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Regards multiples sur l'Allemagne

Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 16:43

 

Comité d'études des relations franco-allemandes

Note du Cerfa n°101a

 

 

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution de la Note du Cerfa n°101a

rédigée par Brigitte Lestrade, professeur émérite de l'université de Cergy-Pontoise.

 

Entre réussite économique et précarité sociale :

l'Allemagne dix ans après les lois Hartz

 
Dix ans après la conception des lois Hartz, cette réforme emblématique du marché du travail en Allemagne, qui a suscité - et suscite encore - des débats passionnés, il est possible de faire un bilan. Saluée par les uns comme la réforme qui a sauvé le pays du déclin, elle est accusée par les autres d'être à l'origine de la misère de millions de chômeurs de longue durée et d'avoir cimenté un vaste secteur de bas salaires unique en Europe. Initiée par un gouvernement de gauche sous le chancelier Gerhard Schröder, elle continue pourtant à susciter un certain scepticisme chez les sociaux-démocrates. Par contre, l'actuelle coalition gouvernementale de droite l'a reprise à son compte, se félicitant des succès obtenus sur le front économique, avec une compétitivité retrouvée grâce à la modération salariale et un bilan commercial à la santé florissante envié par ses voisins.
 
Dans le domaine social, toutefois, le bilan est loin d'être aussi confortable. Les réformes Hartz ont conduit à un abaissement considérable des allocations chômage, avec des revenus de substitution très faibles, et la contrainte, sous peine de voir les allocations réduites voire suspendues, d'accepter des emplois mal payés, éloignés du domicile ou ne correspondant pas à la qualification des personnes concernées. La réforme a également facilité la pratique d'emplois à temps très partiel, appelés mini-jobs, afin d'accroître la flexibilité pour les entreprises.
 
Si la réussite économique actuelle de l'Allemagne est indéniable, il est également vrai que le taux de pauvreté y est plus élevé que dans d'autres pays européens comparables. Pour autant, aussi bien le succès économique que la précarité sociale ne peuvent être pleinement attribués aux réformes Hartz. Si elles y ont certes contribué, de nombreux autres facteurs ont également pesé.
 
  
 
Vous pouvez également consulter cette note sur le site du CERFA : http://ifri.org
 
Par ERASME - Publié dans : Regards multiples sur l'Allemagne
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Dimanche 24 mars 2013 7 24 /03 /Mars /2013 10:53

Le parti social démocrate allemand (SPD) vient d’arrêter, le 12 Mars, son programme pour les élections législatives de septembre et l’aile gauche du parti, Forum DL-21, animée par Hilde Mattheis a pesé fortement sur les décisions.

A l’évidence, ce parti rompt avec la période Schröder et constate les effets très négatifs de certains choix. Le bilan sur l’Etat de la société allemande est très comparable à ce que nous rappelons sans cesse à ceux qui ne cessent de nous vanter les performances de notre voisin d’outre-Rhin.

Dans le texte présenté, il est indiqué que « Le taux de pauvreté a en effet progressé entre 2002 et 2012 de 14,3% à 15,6%, alors que le chômage a baissé dans le même temps de presque 10% à 7,3%. Avoir un emploi n’est plus en Allemagne une garantie de vie prospère. »

« 7 Millions de salariés touchent un salaire horaire inférieur à 7 € de l’heure. Certaines branches travaillent avec des salaires horaires inférieurs à 4 €, obligeant l’agence de l’emploi à payer la différence entre salaire et minimum social. »

« Dans le même temps, la répartition des richesses est devenue encore plus inégalitaire. En 1970, les 10% les plus riches possédaient 44% de la richesse nationale, en 2012 66%.En 2003, les 10% les plus pauvres possédaient 3% de la richesse nationale, 10 ans plus tard seulement 1%. Les 10% les plus pauvres ne sont pas devenus 3 fois plus pauvres seulement relativement, mais aussi en terme absolu. »

« Tous les rapports officiels démontrent le mise en panne de l’ascenseur social allemand avec la reproduction des classes sociales par le système éducatif et le grippage du système d’apprentissage et de formation professionnel des adultes. »

« Enfin, 80% des ressources fiscales sont prises sur les revenus salariés et la consommation, seulement 12% sur les entreprises et les revenus du capital. »

Surtout le SPD prend des positions importantes pour les salariés, retraites et couches populaires allemandes mais aussi pour nous, français et européens.

Citons quelques points majeurs:

•La création d’unSMIC horaire qui serait fixé à 8,5€. Le syndicalisme allemand était encore en 2003 opposé à la mise en place d’un salaire minimum légal pour ne pas empiéter sur le dialogue social et les accords de branches. Mais l’explosion des emplois précaires et à bas salaires – secteur où la présence syndicale est faible – ont également amené les syndicats et le SPD à accepter le principe d’une fixation par la loi.

•Réforme de la législation pourencadrer le recours aux emplois précaires, aux intérimaires et aux mini-jobs, ainsi que le renforcement des partenaires sociaux.

•transformer l’assurance chômage en assurance-emploi, avec l’idée d’empêcher la perte d’emploi.

•Suppression des droits d’inscription aux universités, et garantie de la gratuité de la crèche à l’Université.

•Garantie légale pour toutes et tous à une formation professionnelle avec protection de la mise en disponibilité.

•Suppression de la prime aux mères au foyer, loi sur l’égalité salariale Hommes-Femmes, et création d’un quota de 40% de femmes dans les conseils d’administration et de direction des grandes entreprises.

•Programme massif deconstruction de logements sociaux, l’introduction de plafonds légaux aux augmentations de loyers.

•Relèvement du taux maximal d’imposition de l’impôt sur le Revenu de 45 à 49%, réforme de l’impôt sur les successions et création d’un impôt sur le patrimoine, relèvement de l’impôt sur les produits financiers de 25 à 32%. Suppression d’abattements fiscaux et niches fiscales, lutte contre la fraude fiscale au niveau international, création de la taxe sur les transactions financières.

•Introduction de la couverture universelle santé et retraite pour tous les nouveaux assurés (avec le but de mettre fin au système actuel avec caisses publiques et caisses privées), et contributions égales patronales et salariales au système.

•Création de départ retraite partielle à partir de 60 ans, départ à la retraite complète des salariés avec 45 années de cotisation dés 63 ans, financement pour garantir un niveau de retraite au dessus de 850 €, cette proposition s’oppose aux réformes préconisées par Angela Merkel de relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans. Le SPD ne peut accepter un allongement de ce départ a la retraite tant que le taux d’activité des plus de 60 ans est inférieur à 50%.

Sur l’Europe, le texte du programme insiste sur la nécessité d’une Union sociale, empêchant la concurrence salariale et le dumping social, reprend beaucoup de ses positions sur le rôle du Parlement Européen mais ce qui est plus nouveau demande que des services publics soient exclus des compétences de l’UE.

Il y a, a l’évidence un changement de ligne et une affirmation plus à Gauche que le candidat Peer Steinbrück devra prendre en compte. Il est vrai que les sondages ne lui sont guère favorable, lui qui avait fait partie de la grande coalition avec la CDU. Espérons que ce nouveau cap permettra la victoire du SPD et que les orientations actuelles seront tenues et défendues.

Pour les Français, ces évolutions devraient encourager des positions plus offensives pour réorienter la construction Européenne, ne pas craindre de proposer des choix radicalement opposés à l’austérité, à la suprématie des politiques monétaristes. N’attendons pas passivement une victoire des forces de gauche en Europe, contribuons à leur succès et poussons-les à assumer avec force l’indispensable mutation qui doit les sortir de la sinistre séquence sociale libérale.

Voir également : 

 * Le Parti socialiste européen (PSE) propose des contours précis pour une nouvelle Union sociale

 * Retour sur images : Les propositions de Pervenche Bérès pour rompre définitivement avec les pratiques du passé qui ont conduit à la crise 

 *  La Commission européenne a présenté son paquet 'investissement social'  

 

 

Par Jaurès-Sue - Publié dans : Regards multiples sur l'Allemagne
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Mercredi 30 janvier 2013 3 30 /01 /Jan /2013 21:16

Fondement du rayonnement de la puissance française, la défense est un outil de rayonnement économique pour les Allemands. Troisième exportateurs mondiaux d’armes, ils n’ont pas la culture de l’intervention militaire.

La photo occupe la largeur de la page d’accueil du site internet du ministère des Affaires étrangères allemand. « Les Européens apportent leur soutien au Mali », indique la légende. Des mots affirmés publiquement par la chancelière allemande 5 jours après le démarrage de l’opération Serval par les troupes françaises.

Il s’agit de faire oublier la crise diplomatique qui a suivi l’abstention de Berlin au Conseil de sécurité des Nations Unies sur l’initiative franco-britannique en Lybie, presque deux ans plus tôt. « Les Allemands se sentent un peu débiteurs », explique Jean-Pierre Maulny, chercheur à l’Institut en relations internationales et stratégiques.

Mais il serait illusoire de croire à un changement de pied total. Pas question d’envoyer des hommes sur le terrain, l’aide allemande sera logistique, notamment par le biais d’avions Transall.

« Ce n’est pas la peine de pousser les Allemands »

Ironie de l’histoire, cet engin de transport militaire, conçu par un consortium franco-allemand, a volé pour la première fois en 1963, un peu plus d’un mois après la signature du traité de l’Elysée. En pleine guerre froide, ce texte avait pour vocation essentielle d’assurer une coopération dans le domaine de la défense entre les deux ennemis d’hier.

50 ans plus tard, le bilan est pour le moins critiqué. Comme sur l’économie, les divergences entre Paris et Berlin sont structurelles.

« Ils n’ont pas la culture de l’intervention. Les Français savent très bien que ce n’est pas la peine de pousser les Allemands là-dessus », résume Yves Boyer, de la Fondation pour la recherche stratégique.

Les raisons sont d’abord historiques, avec le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à un arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe de 1994, la capacité d’intervention de la Bundeswher est limitée aux pays couverts par l’OTAN. Pour réduire les ambitions du général de Gaulle, le Bundestag a d’ailleurs ajouté au préambule du traité une résolution sécurisant le lien du pays aux Etats-Unis en matière de défense.

L’Allemagne et les Balkans, la France et l’Afrique

Par ailleurs attachée au désarmement nucléaire, l’Allemagne ne comprend pas la position de la France sur le bouclier antimissile américain, vu par Paris comme un outil supplémentaire, mais surtout inférieur à la dissuasion nucléaire.

Les divergences entre Paris et Berlin sont également institutionnelles. Décidée par l’Elysée et annoncée aux Français une fois lancée, l’opération au Mali aurait dû faire l’objet d’un long débat au Bundestag.

L’utilisation de la force armée n’est pas fondatrice de l’identité internationale du pays, explique Ronja Kempin chercheur pour un think tank allemand sur la sécurité et la défense. Depuis le début des années 2000, les forces allemandes sont intervenues militairement principalement dans les Balkans et 5000 hommes ont été envoyés en Afghanistan. La France compte plus de 25 000 militaires dans le monde en missions temporaires ou permanentes. Professionnelle depuis 2011, l’armée allemande est également en plein bouleversement.

Retard à l’allumage

« Si nous n’étions pas autant engagés en Afghanistan la question [du Mali] se poserait de façon différente », estime Andreas Schockenhoff, en charge du groupe d’amitié France-Allemagne au Bundestag.

Troisième exportateur mondial d’armes, l’Allemagne coiffe désormais la France. Mais pas question d’assurer aujourd’hui le service après-vente sur le terrain. Les Allemands perçoivent le développement de leurs capacités industrielles comme un moyen supplémentaire d’affirmer leur puissance économique, nouveau fondement de leur reconnaissance dans le monde.

Après un retard à l’allumage, la France et l’Allemagne ont malgré tout pris différentes initiatives ensemble en matière de défense comme la création d’une brigade commune, mise en place en 1989 par Mitterrand et Kohl. Les contingents français et allemands n’ont cependant jamais agi conjointement sur un terrain de conflit. En Afghanistan, par exemple, les Français de la brigade ont été pilotés à l’Est, quand les Allemands évoluaient au Nord.

La divergence de vision stratégique sur la doctrine tactique d’emploi des forces constitue l’obstacle principal. Les Français veulent aller au Tchad, les Allemands dans les Balkans…

Mais la difficulté de faire travailler des hommes sur le terrain est aussi liée à de multiples problèmes d’équipements, d’harmonisation de la sécurité sociale, de la retraite etc, explique Jean-Pierre Maulny.

Autre innovation, le conseil franco-allemand de défense et de sécurité créé en 1988 pour coordonner l’action des ministères des Affaires étrangères et de défense. Il a le mérite d’obliger les administrations à se parler régulièrement. Une feuille de route commune préparée en 2012 est également censée redonner un coup de fouet à la coopération.

Berlin se méfie des intentions de Paris

Mais les succès sont surtout industriels. Après le Transall, les deux pays sont les principaux artisans et acheteurs de l’A400M, nouvel engin de transport militaire. Sans oublier l’entreprise franco-allemande EADS, deuxième derrière Boeing en terme de chiffre d’affaires mondial. Même si l’échec attribué à l’Allemagne de la fusion avec le Britannique BAE fait de l’ombre au tableau.

Comme sur de nombreux dossiers économiques, l’Allemagne n’hésite plus aujourd’hui à défendre ce qui relève de ses intérêts. Une position qui explique en partie son refus d’intervenir en Lybie et au Mali. Mais Berlin se méfie également des intentions de Paris dans ces deux conflits, où la question des droits de l’Homme pourrait dissimuler les visées économiques. Sans compter la rancoeur accumulée depuis le traité franco-britannique de Lancaster House.

« Ils se sont sentis trahis », explique Jean-Pierre Maulny. « Pour eux, ce traité est anti-européen, et depuis, ils doutent de la sincérité de la France à vouloir construire l’Europe de la défense. »

Source : http://www.euractiv.fr/institutions/traite-de-lelysee-17785.html

Voir également :

 * Les Enjeux du dialogue stratégique à l'échelle franco-allemande (Note du Cerfa n°96 - IFRI)

 * L'interaction civilo-militaire dans la politique de sécurité allemande : le cas de l'Afghanistan, par Hans-Georg Ehrhart (Note du Cerfa n°91)

 * La singularité allemande. La Bundeswehr, une armée constitutionnelle, par Nicolas Gros-Verheyde (Bruxelles2.eu)

 * http://www.polwiss.uni-erlangen.de/wir-ueber-uns/lehrkraefte-und-beauftragte/franz-josef-meiers.shtml   

 * Bâtir une défense commune pour assurer l’autonomie politique et stratégique de l’Union européenne ! Du constat d’absence d’un tel projet politique dans l’agenda européen !

 * Mettons en oeuvre une coopération renforcée dans le domaine de la Politique étrangère et de sécurité commune de l'UE, condition sine qua non de l'établissement de la coopération structurée 

 

    

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Regards multiples sur l'Allemagne
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Lundi 21 janvier 2013 1 21 /01 /Jan /2013 12:43

Alors que nous fêtons le cinquantième anniversaire du traité de l'Elysée, les débats vont bon train en France sur le modèle allemand. L'économie de notre voisin d'Outre-Rhin est presque toujours mise en avant. Dans la droite française, on vante le succès de l'orthodoxie budgétaire et de la compétitivité des PME. A gauche, on souligne à l'inverse les effets de paupérisation des lois Harz sur le salariat travaillant à temps partiel. En se concentrant sur l'économie de notre voisin, peut être passe-t-on à côté de l'essentiel, à savoir que l'Allemagne est en 2013 une démocratie dotée d'un système politique plus libéral que celui de la France.

Le fédéralisme instauré par la Loi Fondamentale de 1949 a créé en effet en Allemagne un système politique fait de pouvoirs et de contre-pouvoirs qui aboutit à moins de concentration et à plus de responsabilité des gouvernants devant le peuple. Avoir eu Hitler a abouti, après la seconde guerre mondiale, à reconstituer des élites politiques et administratives qui ont une culture du pouvoir moins autoritaire qu'en France. Ceci est d'abord le résultat de la formation : toutes les élites allemandes passent par l'université, comme d'ailleurs dans la plupart des démocraties européennes. Alors que la bourgeoisie libérale a émergé historiquement plus tardivement en Allemagne qu'en France, la société allemande de 2013 tolère beaucoup moins l'impunité de la part de ceux qui exercent le pouvoir. Me relatant le départ obligé du porte-parole du parti chrétien social de Bavière (CSU), parce qu'il avait voulu faire pression sur la rédaction de la deuxième chaîne ZDF, un ami allemand me disait récemment : "On a l'impression qu'en France, les hommes politiques qui ont commis des erreurs ne démissionnent jamais". L'ironie était juste: les élites politiques et administratives françaises ont faiblement intégré les règles politiques de l'accountability et il n'est d'ailleurs pas fortuit que ce mot n'ait pas de véritable équivalent en français. Se dire libéral en France signifie trop souvent croire aux vertus du marché, mais en oubliant totalement que le libéralisme est d'abord un comportement politique. En ce sens, la France possède pas mal de "prétendus libéraux".

L'Allemagne est aussi une démocratie plus libérale que la France parce qu'elle a renoncé plus tôt à la lutte des classes, en pratiquant ce qu'Adam Smith appelait dans son Enquête sur la nature et les causes de la richesses des nation, "l'harmonie des intérêts". L'abandon du marxisme par le parti socialiste allemand date de 1959. La France reste, au contraire, un pays où la relation capital-travail est encore trop largement guidée par le rapport de force. Si on allie cet héritage de la lutte des classes chez ceux qui représentent le travail au monarchisme ou au bonapartisme de ceux qui exercent le pouvoir, on comprend vite les blocages. En Allemagne, la recherche du consensus est perçue non pas comme un renoncement mais comme une force qui permet de conférer de la légitimité aux décisions. La cogestion entre les patrons et les syndicats a permis en Allemagne des avancées considérables depuis 1949, y compris ces dix dernières années dans les négociations sur la modération salariale. Se mettre autour d'une table pour négocier en Allemagne, c'est oublier la dichotomie manichéenne de l'ami et de l'ennemi. Combien de fois avons nous, au contraire, été confrontés en France à des crises dont la cause fut une négociation conçue comme un jeu à somme nulle ? De ce point de vue, il faut saluer des évolutions récentes en France. La négociation entre la patronat et les syndicats sur la flexibilité du temps de travail est en effet une raison d'espérer en la modernité de la démocratie française.

Si l'Allemagne doit nous inspirer en 2013, c'est donc avant tout parce qu'elle est porteuse de modernité politique. Ce pays n'est plus celui du " libéralisme désabusé " dont parlait Wolfgang Mommsen à propos de Max Weber. Il constitue, au contraire, une démocratie libérale moderne au cœur de l'Europe qui s'est construite sur les cendres de l'hitlérisme et du stalinisme (qui a sévi quarante ans en RDA). Comme il est temps de repenser et de réhabiliter en France le libéralisme politique, à droite comme à gauche, il faut regarder l'Allemagne.

Christian Lequesne est directeur du CERI à Sciences Po Paris

Voir également :

 * La démocratie parlementaire à l'allemande : une voie politique pour la France 

 * Libérez le Parlement ! par Esther Benbassa (Le Huffington Post, 10/12/12)    

 

Par ERASME - Publié dans : Regards multiples sur l'Allemagne
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Dimanche 23 décembre 2012 7 23 /12 /Déc /2012 11:10

L'annonce par la Bundesbank d'un nouveau ralentissement cet été de la croissance en Allemagne et d'une baisse de confiance en un redressement à court terme pourrait marquer la fin du "miracle allemand". Mais ce miracle a-t-il même existé un jour ?

Atlantico : "La croissance a ralenti à nouveau en Allemagne cet été (...) La confiance en un redressement à court terme de la conjoncture s'amenuise dans de plus en plus de secteurs de l'économie", a affirmé la Bundesbank dans son rapport mensuel de novembre, publié lundi sur son site Internet. Est-ce la fin du "miracle allemand" ? Ce "miracle" a-t-il existé un jour ?
Gérard Thoris : Le miracle politique et économique de la fin du XX° siècle, c’est que l’Allemagne de l’Ouest a pu supporter le choc de la réunification. Il faut sans cesse rappeler le choix du Chancelier H. Kohl pour la parité entre le mark est et le mark ouest.

Parallèlement, l’effet de restructuration de l’économie, la mise à niveau des infrastructures économiques et des avantages sociaux ont considérablement pesé sur le budget de l’Allemagne de l’Ouest. Le déficit budgétaire de l’Allemagne est de 9,5% en 1995, il reste proche de 3 % pendant toute la décennie suivante – comme en France d’ailleurs, mais par pour les mêmes raisons !

Manuel Maleki : Disons que l’économie allemande ralentie mais qu’elle continue à mieux se tenir que les autres grandes économies européennes : elle est finalement rattrapée par les difficultés de ses partenaires.

Le miracle allemand a consisté à réussir la réunification sans déstabiliser le pays. A la fin des années 90 et début 2000, l’Allemagne souffrait d’un point de vue macroéconomique de nombreux déséquilibres (un déficit commercial, un coût du travail élevé, un chômage en hausse…).

Pour résorber ces difficultés, le gouvernement de l’époque a mis en place une politique d’austérité et des réformes de flexibilisation de la société dans son ensemble. Cette politique a permis de rééquilibrer les grands déséquilibres macros, de compresser la demande intérieure et d’éviter un accroissement du marché immobilier.

En outre, ils ont repensé leur espace géographique et pris en compte les opportunités qu’offrait la fin du bloc de l’Est. Toutefois, du point de vue budgétaire et de la dette, l’Allemagne n’a pas été particulièrement vertueuse. De plus, la bonne santé de ses principaux partenaires commerciaux à l’époque a facilité ce miracle.

Secteur clé de l'économie allemande, les exportations industrielles ont été les premières à faire les frais de l'incertitude qui pèse sur l'ampleur du recul de la demande à l'étranger. L’Allemagne a-t-elle eu tort de tout miser sur les exportations ?

Gérard Thoris : D’abord, l’Allemagne ne mise pas tout sur les exportations. La consommation finale des ménages par tête est globalement la même à 17 200 euros (Eurostat, chiffre de 2011). Il est vrai qu’elle représente une part légèrement inférieure par rapport au PIB (54,4 contre 56%).

Par contre, on oublie trop souvent en France qu’un excédent commercial de nature exogène exerce un effet de relance comparable à celui d’un déficit budgétaire, la dette publique en moins ! En effet, la demande étrangère adressée à l’Allemagne est indépendante de la conjoncture intérieure, elle se traduit par des emplois, donc des salaires nationaux donc aussi des impôts nationaux. Bref, tout ce que nous recherchons par le biais de la puissance publique, les Allemands l’obtiennent par le biais de la compétitivité.

Il faut ajouter que cette compétitivité, ils la stimulent en n’hésitant pas à se fournir substantiellement en pièces détachées dans les pays d’Europe centrale et orientale, modifiant en passant la définition du Made in Germany !

Manuel Maleki : Non, ils ont historiquement un avantage comparatif dans ce domaine de part leur spécialisation industrielle, leur marketing. Bref, ils ont dans ce domaine des avantages hors coûts importants, les réformes ont permis de développer les avantages coûts. Maintenant, dans le cas d’un ralentissement de la demande extérieure, l’Allemagne peut toujours relancer la demande intérieure, et c’est ce qu’ils font timidement.

L'économie allemande est très dépendante de la santé économique des autres membres de l'Union européenne vers qui elle exporte une grande partie de sa production. L’explosion du chômage en Europe peut-elle tuer l’économie allemande ? D’une certaine manière, Angela Merkel n’a-t-elle pas été victime des politiques d’austérité qu’elle a contribué à imposer au reste de l’Europe ?

Gérard Thoris : Il est évident que l’Allemagne joue un jeu ambivalent sinon trouble en Europe. D’un côté, elle semble dire : "l’effort de réformes structurelles que j’ai accompli m’a permis de retrouver l’équilibre budgétaire malgré la crise", ce qui est vrai. Une étude de l’Institut Thomas More montre que, si la France avait la même efficacité que l’Allemagne dans les grands services sociaux, elle économiserait 163 milliards d'euros soit 8,6 points de PIB. Est-ce que ce n’est pas une situation rêvée ?

Mais, d’un autre côté, elle sait bien qu’elle est très dépendante de ses partenaires européens et, en particulier de la France, pour son commerce. On peut néanmoins craindre qu’elle ne se souvienne pas avec assez de précision du désastre qu’a produit la formule "l’Allemagne paiera", en marge du Congrès de Versailles après la première guerre mondiale.

Manuel Maleki : Tout ralentissement économique en Europe est mauvais pour l’Allemagne. Mais depuis 2008, les entreprises allemandes ont diversifié leur politique d’exportation en cherchant de nouveaux marchés extra européens (la Chine en particulier). Ainsi, en 2007, environ 40 % des exportations étaient intra zone euro quand elles sont autour de 35% aujourd’hui.

Il est clair qu’Angela Merkel avait conscience que l’austérité serait un frein à l’économie allemande, mais elle a sans doute sous-estimé l’impact des politiques d’austérité sur l’économie des pays européens.

.../...

Voir la suite de cet article sur http://www.atlantico.fr/decryptage/miracle-economique-allemand-touche-t-fin-gerard-thoris-manuel-maleki-585377.html#mC7PeLvxFCKVGMH1.99 

Manuel Maleki est Docteur en Sciences Economiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.Il est spécialiste des questions de réformes. Il a travaillé à Londres dans une grande institution financière avant de rejoindre les équipes de la recherche économique du groupe ING en tant que Senior Economiste. Il s'exprime sur Atlantico à titre personnel.

Gérard Thoris est agrégé en Sciences sociales, titulaire d'une maîtrise de 3ème cycle en Sciences économiques de l'Université catholique de Louvain, et diplômé de l'IESEG. Il est également licencié en philosophie. Professeur agrégé à Sciences Po, il a notamment rédigé une Analyse économique des systèmes (Paris, Armand Colin, 1997), contribue au Rapport Antheios et publie régulièrement des articles en matière de politique économique et sociale (Sociétal, Revue française des finances publiques…).

Par ERASME - Publié dans : Regards multiples sur l'Allemagne
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