UE, UEO, OSCE, sécurité & défense

Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 08:27

Cette question nombre se la posent. Et chacun a sa réponse. Un officier de haut rang, qui connait bien les deux mondes, a fait part récemment de son analyse devant un parterre d’officiers. Son propos peut être discuté, désapprouvé ; mais il a l’avantage de pointer le doigt sur une série de problèmes.

L’UE a nombre « d’atouts », explique-t-il : sa puissance économique (un quart du Pib mondial), ses 500 millions d’individus, son 1,62 millions de soldats (contre 1,4 pour les USA), le 1er rang mondial pour l’aide au développement… Elle dispose d’un nouveau traité de Lisbonne, qui a institué les instruments nécessaires (SEAE, la Coopération structurée permanente (CSP), la clause d’assistance mutuelle, la clause de solidarité). Elle a acquis une certaine « légitimité opérationnelle acquise par la conduite de 24 opérations militaires et civiles en dix ans ».. Mais elle n’arrive pas à transformer l’essai, contrairement à sa voisine, l’OTAN « Autant la crise stimule l’OTAN et la presse pour proposer des solutions vers plus d’intégration, autant elle inhibe côté UE » explique-t-il. « Le vent souffle fort, les voiles sont affalées et le bateau PSDC est « à la cape ». Et notre interlocuteur de discerner au niveau européen ce qui ne va pas.

1° La crise de l’Euro

Elle « a un impact considérable sur les Etats-membres ». l’attention et l’énergie de nos chefs d’état et du gouvernement sont mobilisées par le règlement de la crise économique et financière. L’esprit de défense s’évanouit. Par précaution et facilité (les Etats membres) se résignent à un repli sur soi, certains même reviennent à un neutralisme qu’on croyait révolu, à l’abri de la défense collective par l’OTAN.

2° Le traité de Lisbonne

Il « change l’approche » de la politique étrangère de l’UE. L’action extérieure de l’UE « se cherche » entre communautaire et intergouvernemental. Les présidences tournantes sont limitées dans leur rôle d’impulsion et d’orientation. « Seuls des Etats membres de poids et solidaires peuvent encore donner cette impulsion indispensable à la PSDC. Mais il se heurte à l’inertie sceptique du grand nombre, au verrou britannique et au SEAE lui-même. Cela n’est pas suffisant. ».

Le SEAE

Le service européen d’action extérieure « ne joue pas encore son rôle de relais en ne s’étant pas approprié cette vision d’une défense commune à construire ». « Il souffre de tensions internes, de désorganisation et de procédures complexes et souvent paralysantes. L’ensemble constitue de nombreux rouages qui ne semblent pas « crampés » ensemble et ne produisent donc pas un mouvement cohérent. » En attendant, l’Union ne peut être au rendez-vous des crises, sauf exceptions mineures.  Remarquant « qu’il y a eu de graves erreurs de casting », l’auteur remarque cependant des améliorations. « Le secrétaire général, Pierre Vimont, est à la manœuvre pour réformer tout ça, rationaliser les processus et mettre en ligne tous les rouages. »

4° Des militaires inhibés

L’organisation souffre d’un faible nombre de militaires (200 en tout ), marginalisés et perçus comme étrangers à sa culture et à son projet. « Nous, les militaires n’avons pas su convaincre les hautes instances du SEAE de la nécessité d’un instrument militaire pour l’Union, ne serait-ce que pour compléter la gamme des instruments de l’approche globale. » Dans cette approche démilitarisée,  La Haute représentante n’est pas la seule, loin de là, à promouvoir une vision de « soft security » pour la PSDC et à n’évoquer les forces armées « qu’en soutien à l’assistance humanitaire ». La moindre évocation d’une idée d’opération militaire avec emploi des armes suscite des crispations. » « Le comble c’est que les militaires de la structure sont eux-mêmes « inhibés par les mises au défi de l’OTAN, prisonniers d’un principe de spécialisation au titre de la sacro-sainte « non-duplication », mal comprise, et rappelée tous les jours par les Britanniques : le militaire à l’OTAN, le civil à l’UE. »

5° Un manque de leadership

Le printemps arabe a constitué une « occasion manquée ». En loupant l’opération d’embargo maritime, en ne lançant pas l’opération de soutien militaire aux actions humanitaires.  « Il y a manifestement  à l’UE un manque de leadership, aussi bien côté des institutions bruxelloises que côté des Etats-membres. Et il y a eu manifestement un choix délibéré de plusieurs Etats-membres de bloquer toute initiative de la PSDC. » « Contrairement à l‘OTAN, il n’y a pas eu dans l’UE un pays comme les Etats-Unis, ou un groupe de pays, pas même un couple, capables d’assurer à eux seuls in fine le consensus par leur pouvoir d’influence. »

Et l’OTAN avance…

A coté, « L’Otan a du vent dans les voiles. Elle va bien et avance bien. (…) Avec un Secrétaire général dynamique, volontariste, qui a été Premier Ministre au Danemark pendant 7 ans et qui a une vision très politique de son rôle, la barre est bien tenue, fermement ». Elle progresse « par bonds successifs », ce sont les sommets, qui constituent chacun une étape politique très médiatisée. Chaque sommet compte un éclairage stratégique, une initiative capacitaire et une impulsion pour élargir (au moins) les partenariats  : Bucarest en 2008, Strasbourg-Kehl en 2009, Lisbonne en novembre 2010, Chicago en avril 2012. Mais le « principal facteur de légitimité » qui consolide l’Alliance, ce sont les opérations. » Afghanistan, Libye et smart défense constituent ainsi les vecteurs du développement de l’Alliance. NB : on peut y lire aussi en creux ce qui manque à l’UE : les sommets avec l’impulsion politique, les opérations, comme facteur de cohésion.

Faut-il perdre espoir ?

Non estime notre auteur. Il y a des potentialités. Simplement « l’UE n’a pas assez pris conscience de ses capacités et qu’elle n’a pas encore su les mettre en œuvre pour devenir un véritable acteur global au service de sa propre sécurité mais aussi pour baliser son avenir. » Quant à opposer une organisation à l’autre, ce serait une erreur, souligne-t-il, « L’OTAN et l’Europe de la défense sont une seule et même matière. Leurs destins sont liés, nous n’aurons pas l’une sans l’autre et il n’y a pas d’alternative. »

 

Source : http://www.bruxelles2.eu/

Par De La Boisserie - Publié dans : UE, UEO, OSCE, sécurité & défense
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 14:31

Malgré les belles paroles sur la nécessaire solidarité, les Allemands – comme à peu près tous les autres pays – cherchent actuellement à communautariser leurs dépenses militaires qu’ils n’arrivent pas à justifier sur le plan interne. Ils avaient un temps penser à proposer leur quartier général d’Ulm comme un FHQ (quartier général de force) à l’Union européenne. Ils l’ont en fait proposé à l’OTAN dans le cadre des projets de Smart Défense. Une proposition qui embarrasse quelque peu au siège de l’Alliance. D’une part, elle intervient à un moment où l’organisation atlantique cherche plutôt à diminuer le nombre de quartiers généraux permanents : sur la sellette le QG maritime italien, le commandement de Lisbonne, et en partie le commandement aérien d’Izmir (mais ce n’est pas fait)… Et surtout, son utilité peut être discutée. Si l’intérêt d’un quartier-général d’opération permanent est incontestable, car il permet de planifier en continu et également de ne pas laisser perdre les compétences ; en revanche, un QG de force permanent apparaît plus hypothétique. Qu’y-a-t-il de commun entre un QG de force en Afghanistan (IFAS), au Liban (FINUL) ou une opération anti-piraterie… ? Pas grand chose. Quel est l’intérêt d’avoir un FHQ permanent ? Plutôt nul, selon des officiers bien au fait des opérations. Le FHQ est plutôt pour l’opération et conformément au terrain. A cela s’ajoutent chez les Alliés la peur de dépendre du Bundestag pour l’engagement du FHQ en opérations, pour un oui ou pour un non. A quoi servirait alors un FHQ condamné à rester… à Ulm.

 

Cet article a été également publié sur mon site : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/capacites-milit-%e2%80%93-exercices-ue/les-allemands-cherchent-a-fourguer-leur-fhq-dulm.html



Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : UE, UEO, OSCE, sécurité & défense
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 09:47

L’agence européenne de défense (AED) pourrait bénéficier assez rapidement d’un regain d’intérêt de la part des Etats membres. Les services de la Commission européenne viennent en effet de confirmer que les projets de catégories A (réunissant tous les Etats membres participant à l’exception de ceux qui choisissent de ne pas y participer) et B (réunissant uniquement les Etats membres qui décident d’y participer) développés et mis en œuvre au sein de l’agence dans le cadre des missions qui lui sont assignées sont potentiellement exonérés de TVA. Selon nos informations, cet avis de la Commission européenne a été accepté par l’administration fiscale belge. Cette exemption pourrait servir d’incitant supplémentaire pour les Etats membres à participer aux projets de mutualisation et de partage en cours de développement. Avec de rares exceptions, comme au Royaume-Uni, les ministères de la défense se voient en effet appliquer la TVA sur leurs acquisitions de biens et de services. Lors de l’acquisition d’équipements majeurs, des montants considérables sont ainsi reversés via le fournisseur aux administrations fiscales nationales. Or les ministères du budget rechignent à compenser les ministères de la Défense, particulièrement en période d’austérité.

Par ailleurs, parmi les sujets encore rarement évoqués, mais qui pourraient faire l’objet d’un projet collectif mené au niveau européen, figure l’effort que devraient consentir les armées pour réduire leur consommation d’énergie et leurs émissions de gaz à effet de serre. On sait que l’armée américaine s’est lancée dans un vaste programme d’installation de panneaux photovoltaïques, par exemple. En Europe, les emprises et la surface des installations militaires sont considérables et les bâtiments anciens, généralement pas isolés, sont souvent dotés de systèmes extrêmement énergivores. La rénovation de ces infrastructures permettrait à terme de dégager d’importantes économies, mais son coût s’avère particulièrement prohibitif dans cette période de disette budgétaire. Ce coût pourrait cependant être très fortement réduit si plusieurs ministères de la Défense décidaient de se regrouper dans un projet au sein de l’AED. Outre une capacité de négociation accrue comme pour tout groupement d’achat, ils pourraient bénéficier de l’exemption de TVA. A noter que, l’AED réfléchit aussi à la possibilité d’aider les ministères de la Défense à bénéficier des fonds structurels, en particulier le FEDER dont les crédits présentent une sous-consommation chronique. Or, les mesures à caractère environnemental et d’efficacité énergétique sont justement éligibles au FEDER. La combinaison de ces différents mécanismes pourrait considérablement accélérer l’amortissement des investissements nécessaires, avec pour conséquence une économie très importante qui pourrait être réinvestie dans la défense à relatif court terme (3 ans).

 

Nb : Cet article a été préalablement publié dans le numéro d'Europe Diplomatie & Défense en date du 3 février 2012.

 

Par Olivier Jehin - Publié dans : UE, UEO, OSCE, sécurité & défense
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 13:48

Le constat était clair. A écouter nombre des interventions des responsables européens, industriels ou politiques réunis pour la conférence annuelle de l’Agence européenne de Défense, le constat semble clair, on arrive à une impasse dans les réflexions sur le « pooling and sharing » s’il n’y a pas une impulsion politique supplémentaire, venue du haut. Comme l’a résumé Olof Skoog, qui préside le COPS, le comité politique et de sécurité, « l’approche bottom up (*) va avoir des limites ». Il avait auparavant expliqué que « notre rôle au COPS est de garder le momentum, d’envoyer un message aux capitales, de pousser à un débat stratégique sur les capacités. » Mais cela ne suffit pas apparemment…  Il faudra bien à moment donné que les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se saisissent de la question pour sinon débattre en profondeur de ce thème au moins donner un signal qui pourra ensuite être décliné dans chaque capitale, au sein des gouvernements, des administrations et des Etats-Majors.

Des blocages multiples

On peut bien sûr imputer les blocages, lourdeurs, forces d’inertie dans les hiérarchies intermédiaires. On peut invoquer également que toutes les administrations sont bousculées par les différentes coupes budgétaires, qui interviennent parfois plusieurs fois par an, et ne permettent pas de prévoir au-delà de six mois ce qui peut se passer. Il y a également le calendrier électoral dans de nombreux pays ou la faiblesse des gouvernements dans d’autres. On peut aussi observer que l’agenda des chefs d’Etat et de gouvernement s’est jusqu’ici (depuis 4 ans) focalisé sur quelques points : le sauvetage des banques d’abord, de la Grèce ensuite, l’endettement et la surveillance budgétaire après en passant par la régulation financière. Mais on peut aussi observer que le mot « croissance économique » a commencé à faire irruption aux cotés de ces préoccupations toutes financières, figurant officiellement ainsi en tête des préoccupations des 27 lors du dernier sommet, le 30 janvier. Comme l’a expliqué alors, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg, à une question de B2, « Nous pensons tous que la consolidation des finances publiques est importante, car il n’y aurait avoir de croissance sans considération des finances publiques. Mais maintenant nous admettons que les politiques d’emploi et croissance doivent venir compléter cette politique ». Autrement dit, les esprits semblent plus mûrs.

C’est rationnel

Interrogé par B2, la présidente de l’Agence européenne de Défense, Claude-France Arnould, s’est voulue prudente, ne souhaitant pas déborder de son rôle. Mais elle n’a pu s’empêcher de reconnaitre que la nécessité était là. « Ce n’est pas à l’EDA de le dire. Mais c’est rationnel. (…) C’est vraiment aux Chefs d’État et de gouvernement de se prononcer. (…) Il y a quasiment toutes les raisons que ce sujet monte au niveau européen. » Dans des domaines « aussi sensibles » pour déclencher la coopérations, il faut une « impulsion au plus haut niveau » a-t-elle expliqué, prenant en exemple le traité franco-britannique de Saint Malo. Certes « Tous les gouvernements sont aujourd’hui sous contrainte budgétaire ». Des contraintes prises en compte.  Mais les chefs de gouvernement « vont avoir une discussion aussi sur la croissance. L’industrie de défense constitue un important levier de croissance. C’est un moteur technologique (qui représente) de l’emploi, de l’investissement, de l’exportation…»

Le moment est opportun

Quant à la date, « Si ça pouvait être avant Chicago, ce serait bien sûr bienvenu… », a conclu C-F Arnould. Cela peut paraitre difficile avec la contrainte de calendrier actuel qui pèse actuellement sur les 27, le prochain sommet formel étant prévu pour le 1er mars. Mais les sommets européens deviennent aujourd’hui monnaie courante. Et le moment paraît plus opportun.

(*) Cette approche consiste à pousser des projets – par le bas – venus des différents Etats majors pour essayer de faire rencontrer les besoins, de proposer des projets aux responsables politiques pour permettre ensuite leur mise en oeuvre.
Cet article a été préalablement publié sur mon site : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/industrie-de-defense-un-conseil-europeen-ou-rien.html



Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : UE, UEO, OSCE, sécurité & défense
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 12:57

NATO's operation in Libya has revealed significant deficiencies in European defence. It is not only that Europe's defence capability is chronically underdeveloped and the USA's support is dwindling. The resources that would allow European states to deal with these deficits are likewise shrinking dramatically. The defence budget crunch has strategic consequences. Unlike the "usual" underfinancing of European defence establishments in the last decade, budget constraints are now changing the aims and means of defence policy abruptly, substantially and in a long-term perspective. If Europe does not halt the rapid depletion of its defence resources, both the structure of its armed forces and its defence industry base will be turned upside down. At the end of this process, we will be left with a Europe that is incapable of defending its strategic interests outside its borders.

 

Christian Mölling is a resarcher in SWP's International Security Division

Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, UEO, OSCE, sécurité & défense
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