Face aux nouvelles logiques de pouvoir adoptées par les économies émergentes, et aux évolutions actuelles et prévisibles des
objectifs et intérêts stratégiques de son partenaire stratégique historique, les Etats-Unis, l’Union européenne souffre indubitablement aujourd’hui d’un déficit d'efficacité, de crédibilité et
d’influence politiques sur la scène internationale, comme en ont témoigné à la fois son échec lors des négociations sur le climat qui se sont déroulées à Copenhague en 2009 et son incapacité
politique récurrente à intervenir militairement dans les crises de haute intensité qui pouvaient le justifier, dans le cadre du droit international, et/ou ont pu parfois participer à affecter sa
propre sécurité.
Pourtant, l’Union participe activement aux dynamiques visant à assurer un haut degré de coopération dans tous les domaines des
relations internationales et à promouvoir un système international fondé sur une coopération multilatérale renforcée et une bonne gouvernance mondiale.
Sa politique de partenariats stratégiques s’inscrit dans cette perspective, en même temps qu’elle participe à favoriser la
constitution et/ou à la consolidation de pôles régionaux de stabilité et de sécurité articulés entre eux par le jeu d’une dynamique d’interpolarisation décidée, voulue et organisée aux niveaux
international ou multilatéral, et qui trouve dans la globalisation économique et dans un commerce international dynamique et ouvert ses principaux ressorts.
Or, la confidentialité, pour ne pas dire l'opacité, qui entoure l’identification des objectifs et intérêts
stratégiques de l’Union participe à alimenter des doutes particulièrement préjudiciables à la fois à la confiance des citoyens européens dans la volonté et la capacité de l’Union de s'y référer
dans la conduite de son action ainsi qu’à la prévisibilité et à la crédibilité de son action stratégique sur la scène internationale.
Sur la base de quel corps de doctrine agit-elle ? (voir en particulier à cet égard UE : un service européen d'action extérieure au service de
quelles stratégies et de quelles politiques ? )
En son état actuel, bien qu'elle offre un éclairage politique novateur et des perspectives claires, force est de déplorer
que la ‘stratégie européenne de Sécurité’ ne saurait constituer à elle seule l’assise recherchée. En effet, sans dénier la complexité considérable de son élaboration, d’abord, sans nier la portée
politique tout aussi considérable de son adoption dans un contexte de crise européenne grave, ensuite, et sans sous-estimer la portée du cap stratégique qu’elle esquisse, elle n’apporte que peu
d’information sur ce qu’est le socle du concept stratégique de la politique de Sécurité de l’Union ; et ce alors même que
l’émergence d’un concept stratégique pour la politique monétaire de l’Union économique et monétaire (UEM) offrait des enseignements particulièrement précieux dont les Européens auraient pu / dû
utilement s’inspirer lorsqu’ils en ont établi les termes de référence.
Outre le recours au conditionnel qui en atténue l'impact politique, ladite ‘Stratégie’
propose une caractérisation du nouveau paradigme sécuritaire trop exclusivement articulée autour des dimensions externe et internationale de la Sécurité, et qui laisse de côté une dimension
interne pourtant si cruciale pour le pole régional de stabilité que l’Union a pour objectif de faire émerger, mais également pour le dessein civilisationnel qu’elle prétend vouloir
incarner. Par ailleurs, elle propose une vision qui ne parvient pas à se soustraire du court terme.
Ce n’est donc pas cet élément doctrinal inachevé qui sert de fondement à ses politiques et actions stratégiques et de
sécurité.
L’Union européenne possède-t-elle des objectifs
stratégiques ?Les a-t-elle identifiés ?
Quand bien même son édification constitue encore un processus inachevé, et bien qu’une majorité de citoyens semblent l’ignorer
ou le contester, l’Union européenne constitue d’ores et déjà une union politique d’Etats et de Peuples qui possède en propre des intérêts et des objectifs stratégiques identifiés par le Conseil
européen sur la base des principes et objectifs énumérés à l'article 21 du Traité sur l’Union européenne.
Selon le traité, les décisions du Conseil européen à leur égard portent « sur la
politique étrangère et de sécurité commune ainsi que sur d’autres domaines relevant de l’action extérieure de l’Union, peuvent concerner les relations de l'Union avec un pays ou une région, ou
avoir une approche thématique. Elles définissent leur durée et les moyens que devront fournir l'Union et les États membres ».
Sans épuiser le sujet et sans chercher à transgresser la confidentialité qui y est attachée, il est possible d’esquisser
certains objectifs stratégiques qui tombent sous le sens.
Bien que le traité limite – étonnamment - l’identification des objectifs et intérêts stratégiques de l’Union à la seule
dimension externe de l’équation stratégique qui lui est posée, on peut distinguer deux catégories d’objectifs
stratégiques pour l’Union.
- Une première catégorie d’objectifs stratégiques à trait à la sauvegarde de l’Union européenne en tant qu’union politique
d’Etats et de Peuples soucieuse et dotée des instruments lui permettant de :
* sauvegarder son indépendance, ou, a minima, sauvegarder son autonomie, tant au
plan stratégique que politique et économique, pour pouvoir décider, en pleine responsabilité, ses postures, ses positions et ses engagements lors des grands rendez vous des agendas stratégique et
sécuritaire, sauvegarder son intégrité, tant politique que physique et territorial,
* garantir sa pérennité en tant qu’entité politique unique dotée de la personnalité juridique et des institutions indispensables
à l’exercice des compétences que lui ont attribuées ses Etats membres,
* sauvegarder les valeurs qui la fondent et qui sont communes aux États membres,
* sauvegarder sa sécurité et sa stabilité, sur les registres stratégique, institutionnel, politique et économique, en se dotant
des garanties de sécurité (positives et négatives), en déployant des mesures de confiance et des mesures de réassurance, qui concourent à maintenir le plus bas possible les niveaux de tension
stratégique et sécuritaire, y compris face aux nombreux risques globaux qui affectent de manière systémique les grands équilibres régionaux et internationaux (cf. à cet égard les articles
figurant dans les rubriques de ce blog intitulées : Globalisation - Défis globaux et L'UE face aux défis globaux ),
* sauvegarder ses intérêts les plus fondamentaux, et notamment ses intérêts économiques et commerciaux (stabilité et sécurité de
sa monnaie au sein du système monétaire international, stabilité financière internationale, stabilité et sécurité de son économie et de la totalité de ses flux d’échanges commerciaux et
culturels, en particulier de ses flux d’approvisionnement en biens vitaux et/ou essentiels au développement de son économie, etc.).
- Une deuxième catégorie d’objectifs stratégiques dont la réalisation pleine et entière est indispensable à la concrétisation
des précédents, a trait à l’affirmation de la place de l’Union dans le concert international en tant qu’acteur politique disposant d’une capacité globale d’influence, de médiation et
d’intervention sur le registre stratégique, dans le respect du droit international, à partir d’une gamme très variée, bien qu’encore incomplète, d’instruments lui permettant d’agir de
manière à :
a) promouvoir dans le reste du monde les principes qui ont présidé à sa création, à son développement et à son élargissement : la démocratie, l'État de droit, l'universalité et
l'indivisibilité des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, les principes d'égalité et de solidarité et le respect des principes de la charte des
Nations unies et du droit international,
b) encourager une intégration équitable et durable de tous les pays dans l'économie mondiale, et contribuer à l'élaboration de mesures internationales afin de préserver et améliorer
la qualité de l'environnement et la gestion durable des ressources naturelles mondiales, et d’assurer une stabilité financière et monétaire et une protection
des biens publics mondiaux, partout dans le monde,
c) préserver la paix, prévenir les conflits, renforcer la stabilité stratégique et consolider a sécurité internationale, conformément aux buts et aux principes de la charte des
Nations unies, ainsi qu'aux principes de l'acte final d'Helsinki et aux objectifs de la charte de Paris, y compris ceux relatifs aux frontières extérieures.
Partager des objectifs stratégiques avec un partenaire
stratégique implique-t-il automatiquement que l’on partage avec lui les mêmes intérêts stratégiques ?
Nombre d’exemples jalonnent la jeune histoire de la construction européenne qui attestent que lorsqu’elle partage avec ses
principaux partenaires stratégiques des objectifs stratégiques communs, ceux-ci peuvent chercher à préserver des intérêts stratégiques différents.
Par exemple, la présence de bases américaines abritant des armements nucléaires tactiques participe très clairement à faire des
territoires - et des Etats - qui les hébergent des cibles privilégiées pour des adversaires stratégiques des Etats-Unis, créant ainsi une vulnérabilité stratégique pour l’Union elle-même qui
renforce sa dépendance stratégique à la performance du système de dissuasion des Etats-Unis. Dès lors, la concrétisation des objectifs stratégiques d’intégrité, d’indépendance et de sécurité et
la sauvegarde des intérêts stratégiques qui y sont associés s’en trouvent très ouvertement affectés.
Autre exemple : alors que l’accès permanent à des ressources stratégiques comme l’interdiction d’accès à ces mêmes
ressources constituent pour l’Union européenne et d’autres acteurs stratégiques tels que, par exemple, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Turquie, Israël ou l’Iran, deux objectifs
stratégiques communs, l’hypothèse - plausible - où, placés devant un risque de pénurie aux effets économiques vitaux, l’un ou l’autre viendrait à décider d’interdire le partage de l’accès de
certaines ressources stratégiques (accès à l’espace, etc.) à tout Etat ou organisation tierce, porterait alors atteinte aux intérêts stratégiques d’une Union européenne obligée dès lors à
rechercher, organiser et à sécuriser l’accès à d’autres sources d’approvisionnement pour ces mêmes ressources stratégiques.
Où l’Union européenne en est-elle à l’égard de la
concrétisation des objectifs stratégiques qui lui sont propres ?
En son état actuel, et bien qu’elle soit confrontée à la réalité d’un double agenda stratégique et sécuritaire régi d’abord, de
toute évidence, autant par les objectifs de puissance ouvertement affichés par les Etats-Unis que par ce qui apparaît aujourd’hui comme l’alpha et l’oméga de la Sécurité internationale, à savoir la lutte contre la prolifération
des armes de destruction massive et la ‘guerre totale et longue’ contre le terrorisme, l’Union ne cesse de réaffirmer la détermination commune de ses membres (institutions communautaires, Etats
membres) :
- à
privilégier le recours au système multilatéral à toute autre formule (notamment, unilatérale) pour régler de manière pacifique des questions sensibles pouvant conduire à des différends ou à des
impasses insurmontables en dehors d’un dialogue politique à l’échelle internationale,
- à
soutenir toutes les démarches qui visent une intervention de plus en plus marquée de ‘codifications normatives collectives’ dans le champ de la Sécurité,
au travers de Conventions, traités, protocoles internationaux appropriés,
- à
relancer l’intérêt de la communauté internationale pour les mesures de confiance, et à en réactiver l’utilisation en appui, notamment, de mesures de ‘Sécurité coopérative’,
- et
à ne limiter l’engagement effectif de ses capacités opérationnelles – civiles, civilo-militaires ou militaires - qu’à des interventions dans des opérations de prévention, de gestion ou de sortie
de crises de faible intensité militaire placées sous mandat onusien, ses Etats-membres laissant à l’OTAN la responsabilité d’intervenir sur des
théâtres requérant des opérations de ‘Sécurité collective’ de plus forte intensité militaire.
Une telle attitude place l’Union dans une situation singulière sur l’échiquier international.
Par ailleurs, les dispositions contraignantes des Conventions internationales, Chartes (au premier rang desquels figure la
Charte des Nations Unies), Traités, Protocoles comme les décisions et arrêts des différentes Juridictions compétentes dans ces matières dessinent aujourd’hui les contours d’un ordre juridique
international qui interfère de manière importante avec les postures de Sécurité, nationales ou collectives, dont il importe de relever qu’elles sont, dans la plupart des cas, davantage inspirées
par des motivations d’une toute autre nature qu’un ‘simple’ respect du Droit international par l’application d’une soft law internationale.
Dans un tel contexte, les membres de l’Union ne peuvent plus faire l’économie de s’interroger sur la voie à emprunter pour
permettre à celle-ci de s’affirmer comme acteur responsable et souverain sur les registres stratégique et sécuritaire.
Plusieurs éléments majeurs les y contraignent à brève échéance :
- la
prospérité mondiale, la sécurité internationale et la stabilité stratégique, et partant, celles de l’Europe, sont confrontées à des risques globaux dont la double nature systémique et
« idiosyncratique » rend aléatoire la performance des réponses qui peuvent leur être apportées ; un nouveau paradigme sécuritaire est apparu
qui mobilise la Communauté internationale et ses nombreuses institutions au point que les différentes éditions du Forum économique mondial y a consacré ses travaux depuis 2007,
- un
nouvel élargissement de l’OTAN, tant en termes de missions (celles requises par les ambitions d’« une alliance pour la liberté ») que de
format (élargissement à des Pays comme l’Ukraine, la Géorgie, le Japon, l’Australie et Israël) a été évoqué à plusieurs reprises, probablement en réponse aux initiatives sino-russes menées dans
le cadre de l’Organisation de coopération de Schangaï,
- la
présentation par le Pentagone de la troisième édition de sa Quadriennal Defense Review (QDR) a fait
apparaître de nouveaux objectifs stratégiques et militaires, de nouveaux éléments de doctrines, de nouveaux concepts (tels que ceux de Total Force et
de Long War) ainsi que de nouveaux principes qui s’inscrivent dans le contexte de la révolution des affaires militaires, et qui viennent
compléter et renforcer les principes énoncés antérieurement en même temps que les concepts plus anciens attachés à la Transformation,
- les
tentatives successives d’adaptation de l’Alliance atlantique à la nouvelle réalité stratégique ont induit - et induisent encore - une très grande confusion dans la manière de penser et d’agir des
Etats membres de l’Union sur le registre stratégique lorsqu’il s’agit d’œuvrer au travers de l’Alliance non plus sur le registre de la Défense
collective (Mission dévolue à l’OTAN par une très grande majorité d’entre eux) mais sur celui, à la fois plus exigeant et plus global, de la Sécurité collective, alors qu’il revient d’abord à l’ONU d’agir en la matière, conformément aux dispositions de l’article 1 de sa Charte, ou de la
Sécurité commune, au travers de l’Union, conformément à la fois aux dispositions des articles 52 et 107 de ladite Charte, et, corrélativement, des
dispositions appropriées du Traité sur l’Union européenne. Par ailleurs, le respect des trois critères qui, du point de vue des Etats-Unis, doivent conditionner la validité de la démarche
européenne sur le registre de la Sécurité – y inclus la PSDC - (non duplication, non discrimination, non decoupling), et plus encore ceux qui s’y sont
substitués en 1999 après la révision du concept stratégique de l’Organisation (improvement, inclusiveness, indivisibility), participe à entamer les
marges d’initiative des Européens sur le registre d’une Sécurité commune appréhendée dans son interprétation la plus extensive,
- eu
égard au rôle prépondérant de la relation transatlantique dans les débats stratégique et sécuritaire internes à l’Europe, le repositionnement des Etats-Unis face aux évolutions du contexte
stratégique place les Européens face à un dilemme essentiel pour l’avenir de l’Union politique, celui d’avoir à choisir entre deux options contradictoires :
· agir
de manière à ce que l’Union puisse construire sa propre posture et ses propres schémas sur les registres stratégique et sécuritaire, tout en respectant les obligations dues à ses engagements
internationaux,
· ou
bien renoncer à définir une identité européenne souveraine en pareilles matières.
Quelles sont les innovations qui doivent être
introduites ?
Parce qu’une telle situation fait peser sur la dynamique intégrative de l’Union,
encore fragile, le risque d’une altération, voire même d’une paralysie, en même temps qu’elle rend plus délicate et complexe la concrétisation de ses objectifs stratégiques, et parce que l’Union
s’est elle-même construite en pôle d’équilibre régional autour d’un objectif de Paix, de Solidarité et de Stabilité, et non pas en Alliance au sein de laquelle des divergences d’intérêts et un
système de décision à l’unanimité conduisent à des rapports de force préjudiciables à la performance de l’ensemble, l’Union a besoin d’une
vision plus claire de ses intérêts stratégiques et du rôle qu’elle veut jouer à moyen et long terme dans le concert international avec le souci constant de ses responsabilités
stratégiques.
Les Européens ne peuvent faire l’économie d’une étude d’impact de ces différents éléments sur leur propre analyse stratégique
commune, laquelle est indispensable pour déterminer de manière précise le contour des objectifs et intérêts stratégiques de l’Union.
L’enjeu et l’objectif ne sont pas minces puisqu’il s’agit d’établir les conditions d'une meilleure Stabilité et d’une meilleure
Sécurité, aux fins d’en tirer parti simultanément au niveau intérieur, au niveau régional, et enfin, sur le plan international.
Le nouveau contexte paradigmatique faisant apparaître des causalités plus fondamentales que les seules contraintes
géopolitiques, il est indispensable de construire un instrument d’analyse ad hoc qui ne se réduise pas à la géopolitique.
Il ne s’agit pas seulement d’approfondir les dynamiques actuelles en matière de
Sécurité, de nature essentiellement instrumentale et fonctionnelle, mais, bien davantage, de les inscrire dans une dynamique politique plus globale qui permette d’embrasser l’ensemble des
contenus stratégiques et sécuritaires des défis posés à l’Europe.
Cette nouvelle approche stratégique doit conduire l’Union à changer de paradigme, à hiérarchiser les priorités de son action stratégique, y compris de ses partenariats stratégiques (laquelle doit être entreprise en procédant à une meilleure évaluation des
domaines dans lesquelles l’Union a une réelle valeur ajoutée sur le plan stratégique et en confiant à ses Etats membres qui en ont à la fois la volonté et la capacité, le pilotage et le contrôle
des fonctions stratégiques à l’égard desquelles l’Union n’offre pas de valeur ajoutée équivalente), et à mettre en oeuvre une stratégie d’influence qui, sans renoncer à ses ambitions normatives,
cherche moins à imposer ses propres objectifs qu’à impliquer ses propres Etats membres dont les objectifs et intérêts stratégiques sont voisins dans ses partenariats stratégiques qui nécessitent
un niveau élevé de cohérence stratégique.
Elle doit également la conduire à créer les conditions du partage de ses objectifs stratégiques avec des Etats de son voisinage
dont elle envisage l’adhésion, à terme, par le biais de son processus d’élargissement. En premier lieu, pour qu’ils puissent être concrétisés à leur propre profit ; ensuite pour qu’ils
puissent être concrétisés à terme au profit de l’Union élargie à ces mêmes Etats.
Une telle entreprise doit être conduite avec la volonté :
- de
ne pas focaliser l’agenda européen pour la Sécurité sur une nouvelle réforme du concept stratégique de l’Alliance atlantique, en préparant un avenir
où l’Union européenne et ses partenaires non européens au sein de cette organisation pourraient asseoir leur coopération en matière de Sécurité et de Défense collectives sur des bases
conceptuelles, institutionnelles et juridiques nouvelles, et respectueuses du dessein politique de l’Union,
- de
donner un nouvel horizon au processus d’intégration de façon à :
· mieux
caractériser et mieux affirmer ce qu’est, en termes de contenus, d’héritages, de valeurs, d’aspirations, de promesses, de volontés et d’exigences, l’identité européenne dans ses ressorts et déterminants politiques, stratégiques, sécuritaires et juridiques,
· remobiliser
les énergies, les expertises et les volontés qui entendent poursuivre le processus d’approfondissement politique de l’Union autour de priorités incontestables,
· remettre le
citoyen de l’Union en son cœur, à la fois comme sujet, acteur, passeur et investisseur, et comme objet et finalité première de l’action politique, a
fortiori lorsque celle-ci a trait aux questions sécuritaires ; car le citoyen constitue le lien en même temps que l’acteur et l’objet naturels entre « Sécurité intérieure » et
« Sécurité extérieure », deux notions qui, à travers lui et pour lui, ne se manifestent qu’au travers d’une ‘Sécurité globale’ ; un citoyen en quête d’identification à cette Union
qui œuvre d’ores et déjà en son nom et à son service au travers des politiques communes menées dans les domaines politiques fondamentaux pour lesquels les Etats membres lui ont attribué une
compétence,
· apporter des réponses claires aux questions centrales restées jusqu’ici sans réponses lisibles ni par les citoyens européens, ni par les opérateurs de la base technologique et
industrielle européenne essentielle à la politique de Sécurité de l’Union, afin qu’ils disposent d’orientations suffisamment cohérentes et stables pour éclairer leurs choix les plus
stratégiques.
Si le recours aux potentialités qu'offre l'équilibre de la
terreur que permet le jeu complexe de la dissuasion nucléaire reste indubitablement pertinent pour asseoir une stabilité stratégique en équilibre précaire, comme le souligne Bruno Tertrais, dans
un univers stratégique qui parviendrait bon gré mal gré à contenir les vélléités multiples de prolifération (cf. à cet égard Comment
la France doit-elle se positionner à l'égard du projet de défense antimissile balistique (DAMB) ? ), une autre évidence s'impose aujourd'hui aux penseurs et acteurs de la stratégie
contemporaine : le règlement pacifique des différents stratégiques sur la base d'initiatives collectives fondées soit sur la lettre ou l'esprit de l'article 33 du chapitre VI de la Charte des
Nations Unies (Chapitre VI : Règlement pacifique des différends) soit sur la lettre ou
l'esprit de son chapitre VII (Chapitre VII : Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la
paix et d'acte d'agression) est d'autant plus efficace aujourd'hui qu'il repose sur des modalités d'action bien plus efficaces que jadis ! Et surtout beaucoup moins hasardeuses pour la
paix et la sécurité internationale !
L'Union européenne serait bien inspirée de capitaliser
rapidement les acquis de son expérience récente en la matière, à l’égard de l’Iran, notamment ! Et de renforcer ce qui a pu apparaître un moment comme une marque de faiblesse alors que cela
constitue un instrument essentiel de son arsenal stratégique, à savoir sa doctrine et ses instruments de médiation internationale (cf. à cet égard Agir au long terme sur les
conflits : l’UE mise sur la médiation (Bruxelles2.eu)).
Une action collective à l'égard d'une Banque centrale, d'une monnaie ou, plus généralement, des ressorts les plus critiques
d'une économie nationale d’un Pays tiers à l’égard duquel on souhaite entreprendre une initiative stratégique peut produire des résultats diplomatiques particulièrement prometteurs en regard des
enjeux stratégiques en cause !
Mais une telle réorientation doctrinale ne sera efficace qu'à la condition qu'elle apporte des réponses robustes à son déficit
de puissance économique et normative en revisitant en profondeur ses stratégies de sécurité autant que ses politiques communes pour les adapter aux grands mouvements du monde et aux véritables
menaces globales sur les grands équilibres auxquels elle est attachée (cf. notamment à cet égard La
refonte du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale doit être l'occasion d'une profonde réforme de la vision des défis stratégiques et pour la sécurité ! ; Réviser en profondeur la stratégie
européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1) ainsi que Réviser en
profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (2)) !
Et à condition d'avoir pris toute la mesure de ce qu'est une Union politique articulée autour de buts, de valeurs et d'intérêts
bien compris qui en singularisent le projet autant que l'identité (cf. notamment à cet égard Du socle
idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! - Première partie - ainsi que
Du socle idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! – seconde partie
– )
Cf. Alain Joxe, Président du CIRPES, « La globalisation stratégique – Causes, représentations,
conséquences économiques, politiques, militaires de la globalisation », ouvrage de stratégie théorique paru aux éditions CIRPES, in
Cahiers d’Etudes Stratégiques 40-41, Paris, 2006
Voir également sur ce blog :
* De
la puissance d'un Etat ou d'un groupe d'Etats
* L'Union européenne est-elle encore
une puissance normative crédible ?
* Influence européenne : la nécessité d'un changement de paradigme, par Elvire Fabry (Notre Europe – Institut
Jacques Delors)
* Existe-t-il
un intérêt stratégique européen ?
* Objectifs politiques, principes,
valeurs et intérêts en jeu au sein de l'Union européenne dans la double perspective politique et stratégique, par André Dumoulin
* Jusqu'à quel niveau d'intégration
l'agenda transatlantique nous entraînera-t-il, sans aucun débat démocratique ?
* Le Parlement européen adopte une
résolution intitulée 'Politiques et critères d'élargissement et intérêts stratégiques de l'Union européenne en la matière'
* La
Commission européenne propose quelques pistes pour renforcer l'arsenal de défense commerciale de l'UE
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