domaines et champs de compétence où elle est appelée à agir.

Ainsi, les dépenses relatives aux domaines politiques à l’égard desquels l’Union dispose d’une compétence exclusive devraient pouvoir être couvertes prioritairement, sinon exclusivement, par des recettes dont la nature et l’origine coïncident avec lesdits domaines (ressources propres traditionnelles constituées des droits à l’importation des produits en provenance de pays tiers à l’Union, mais aussi de nouvelles ressources propres constituées par les revenus de taxes nouvelles telles que celles proposées par la Commission européenne dans sa communication sur le réexamen budgétaire et qui n’ont pas pour seul champ d’application le marché intérieur de l’UE : taxation sur les transactions financières, recettes tirées de mises aux enchères - système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre -).

S’agissant des dépenses relatives aux domaines politiques faisant l’objet d’actions d’appui, de coordination ou de complément de la part de l’Union européenne, on peut considérer que les recettes constituées par les ressources de type TVA sont de nature à couvrir les dépenses correspondantes de l’Union. Or, l’hypothèse avancée de l’abandon de cette nature de ressource nous oblige à imaginer de recourir à de nouvelles ressources à cette fin (telles que les revenus de la taxation des transactions bancaires au sein du marché intérieur européen, ou d’une taxation européenne sur l’énergie ou encore d’une imposition sur les sociétés).

Enfin, s’agissant des dépenses relatives aux domaines politiques relevant du champ des compétences partagées, du champ de la compétence que lui ont attribuée les Etats membres en matière de politique étrangère et de sécurité commune (champ qui correspond à des domaines où les investissements publics revêtent à la fois un caractère obligatoire en raison de leur nature régalienne, ne sont pas par nature ‘générateurs de recettes’ et s’étalent sur plusieurs périodes de programmation pluriannuelle), ainsi que du champ de la coordination des politiques économiques, on peut considérer que les recettes constituées par les ressources de type RNB ainsi que les « emprunts obligataires européens » ou d’autres formules innovantes sont de nature à couvrir les dépenses correspondantes de l’Union, notamment lorsque celles-ci prennent la forme de garanties (telles que les « EU project bonds »).

Seconde piste de réflexion :

Une autre piste consiste à proposer de réserver les ressources propres constituées par les revenus européens directs (droits à l’importation, etc.) à la seule couverture des dépenses attachées aux politiques et actions de l’Union qui affectent directement la citoyenneté européenne (Citoyenneté, Liberté, Sécurité, Justice, dépenses horizontales/administratives attachées au fonctionnement des institutions communautaires et des organes qui leurs sont attachés), les autres natures de ressources étant alors réservées aux dépenses opérationnelles de la Commission européenne ainsi qu’à d’éventuels budgets ou fonds spéciaux.

La citoyenneté européenne comme l’identité politique européenne trouveraient alors une matérialisation concrète sur le registre budgétaire. L’idée d’un impôt européen au profit du citoyen européen prendrait ainsi forme sans pour autant alourdir la charge fiscale des contribuables.

Et nous aurions ainsi une réponse à la question soulevée par le parlementaire européen Jan Olbrycht à propos des dépenses administratives. /


[1] La règle de non-affectation, qui est avec la règle de non-compensation l’une des deux règles propres au principe budgétaire d’universalité, interdit l’affectation d’une recette à une dépense déterminée. Elle implique de verser toutes les recettes dans une caisse unique où l’origine des fonds est indéterminée. Elle permet à l’autorité budgétaire de conserver son pouvoir de décision et de gérer les fonds publics en respectant les notions de solidarité et d’unité nationales (s’agissant des budgets nationaux) ou européennes (s’agissant du budget de l’Union). Elle connaît toutefois quelques dérogations (ex : les budgets annexes ou les comptes spéciaux qui retracent des dépenses bénéficiant d’une affectation particulière de recettes).

 

Voir également les autres articles de la rubrique intitulée : A propos du budget de l'Union européenne

Voir en particulier :

 * Résolution du Parlement européen du 8 juin 2011 : Investir dans l'avenir: un nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) pour une Europe compétitive, durable et inclusive

 * Investir aujourd’hui pour la croissance demain (proposition de budget pluriannuel présentée par la Commission pour 2014–2020 )

 * L'UE a besoin d'un budget ambitieux pour sortir de la crise et retrouver la croissance, par Mikolaj Dowgielewicz (Le Monde)

 

 

 

 

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : A propos du budget de l'Union européenne
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