15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 09:58

Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 59 % des français se disent favorables à une limitation du nombre d'immigrés européens en France. De quoi faire pâlir les chantres de la solidarité européenne.

Atlantico : Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 59 % des Français sont favorables à une limitation du nombre d'immigrés européens en France, donc à une remise en cause des accords de Schengen. Comment interpréter ce chiffre qui, nous précise Jérôme Fourquet, directeur du département opinion publique, est sans précédent ?

Gérard-François Dumont : Ce résultat est effectivement a priori surprenant, car la présence en France d’immigrants issus d’autres pays de l’Union européenne pose peu de problèmes. Certes, on peut trouver, dans certaines campagnes, parmi des dizaines de milliers d’Anglais, une infime minorité qui demeure en France pour bénéficier de notre système social. Certes, on peut, ci et là, déplorer l’attitude de ceux des Néerlandais qui résident en France sans guère y faire vivre le commerce local. Mais les immigrés européens, qui relèvent essentiellement de ce que j’appelle les « migrations entrepreneuriales », bénéficient largement à la France, par les richesses qu’ils y créent et par leurs consommations et investissements. Si la France est confrontée à une difficulté, c’est non du fait des immigrés européens, mais de l’émigration de jeunes Français, notamment en Angleterre, où ils sont attirés par de meilleures opportunités de travail et de revenus. Sans doute faut-il interpréter le résultat de ce sondage comme lié essentiellement au sixième élargissement de l’Union européenne à la Roumanie et la Bulgarie, pays comptant d’importantes minorités Roms dont l’arrivée en France a souvent fait l’actualité ces dernières années.

Christophe Bouillaud : Doit-on vraiment s'étonner de ce chiffre ? Ne se rappelle-t-on pas qu'une bonne partie de la campagne référendaire de 2005 sur le Traité constitutionnel européen s'est jouée sur la thématique du "plombier polonais" ? Sur ces européens de l'est qui viendraient prendre nos postes de travail ? L'hostilité à l'immigration de main d’œuvre, d'où qu'elle vienne, dans une bonne part de l'opinion publique française, n'est pas une nouveauté. Le très haut niveau de chômage que nous connaissons n'arrange rien sans doute. J'attire par contre votre attention sur le fait que cela n'est pas similaire à la simple remise en cause des accords de Schengen (1985), ces derniers ne portent en fait que sur l'abolition des frontières physiques entre pays européens de cet espace, ne sont en fait qu'une question policière et douanière; ici, c'est à une remise en question de la liberté d'installation des travailleurs des autres pays européens dans notre pays, principe remontant au Traité de Rome (1957), dont il est question. Or la liberté des travailleurs d'aller prêter leur concours à la production des biens et des services dans toute la Communauté européenne, puis dans toute l'Union européenne, soit la libre circulation des travailleurs, constitue l'un des principes fondateurs de l'Europe contemporaine. Il serait intéressant de poser aussi la question suivante à nos concitoyens : êtes-vous d'accord pour que désormais tous les autres pays européens refusent d’accueillir tout Français désirant venir travailler chez eux, ou mettent des quotas à cette invasion de travailleurs français ?

../..

Voir la suite de cet article : http://www.atlantico.fr/decryptage/camouflet-anti-europe-et-maintenant-francais-veulent-refermer-frontieres-aux-autres-citoyens-union-qui-faute-christophe-bouillau-982561.html#hWfUgG3Z4i9fcSiX.99

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 09:50

Les Français se disent majoritairement favorables à une limitation de la circulation des immigrés européens en France, et donc à une remise en cause du traité de Schengen. C'est un des piliers de la construction européenne qui est ainsi contesté par l'opinion publique. Les Français et les accords de Schengen, un sondage Ifop pour Atlantico

Question ifop : Dans le cadre des accords de Schengen, les citoyens des différents pays-membres de l’Union Européenne peuvent rentrer et circuler librement sur notre territoire. Ils ont également le droit de s’y installer s’ils ont un emploi, s’ils sont étudiants ou s’ils peuvent disposer de ressources suffisantes pour subvenir à leurs besoins. De la même façon, les citoyens français peuvent circuler librement et s’installer dans les mêmes conditions dans tous les pays de l’Union Européenne. Question posée : Vous personnellement, êtes-vous favorable ou opposé à ce que la France remette en cause les accords de Schengen et restreigne les conditions de circulation et d’installation des citoyens européens sur son territoire ?

Atlantico : Selon une enquête Ifop pour Atlantico, quasiment 6 Français sur 10 (59 %) sont favorables à une limitation des immigrés européens en France et donc à une remise en cause des accords de Schengen. De quoi ce chiffre est-il la marque ?

Jérôme Fourquet : C'est un score très élevé qui fait suite à la votation suisse du week-end dernier. Ce chiffre montre deux choses. D'une part, il marque une défiance très forte vis-à-vis de la construction européenne telle qu'elle a été menée ces dernières années avec une ouverture à tout-va des frontières, ou en tous cas perçue comme telle. D'autre part, on a une tension très forte dans la société française vis-à-vis de tout ce qui touche à l'immigration alors même que la question posée dans le sondage ne portait pas sur l'immigration extra-européenne mais bien de libre circulation ou d'immigration à l'intérieur de l'Europe. Comme en Suisse, donc, on a une demande de contrôle et de fermeture qui est majoritaire.

Il est intéressant de constater que l'on avait posé une question plus ou moins similaire en mars 2012, après le meeting de Villepinte de Nicolas Sarkozy, où il avait parlé d'une réforme du traité de Schengen sur la libre-circulation des personnes. A l'époque, 59 % des Français étaient favorables à une réforme du traité de Schengen afin de mieux contrôler l'immigration clandestine.

Le fait que l'on ait exactement le même chiffre aujourd'hui laisse à penser que lorsque les Français se prononcent pour une réforme du traité de Schengen, c'est moins sur l'immigration des frontaliers qu'ils se positionnent que sur la question des Roms ou l'arrivée sur le territoire de populations venues d'Europe de l'Est.

Le défaut Schengen est perçu à travers le prisme d'une maîtrise insuffisante des flux migratoires et de circulation de populations, notamment de populations "à problème". Sauf, comme dans le cas de la Suisse, ce faisant, on est prêt à entraver la libre circulation des Français vers les autres pays européens ou l'arrivée de personnes qui peuvent avoir le même niveau de vie que nous.

Ce chiffre doit faire réfléchir, d'autant plus à 100 jours des élections européennes.

L'un des piliers fondamentaux de la construction européenne est la libre circulation des personnes. Or, une large majorité de Français est pour une remise en cause de ce pilier. Même au sein des départements frontaliers, où l'on vit pourtant l'Europe au quotidien et où l'on pourrait penser que la construction européenne est importante, on a des résultats un peu plus élevés qu'au niveau national. ››

Est-ce que les résultats de ce sondage montrent qu'il n'y a finalement pas de solidarité européenne ?

C'est une façon de voir les choses. On peut aussi interpréter cela comme une très forte demande de maîtrise des frontières et de retour, d'une certaine façon, à un cadre national, sans doute exacerbé par la crise économique. Quand on dit que les eurosceptiques vont faire un malheur aux élections européennes, on en a aujourd'hui une nouvelle illustration. Même quand, dans la question, on ne fait pas référence à la circulation des Roms ou autres, 6 Français sur 10 disent qu'il faut fermer les frontières. Quand on regarde dans le détail par sensibilité politique, on s'aperçoit qu'il y a un clivage : 44 % des électeurs PS sont favorables à une limitation des immigrés européens en France, contre 68 % pour l'UMP et 75 % au Front National. Il y a quand même un électeur sur deux à gauche qui est favorable. L'électorat le plus hostile à cela est celui de l'UDI (37 % favorable) et du Modem (46 %). Il y a donc un doute très profond qui saisit l'électorat, y compris à gauche.

Comment faire la part des choses entre le rejet de l'Europe et les difficultés conjoncturelles ?

Les deux sujets commencent à faire système. Il y a, par exemple, tout un débat sur le fait que l'euro soit surévalué. On parle aussi de dumping fiscal avec certains géants d'internet qui partent en Irlande. On voit donc que la crise peut être aggravée ou accentuée aux yeux de certains par un certain nombre de dysfonctionnement liés à la construction européenne.

On est sur la même démarche que ce qui s'est passé en Suisse : nous sommes plus à dire qu'il faut mettre des quotas et gérer les flux migratoires aux portes de l'Europe, on parle de l'immigration au sein même de l'Europe. Cela peut être une focalisation sur la question Rom. Mais cela dit beaucoup de choses sur l'idée d'une reprise en main du destin national. Pour une majorité de Français, il faut remettre des contrôles parce que l'on ne fait que subir, et cela passe par une remise en place des frontières internes.

Il y a 5 ou 6 ans, la problématique de l'Europe était de savoir si la Turquie devait intégrer ou non l'Union. On n'en est plus là.

Voir les détails de ce sondage : http://www.atlantico.fr/decryptage/59-francais-favorables-restriction-conditions-circulation-et-installation-europeens-dans-cadre-accords-schengen-jerome-fourquet-982672.html#yvG9oQcI1QoFmKJi.99  0

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 09:38

« Bon courage » sont les mots que le nouveau chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, dit avoir le plus entendus ces jours derniers. Ce cavalier de 57 ans prend officiellement son commandement samedi 15 février. Il succède à l'amiral Edouard Guillaud, dans une période difficile pour les armées. Car dans les coulisses des opérations extérieures, vendues comme des succès par le pouvoir exécutif, « tout est en chantier », rappelle le général.

Son premier souci est donc l'état de cohésion d'une institution secouée depuis 2008 par des réformes brutales et tous azimuts. Leur pertinence n'est pas démontrée sur le terrain. Les nouvelles « bases de défense » qui assurent le soutien des troupes sont vues comme des usines à gaz. Le plan social en cours semble inatteignable – 80 000 suppressions d'emplois prévues de 2009 à 2019. Et le scandale du logiciel défectueux de la paie militaire, Louvois, « un cancer », selon Pierre de Villiers, a entamé durablement la confiance dans l'institution.

« Il faut retrouver un projet fédérateur, pour que les gens aient une lumière au bout du tunnel, explique-t-il. Nous avons besoin d'une union sacrée, pour regrouper nos forces et mieux prendre en compte la dimension humaine. Et nous n'avons pas d'autre choix que de faire autrement. Le modèle des armées issu de la fin de la conscription en 1996 est à bout de souffle. »

« UN DÉFI COLOSSAL »

Le choix du général de Villiers est celui de la continuité, fait valoir le ministère de la défense. major particulier du président de la République. Après avoir occupé ce poste auprès du premier ministre François Fillon, celui de l'Elysée lui avait pourtant été promis. Mais en février 2010, il lui a été soufflé au dernier moment par le général Benoît Puga, choisi finalement par Nicolas Sarkozy et prolongé à son poste par François Hollande (*).

Mais devenu major général des armées, autrement dit le numéro deux, Pierre de Villiers a depuis quatre ans accompagné l'élaboration de la nouvelle loi de programmation militaire 2014-2019. Sa mise en oeuvre, sous haute contrainte budgétaire, sera de l'avis même de ses promoteurs un défi.

Les nouvelles suppressions d'effectifs prévues sur la période, 34 000, sont « un défi colossal », dit le général. « Pendant que le train roule à toute vitesse, on me demande d'accrocher un nouveau wagon », résume-t-il. Le contrat de l'institution est de faire mieux avec moins : « On fera au mieux, corrige-t-il, avec les ressources qui nous sont données. »

Son « ordre aux armées », un document de trente pages présentant les projets en cours dans la marine, l'armée de terre et l'armée de l'air, tentera de montrer qu'il y a une « cohérence » dans les réformes à venir. « Nous n'avons pas été bons pour communiquer sur la réforme 2008-2013 », estime-t-il.

La priorité du nouveau chef d'état-major ira donc aux messages internes, en direction des troupes et des soldats déployés en opérations extérieures en Centrafrique, au Mali, au Liban et en Afghanistan. « Je suis un homme de bureau par effraction, confiait-il récemment. Je veux voir les choses concrètes. »

Le général de Villiers sera toutefois un chef d'état-major aux pouvoirs diminués par rapport à ses prédécesseurs. La dernière « réforme de la gouvernance », voulue par le ministère de Jean-Yves Le Drian, prive le chef militaire de prérogatives en matière de ressources humaines, de relations internationales et de gestion, au profit des grands adjoints civils du ministre.

Cette nouvelle répartition du pouvoir ne passe pas dans les rangs des officiers supérieurs et généraux, qui dénoncent l'état d'esprit « anti-militaire » de l'exécutif actuel. Le nouveau patron des armées porte dans son paquetage le fait d'avoir avalisé ces changements contestés.

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/02/15/pour-le-nouveau-chef-d-etat-major-des-armees-tout-est-en-chantier_4367048_3224.html

(*) Commentaires empruntés à un autre article du Monde (http://www.lemonde.fr/international/article/2014/01/15/le-general-pierre-de-villiers-prend-la-tete-de-l-etat-major-des-armees_4348111_3210.html)

"Les deux plus hauts gradés français choisis par François Hollande sont aujourd'hui des figures assez similaires d'officiers généraux de l'armée de terre, dont la culture familiale est celle de la droite catholique traditionnelle. Le père du général Puga, Hubert Puga, avait engagé son régiment de chars, le 27e Dragons, dans le pustch d'Alger de 1961, et avait ensuite rejoint l'OAS. Le général de Villiers est lui aussi fils d'officier ; Jacques de Villiers, médaillé de la Résistance, a été incarcéré après la guerre d'Algérie pour son implication dans les activités de l'OAS dans l'ouest de la France.

« Ce sont des officiers généraux très compétents à n'en pas douter. Mais les équilibres choisis par Hollande ont un côté “Mitterrand et l'OAS” », commente un expert de la défense classé à gauche. « On peut caricaturer en disant que l'on a les francs-maçons au cabinet du ministre et les cathos dans la haute hiérarchie militaire.»"

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 08:49

You will find below the second number of the Newsletter of the ECI Campaign New Deal 4 Europe” , as you know, a Campaign to ask the European Commission A European Special Plan for sustainable Development and Employment”, by collecting 1 million of signatures. 

The issuing of this “instant” Newsletter is finalized  to largely spread the first important meeting of our Campaign. We are indeed organizing a special event on February 28 in Turin to create”A network of cities” willing to support  our Campaign, at the presence of Mayors of important European cities. In this circumstance an special Appel will be launched to the European cities for a “New Deal for Europe”.    

Furthermore, the evening before (February 27) an organizational meeting will be held  with the participation of the ECI European Committee,  representatives of the national Committes and other activists involved in the Campaign.    

I hope to meet you in Turin.    

Kind Regards.    

On behalf of the organising team of the ECI “New Deal 4 Europe”    

P.S. Those wishing to attend in these meetings can send an e-mail directly to: Mrs. Grazia Borgna -   grazia.borgna@fastwebnet.it – for accomodation and travel information.    

Newsletter Team. Reference: Antonio Longo, email eurolongo@alice.it    

Website & Social Network Team. Reference: Nicola Vallinoto, email: nicola.vallinoto@gmail.com    

Translators' Team. Reference: Roberta Carbone, email: robi_carbone@yahoo.it    

Link to the PDF: http://www.newdeal4europe.eu/download/NewsletterNewDeal4EuropeN022014_EN.pdf

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 16:07

Les élections européennes seront organisées dans tous les États membres entre le 22 et 25 mai 2014. Les enjeux des élections européennes sont de taille pour les partis traditionnels : Les partis eurosceptiques prolifèrent dans de nombreux États membres. Selon des politologues, bon nombre d'eurosceptiques et d'eurodéputés populistes pourraient siéger au prochain Parlement européen.            

Dans les mois à venir, les partis traditionnels devront préciser leurs programmes communs, fondements de leur campagne commune et des partis nationaux dans les campagnes nationales.

Les membres de la prochaine Commission européenne seront désignés en été, ce sera également le cas d'un certain nombre de hautes fonctions dans les institutions européennes. L'exécutif européen devrait entrer en fonction le 1er novembre, même si rien ne dit que cette date sera respectée.           

Les élections européennes sont souvent considérées comme un test pour les partis nationaux au pouvoir.  À moins de 100 jours des élections, EurActiv analyse les rapports de force en Europe et leur impact potentiel sur la composition des prochaines institutions. 

Depuis 1979, les sept dernières élections européennes ont été plutôt l'occasion pour les électeurs d’exprimer leur mécontentement ou satisfaction envers les gouvernements nationaux.

Dans la majeure partie des États membres, des partis traditionnels au centre de l'échiquier politique dirigent les gouvernements.  La carte d'EurActiv montre que les socialistes (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) et les partis de centre-droit (Parti populaire européen) se retrouvent seuls ou en coalition dans la plupart des gouvernements nationaux d'Europe.

>> Cliquez sur l'infographie pour avoir une vue d'ensemble sur l'équilibre des pouvoirs dans les États membres

 click to enlarge

Les élections européennes, considérées comme un vote sur la politique gouvernementale au niveau national, sont souvent mornes, explique à EurActiv Simon Hix, professeur à la London School of Economics (LSE).

« D'habitude, les partis au pouvoir ont tendance à enregistrer de mauvais résultats. Les grands partis obtiennent aussi tendanciellement de mauvais scores électoraux. En somme, les grands partis au gouvernement risquent le plus d'être sanctionnés », conclut-il.

Selon Janis Emmanouilidis, du Centre politique européen (CPE), le taux peu élevé de participation aux élections pèse également dans la balance : « Les partisans [des partis traditionnels] ne se rendent pas aux urnes », explique-t-il à EurActiv.

L'obligation de votes aux élections européennes ne s'applique qu'en Belgique, à Chypre, en Grèce et au Luxembourg, selon des informations du Parlement européen. Les citoyens des autres pays ne sont pas obligés de se rendre aux bureaux de vote … et, souvent, ne le font pas d’ailleurs.

Depuis les toutes premières élections européennes, le taux de participation n'a cessé de diminuer pour finalement aboutir à 43 % en 2009, un taux historiquement bas.

Les électeurs protestataires se mobilisent généralement plus facilement que l'électorat des partis traditionnels. De nombreuses raisons laissent penser que ce scénario se répétera en mai : « le niveau de frustration est élevé », explique Janis Emmanouilidis. Les électeurs vont certainement exprimer avant tout leur mécontentement par rapport à la hausse du taux de chômage et à la situation économique en Europe, au lieu de voter en faveur des partis traditionnels qui cherchent à apporter une réponse à la crise de l'Union.

À l'inverse des élections précédentes, ces mouvements contre les partis traditionnels aborderont les questions européennes. « Les thèmes abordés par l'UE [depuis le début de la crise économique] sont proches des cœurs et des esprits des citoyens » et de nombreuses forces contre les partis traditionnels feront un lien avec la question européenne, précise Janis Emmanouilidis.

Par exemple, « les troubles économiques ne peuvent pas être attribués au parti socialiste en Espagne [dans l'opposition depuis 2011]  Ces [mouvements d’opposition] placeront les politiques de l'UE sur la table et tentent actuellement de mener une campagne plus européenne », déclare Sonia Piedrafita, une chercheuse du Centre d'études de la politique européenne (CEPS).

Une vision de l’Europe

Les derniers résultats rassemblés par l'organisation @electionista confirment que les partis au pouvoir dans les plus grands États membres auront des difficultés à gagner le cœur des électeurs.

Au Royaume-Uni, le troisième État membre le plus important de l'UE, les conservateurs et les libéraux-démocrates, tous deux au gouvernement, devraient enregistrer une perte par rapport aux élections législatives de 2010 ou aux européennes de 2009. D'après les derniers sondages, les conservateurs pourraient passer de la première à la troisième place, derrière le Parti travailliste et le Parti de l'indépendance (UKIP).

Dans l'Hexagone, le président François Hollande souffre d’une cote de popularité historiquement basse depuis des mois maintenant.  Le parti socialiste français devrait connaître une forte baisse par rapport aux élections législatives de 2012, d'après des sondages.

Les partis au pouvoir en Allemagne, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel et le parti social-démocrate (SPD), se maintiendront au niveau des résultats électoraux obtenus lors des élections fédérales de septembre.

Selon Janis Emmanouilidis, ce phénomène s'explique par le fait que les citoyens accordent une centaine de jours, voire plus, pour que les partis puissent mettre en place leur politique.

En Pologne, les enquêtes d'opinion prévoient une débâcle électorale pour les partis de centre-droit au pouvoir. Le parti du premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, se prépare également à une défaite. Les sondages en Italie donnent des résultats divers. Cependant, ce pourrait être le seul pays où le gouvernement gagnerait légèrement du terrain lors des élections européennes, même s'il est difficile de prévoir l'étendue de ce phénomène, selon le politique du Centre politique européen (CPE).

Des pouvoirs contradictoires au sein des institutions

Le traité de Lisbonne, en vigueur depuis décembre 2009, confère le même poids au Parlement européen et au Conseil de l’Union sur un large éventail de domaines, comme le commerce, l'agriculture ou la justice.

Le rapport de force politique sera-t-il similaire entre le Conseil des ministres et le Parlement ? L'Espagne, la Hongrie, la Pologne, le Portugal ont des gouvernements de centre-droit. À Malte et en Slovaquie, les partis socialistes sont au pouvoir. La carte révèle également un équilibre global entre le centre-gauche et le centre-droit : les partis socialistes sont présents dans 19 gouvernements nationaux et les partis de centre-droit dans 16. Toutefois, ces derniers occupent souvent le premier rôle dans les coalitions. « Le pluralisme existe à l'heure actuelle au Conseil », assure Simon Hix.

« C'est rare d'avoir une dominance totale de la gauche ou de la droite au sein du Conseil des ministres », ajoute-t-il. Même si ce fut le cas dans le passé, les chances sont minces de répéter ce scénario dans une UE constituée de 28 États membres.

Selon des politologues, le prochain Parlement européen devrait être dominé par les deux grands groupes politiques: les socialistes (S&D) et le centre-droit (PPE), comme dans le passé. Les partis seront à la recherche d'une coalition stable, ce qui pourrait certainement mener à une grande coalition, prévoit le professeur à la London School of Economics.

L'Allemagne pourrait servir d'exemple à l'échelle européenne, affirme-t-il: La composition gouvernementale en Allemagne influence la constitution des coalitions politiques au sein du Parlement européen, poursuit le chercheur. « Quand vous avez une grande coalition à Berlin, vous allez avoir des pressions sur le Parlement européen en vue de former une coalition similaire », indique-t-il.

Composition de la Commission

Les familles politiques traditionnelles d'Europe négocieront les tenants et les aboutissants de la prochaine Commission. Même si les gouvernements des États membres de l'UE désignent leur membre de la Commission, ils « doivent tenir compte » des résultats des élections en mai, après des consultations ad hoc avec le Parlement européen.

Le président de la Commission discute des portefeuilles avec les futurs commissaires avant que ces derniers ne passent sur le grill devant le Parlement européen.

« La composition de la Commission dépend des rapports de force politique dans tous les États membres » en temps d'élections européennes, selon Sonia Piedrafita. La Commission actuelle est constituée de 13 membres de centre-droit, 8 libéraux et 7 socialistes.

« Quand vous regardez la carte dans son ensemble, vous trouvez nombre de gouvernements de coalition dans toute l'Europe. Les rapports de force politique dépendront des décisions prises par ces coalitions. » Étant donné que la liste des candidats est longue, la couleur politique de la Commission peut basculer d'un côté comme de l'autre. 

>> Lire le LinksDossier d'EurActiv : Hautes fonctions européennes : à qui le tour ?

Pour plus d'informations, lisez nos linkdossiers sur les élections et les hautes fonctions européennes.  

Prochaines étapes

Campagne électorales

  • 21-23 février 2014 : congrès électoral des Verts pour adopter le manifeste commun
  • 6-7 mars 2014 : congrès du PPE (centre-droit) à Dublin
  • 22-25 mai : élections au Parlement européen.

Formation du Parlement et de la Commission après les élections

  • 26 mai 2014 : lancement des réunions informelles sur la formation des groupes parlementaires
  • 27 mai 2014 : réunion informelle du Conseil européen en vue de discuter des résultats électoraux et du processus de négociation
  • Juin 2014 : les groupes parlementaires ouvrent des négociations informelles avec le Conseil de l'UE sur le prochain président de la Commission
  • 26-27 juin 2014 : nomination du président de la Commission lors du sommet du Conseil européen
  • 1-3 juillet 2014 : première session plénière du Parlement européen nouvellement constitué. Négociations informelles avec le Conseil de l'UE et éventuelles négociations bilatérales ou multilatérales avec des chefs d'État.
  • 14-17 juillet 2014 : le Parlement vote en session plénière la nomination du président de la Commission par le Conseil européen
  • Été 2014 : le nouveau président désigne la composition de son équipe, puis les futurs commissaires font l'objet d'auditions individuelles au Parlement en septembre
  • Octobre 2014 : le Parlement européen devrait confirmer la composition de la nouvelle Commission
  • 1er novembre 2014 : date butoir pour l'entrée en fonction de la nouvelle Commission

 

 

Liens externes

 

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 13:45

LE CERCLE. Le climat insurrectionnel qui se développe en France, confirmé par les préfets, est alimenté, entre autres, par les nombreuses et douloureuses restructurations d’entreprises. Ce phénomène devrait s’amplifier. Aussi, compte tenu du contexte, les méthodes de résolution des problèmes de rentabilité et sureffectifs des entreprises en difficulté doivent être remises en cause. 

 

Dans leur alerte auprès du gouvernement sur le climat quasi insurrectionnel régnant actuellement en France, les préfets signalent que les «annonces successives de liquidations judiciaires et de plans sociaux (qui) marquent chaque jour de nouveaux esprits», provoquent un «climat douloureux» et même «un sentiment d'accablement». Or, ce type d’annonce devrait aller crescendo. En effet, en tant que dirigeant de transition professionnel, avec une expérience de la gestion de crise d’entreprise,  je constate un fort accroissement de sollicitations dans ce domaine depuis cet automne, pour des opérations dont  les médias ne parlent pas encore. Voici tout d’abord un éclairage de ce qui se prépare, tout en préservant la confidentialité des dossiers.

Un expert du recrutement de dirigeants spécialisés dans la restructuration d’entreprises me dit être submergé par les demandes, au point qu’il a exceptionnellement cessé de prospecter pour pouvoir traiter toutes les sollicitations. Les sociétés de capital retournement, les DRH et chasseurs de têtes rencontrés dans le cadre de leur recherche de CRO, Chief Restructuring Officers ou responsables restructuration, placent comme premiers critères de sélection : le nombre de PSE (Plan Social d’Entreprise) réalisés, l’expérience de la fermeture de sites et de la liquidation judiciaire, avant les capacités de créer un projet économique de relance. Enfin, les plannings des restructurations évoquées prennent en compte les prochaines échéances électorales de 2014 de façon à ce que ces opérations, douloureuses sur le plan social, subissent le minimum de pressions politiques.

Ces comportements privilégiant le résultat économique au dépend de l’impact social sont guidés par des orientations données par des actionnaires, dirigeants et donneurs d‘ordre subissant des contextes économiques et des degrés de gravité de crise de leur entreprise très variables. Aussi, l’objet de cet article n’est pas de mettre tout le monde dans le même sac et de critiquer tous ces acteurs du monde économique.

Il est par contre  important de souligner que le climat économique et social extrême décrit par les préfets va probablement compliquer la réalisation de ces « opérations douloureuses ». Pourra-t-on fermer des sites et réaliser de massifs plans sociaux « comme d’habitude » dans les mois prochains ? Les événements récents en Bretagne permettent d’en douter. Suffira-t-il d’augmenter les primes de licenciement pour faire accepter ces restructurations ? Difficilement, car ce principe trouve ses limites dans les capacités financières des entreprises en difficulté et peut provoquer une escalade de revendications et de crispations qui vont encore plus tendre l’atmosphère. De toute façon, cela ne résoudrait pas la question de fond : comment sauver notre économie et nos emplois ?

Il n’y a pas de solution universelle, cela se saurait, mais de nombreux exemples de crises d’entreprises qui ont permis de faire éclore de nouvelles activités et de préserver une bonne partie ou tous les emplois concernés. Ces expériences se basent sur des principes tels que : l’humain d’abord, l’ancrage territorial, la solidarité, la relocalisation, l’innovation, l’exploitation ou le développement des compétences, parfois le changement radical d’activité et le transfert de propriété de l’entité concerné à de nouveaux actionnaires plus portés sur des valeurs que sur le profit.

Par exemple, l’entreprise Ceralep, fabricant d’isolateurs électriques en porcelaine que son propriétaire souhaitait mettre en liquidation judiciaire, a été rachetée en 2004 par une cinquantaine de salariés, environ la moitié de l’effectif, soutenus par la communauté locale. L’entreprise s’est depuis développé et a recommencé à embaucher. Autre exemple, la filiale française de CCM Sulzer, fabricant de gros moteurs diesels, d’environ 2000 employés, était au bord de la faillite dans les années 80 du fait de la grosse chute du marché des chantiers navals. Plutôt que d’avoir recours à un licenciement massif, son dirigeant à parié sur l’imagination, l’énergie et la coopération de ses employés pour repositionner l’entreprise sur le marché des centrales électriques. 12 années plus tard l’entreprise était leader mondial dans son secteur.

A noter aussi le cas du Groupe Archer qui a convaincu en 2011 la société Sodimas, fabricant d’ascenseur, de remplacer le projet de délocalisation d’une partie de la production en Chine par un transfert de sa technologie au Groupe Archer en France. L’opération a été un succès et d’autres coopérations sont à l’étude entre les 2 entreprises.

On ne peut pas systématiser ces types de solutions, mais on peut sûrement les multiplier si elles sont privilégiées et facilitées par les actionnaires, dirigeants et donneurs d’ordre d’entreprises en difficulté. Cela peut leur paraître idéaliste et inenvisageable, car il n’est pas facile d’imaginer que la solution se trouve en dehors du périmètre habituel de l’entreprise ou que d’autres peuvent réussir là où l’on a échoué. Pourtant, comme l’a dit Albert Einstein « aucun problème ne peut être solutionné au même niveau de conscience que celui où il a été créé ». De plus, compte tenu du climat social et économique exceptionnel que nous vivons, ces décideurs ont intérêt à reconsidérer leurs méthodes habituelles de restructuration.

Dans ce contexte, la question ne doit plus être, par exemple, « Qui va s’occuper de réaliser le PSE et fermer le site afin de permettre à notre entreprise de redevenir rentable ? », mais « Comment allons-nous imaginer et mettre en œuvre une solution pour sauver le maximum d’emplois, tout en permettant à notre entreprise de redevenir rentable ? »

Les moyens à mettre en œuvre pour cela ne doivent pas être des experts uniquement en :
   • livres I et II du PSE,
   • reclassement individuel des employés,
   • fermeture de site
   • et liquidation judiciaire,

mais un nouveau manager, ou une équipe, ou un partenaire aux compétences suivantes :
   • savoir-faire pour élaborer, négocier et mener à bien un projet de réorganisation dont le PSE n'est qu'une composante optionnelle,
   • éthique, neutralité et capacité de dialogue avec toutes les parties prenantes, dans et hors de l’entreprise
   • vision et savoir-faire autant économique que social et sociétal
   • créativité et leadership pour faire éclore puis mettre en œuvre des solutions nouvelles.

On peut répondre à ces propositions qu’il existe déjà des obligations de reclassement du personnel pour les entreprises et des dispositifs de revitalisation de bassins économiques,… Oui, mais ces obligations et dispositifs seront beaucoup plus efficaces et porteurs de solutions durables si l’ensemble des actionnaires, dirigeants et donneurs d’ordres des entreprises en difficulté intègrent la sauvegarde des emplois (pas obligatoirement dans leur entreprise) comme une priorité.

Source : http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/social/relations-sociales/221184887/actionnaires-et-dirigeants-ont-role-a-jouer-fac

Voir également du même auteur : De quel style de Leadership avons-nous besoin au XXIe siècle ?

Voir aussi : L'investissement socialement responsable

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 13:34

 

Une plus grande rationalisation de l'appareil d'Etat est indispensable mais ne permettra guère d'économies. Il faut aussi redéfinir les priorités de l'action publique.

 

En l'absence de forte reprise de l'activité, la réduction des déficits est désormais attendue prioritairement de la baisse des dépenses publiques.
Mais peut-on réduire sensiblement les dépenses publiques sans conséquences négatives pour la société et l'économie ?
Pas évident.
Les dépenses de l'Etat s'élèvent à 370 milliards d'euros, celles des collectivités territoriales à 220 milliards, tandis que la protection sociale distribue autour de 650 milliards [1].
Le tout, hors doubles comptes, pèse 1 100 milliards, soit 56 % du produit intérieur brut (PIB), un pourcentage qui nous situe parmi les pays qui dépensent le plus.
Qui dépense quoi ?
A quoi servent ces dépenses ?

Voir la suite de cet article : http://alternatives-economiques.fr/baisser-les-depenses-publiques-pas-si-simple_fr_art_1283_67021.html

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 11:48

Le maintien dans l'euro de la France et l'Allemagne est intenable, il va être source de nouvelles crises. La solution est une sortie, source d'incertitudes, mais gérables. Un appel aux dirigeants français et allemands, par Jean-Jacques Rosa, Jean-Pierre Vespérini, et un groupe d'économistes européens. 

L'économie française souffre des mêmes maux que les pays du sud de l'Europe (Italie, Espagne, Portugal, Grèce) : croissance faible ou nulle, chômage croissant, dette publique qui ne cesse d'augmenter. L'expérience des pays du sud de l'Europe montre que la politique d'austérité dans laquelle s'est engagée la France, loin d'être la solution de ces maux, les aggrave.

 La France, homme malade de l'Europe

Comme l'a souligné le chef économiste de l'organisme d'études économiques Markit « le profil de la France ressemble de plus en plus à celui de l'homme malade de l'Europe ». L'activité économique a connu en décembre 2013 son septième mois consécutif de déclin. L'augmentation des impôts de 32 milliards d'euros, réalisée par le gouvernement français en 2012 et 2013, n'a réduit le déficit public que de 8 milliards d'euros. Mais en même temps elle a fait obstacle à la reprise de sorte qu'il n'y a pas eu de croissance en 2013, et en conséquence le chômage qui concernait 9,5% de la population active au premier trimestre 2012, juste avant l'élection de François Hollande à la présidence de la République, atteignait 10.5 % de cette population au troisième trimestre 2013. Par ailleurs, elle n'est pas parvenue à empêcher la hausse de la dette publique qui est passée de 89% du PIB au premier trimestre 2012 à 93.4% au troisième trimestre 2013.

 La politique d'austérité conduit  le pays dans l'impasse.

 La poursuite de cette politique pénalise la France, mais elle pénalise également les autres pays européens dont elle réduit les débouchés. C'est la raison pour laquelle, dans son intérêt, mais aussi dans celui des autres pays européens, la France doit abandonner cette politique.

Les maux qui accablent la France et les pays du sud de l'Europe sont les mêmes parce que leur cause est la même : ils résultent du fait qu'après un peu moins de quinze ans de fonctionnement, l'euro a conduit à un système de change complètement inadapté à la situation économique des pays européens.

Taux de change internes vis à vis de l'Allemagne: certes virtuels, mais surévalués

En effet, les taux de change de la France et des pays du sud vis-à-vis de l'Allemagne, qui, même s'ils sont virtuels, n'en existent pas moins, sont totalement surévalués dans la mesure où, dans ces pays , les salaires ont augmenté plus vite et la productivité du travail moins vite qu'en Allemagne, alors que , dans le cadre de l'euro , les taux de change entre ces pays et l'Allemagne, sont restés par définition immuables depuis la création de la monnaie unique. De là viennent les déficits de ces pays vis-à-vis de l'Allemagne.

 Vis à vis de l'extérieur: un taux de change de l'euro trop faible pour l'Allemagne, trop fort pour la France

D'autre part, les taux de change de la France et des pays du sud sont surévalués vis-à-vis des monnaies extérieures à l'euro (dollar, yen) et inversement ceux de l'Allemagne sont sous -évalués. L'explication de ces déséquilibres tient à ce que le taux de change de l'euro se fixe en fonction du solde extérieur global de l'ensemble de la zone euro. Mais ce solde extérieur global recouvre l'important excédent de l'Allemagne et les déficits ou légers excédents des autres pays de la zone euro vis-à-vis des pays extérieurs à la zone.

C'est la raison pour laquelle le taux de change de l'euro est trop faible pour l'Allemagne et trop fort pour la France et les pays du sud. Les économies de la France et des pays du sud sont donc prises dans le dilemme suivant : soit évoluer à leur rythme de croissance potentielle et dans ce cas connaître des déséquilibres extérieurs du fait de la surévaluation de leur taux de change, soit être obligés de mener des politiques d'austérité pour réduire artificiellement leurs importations afin d'éliminer leurs déséquilibres extérieurs.

 La prospérité allemande elle aussi menacée

 En comparaison de la France et des pays du sud, la situation de l'économie allemande apparaît très satisfaisante. Pourtant la prospérité de l'Allemagne est elle aussi menacée pour plusieurs raisons par le système de l'euro.

En premier lieu, l'Allemagne n'a pas intérêt à voir le reste de la zone plonger dans la dépression. En 2007 les exportations allemandes vers les autres pays de la zone atteignaient 432 milliards d'euros, mais cinq ans plus tard elles ont baissé de 9% pour ne plus se situer qu'à 393 milliards d'euros.

 Une aggravation des tensions déflationnistes en France

En deuxième lieu, l'adoption de l'euro a été la cause d'une divergence croissante des conjonctures entre d'une côté l'Allemagne et de l'autre la France et les pays du sud. Cette divergence devrait justifier des politiques monétaires opposées de part et d'autre alors que la participation à la monnaie unique oblige tous les pays membres à poursuivre la même politique, qui aggrave ainsi la divergence des conjonctures nationales. En d'autres termes, la politique monétaire commune aggrave les tensions déflationnistes en France et dans les pays du sud tandis qu'elle accroît les tensions inflationnistes en Allemagne. Ce qui ne peut qu'accentuer la discorde entre l'Allemagne et les autres pays.

 Des exigences vis à vis de l'Allemagne qui vont à l'encontre des préférences de sa population

En troisième lieu, le contraste entre la croissance allemande et la stagnation française et méridionale pousse la France et ces autres pays à réclamer un changement de la politique allemande pour réduire les disparités de performance. Mais les mesures qui sont demandées à l'Allemagne (augmentation des salaires, soutien de la consommation et réduction de l'épargne) vont à l'encontre des préférences et des priorités de la population allemande.

De nouvelles crises inéluctables

En quatrième lieu, l'euro ne peut que conduire à de futures crises en raison de la rigidité des changes qu'il instaure à l'intérieur de la zone. Ces crises ne peuvent être résolues que de deux façons : ou bien par des politiques de transferts, par lesquelles l'Allemagne renoncerait à ses principes de gestion budgétaire et finirait par concéder, en dernier recours, un défaut partiel sur les dettes des autres pays, ou bien par une intervention massive de la BCE qui se lancerait dans une politique de « quantitative easing » en mettant en circulation une masse excessive de liquidités dans la zone euro, à nouveau en contradiction avec les préférences allemandes.

 La monnaie unique, un obstacle à la cohérence de l'Europe

 En bref, l'euro a depuis trop longtemps été à la fois trop fort pour la France et les pays du sud, et trop faible pour l'Allemagne. Les taux d'intérêt de la BCE restent trop forts pour la France et les pays du sud et trop faibles pour l'Allemagne. Cela signifie que la monnaie unique était une erreur et constitue un obstacle s'opposant à l'union et à la cohérence de l'Europe. Elle crée la discorde plutôt que l'intégration au sein du continent et elle affaiblit l'économie de l'ensemble européen au lieu de la renforcer. Les politiques qui sont censées pérenniser la zone euro aboutissent à la création de niveaux d'endettement insoutenables ainsi qu'à la perspective dangereuse d'une création future de liquidités excessives.

 L'Allemagne et la France devraient annoncer leur sortie simultanée

Ce dilemme ne peut être résolu que par une segmentation contrôlée de la zone euro. Mais cela doit être fait dans un esprit positif de nature à relancer l'idéal européen, et non pas par un retour désespérant aux nationalismes étroits du passé. L'initiative doit venir des pays qui constituent le cœur économique et politique de l'Union et qui sont, de par leurs rôles respectifs, les mieux à même de renouveler l'idéal européen dans une perspective créative. Il s'agit de l'Allemagne qui dispose de l'économie la plus puissante du continent et de la France qui a été à l'origine politique de l'unification européenne. La stratégie qui selon nous offre la meilleure chance de conserver les acquis les plus positifs de l'intégration européenne consisterait en un accord par lequel les deux pays annonceraient simultanément leur sortie de l'euro et leur retour à leurs monnaies nationales.

La conséquence immédiate en serait sans aucun doute une réévaluation de la monnaie allemande vis-à-vis de l'euro réduit et une dépréciation de la monnaie française vis-à-vis de la monnaie allemande. Les autres pays membres de la zone devront, pour leur part, décider ou bien de conserver initialement comme monnaie l'euro sous sa forme réduite, ou bien de suivre l'Allemagne et la France en revenant à leur ancienne monnaie nationale. Ils pourraient aussi, éventuellement, envisager d'adopter une politique de fixité de change par rapport à l'une ou à l'autre des monnaies allemande ou française. En tout état de cause, il s'agirait d'évoluer vers une meilleure compétitivité-prix de leurs économies.

Une période d'incertitude monétaire, gérable

Dans le même temps, la France et l'Allemagne auront besoin de mettre en place des dispositifs transitoires pour garantir la stabilité de leurs systèmes bancaires et devront entamer des négociations avec la BCE et les autres gouvernements de la zone actuelle pour la gestion des dettes libellées en euros, y compris dans l'éventualité d'une sortie de l'euro de tous les Etats membres actuels.

Une période d'incertitude monétaire apparaît inévitable. Mais elle restera gérable et sans danger majeur par comparaison avec l'impasse économique et politique dans laquelle la zone euro est aujourd'hui profondément enlisée.

João Ferreira do Amaral - Professeur d'économie et de politique économique à l'Université de Lisbonne (émérite). Ancien conseiller du Président de la République du Portugal.

Brigitte Granville -  Professeur à la Queen Mary University de Londres, où elle est Directeur du Centre for Globalization Research.

Hans-Olaf Henkel - Ancien Président de la Fédération de l'Industrie Allemande - BDI. Professeur à l'Université de Mannheim.

Peter Oppenheimer - "Emeritus Student" (retired fellow) à Christ Church, Oxford University, UK.

Jean Jacques Rosa - Professeur d'économie et de finance (émérite) à Sciences Po Paris. Ancien membre du Conseil d'Analyse Economique du Premier ministre.

Antoni Soy - Professeur à l'Université de Barcelone, Espagne. Ancien Ministre de l'Industrie et de l'Entreprise dans le Gouvernement de Catalogne.

Jean-Pierre Vesperini - Professeur agrégé des Facultés de droit et des sciences économiques. Ancien membre du Conseil d'Analyse Economique du Premier Ministre.

Les auteurs sont également signataires du European Solidarity Manifesto - http://www.european-solidarity.eu/ - une autre solution possible de la crise de l'Eurozone.

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 11:01

Dans toute l’Europe, les partis au pouvoir et d’opposition vont tenter de récupérer de nouveaux électeurs pour les élections européennes du 22 au 25 mai prochains. À moins de 100 jours des élections, EurActiv présente une vue d'ensemble des rapports de force dans les pays européens. 

Les résultats des élections précédentes montrent que les partis présents dans les gouvernements nationaux font souvent l’objet d’un vote sanction. Retrouvez notre carte de l'Europe sur l’état des rapports de force au sein de l’Union dans la perspective des élections européennes.

>> Cliquez sur l'image ci-dessous pour l'agrandir

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 10:46

L’Europe est à deux doigts du KO : les citoyens ont l’impression que, non seulement l’Europe ne les aide pas à sortir de la crise mais que les règles imposées « par Bruxelles » aggravent la situation. Ils ont le sentiment que ce « machin » fonctionne sans eux et parfois contre eux. L’Europe sociale est toujours remise à plus tard.

Une Europe vraiment démocratique

« L’élargissement rend indispensable une réforme fondamentale des institutions, affirmait Joschka Fischer, le ministre allemand des Affaires étrangères, le 12 mai 2000. Avec les institutions actuelles, comment parvenir à agir ? Comment éviter que les compromis soient de plus en plus étranges et que l’intérêt des citoyens pour l’Union ne finisse par tomber bien en dessous de zéro ? Il existe une réponse toute simple : le passage à un système entièrement parlementaire. »

Sans titre12

Dans un système intergouvernemental, sur une question importante, mettre un chef d’état ou le ministre qui le représente en minorité est quasi impossible car c’est prendre le risque d’humilier tout son pays. De ce fait, il faut que les vingt-huit soient d’accord, à l’unanimité, pour que l’on change le contenu d’une politique.

La paralysie est assurée. Ce sont les technocrates ou les marchés qui font la loi.

Sans titre11

Si l’on adoptait un système parlementaire, comme le proposaient les Allemands en 2000, des députés européens de tel ou tel pays pourraient être mis en minorité sans drame national puisque d’autres députés européens du même pays seraient, eux, dans la majorité… C’est bien un débat politique qui est tranché dans un Parlement et non un combat entre nations.

Tous les 5 ans, le vote des citoyens aurait une influence directe et immédiate sur les politiques européennes – comme le vote des citoyens lors des élections législatives ou présidentielles dans chacun de nos pays.

Continuer avec des institutions conçues il y a 60 ans pour 6 pays ne fera pas naître une Europe démocratique.

Il faut passer à un fonctionnement parlementaire. L’Europe n’interviendrait que sur les questions pour lesquelles un pays isolé n’a plus vraiment de souveraineté, celles sur lesquelles nous devons nous unir pour être efficaces : défense, diplomatie, monnaie, recherche, sécurité intérieure, environnement, régulation de la mondialisation financière, fiscalité.

Construire une Europe politique ne va pas nous obliger à des « abandons de souveraineté ». Si l’Europe a un fonctionnement vraiment démocratique, c’est au contraire le meilleur moyen de retrouver une souveraineté réelle dans des domaines où elle nous échappe aujourd’hui. 

Négocier un Traité de l’Europe sociale

Sans titre10

« Votez Oui à Maastricht et on se remettra au travail tout de suite sur l’Europe sociale» affirmait Jacques Delors avant le référendum sur Maastricht en 1992. Il reconnaissait que le traité était très insuffisant en matière sociale mais demandait aux citoyens de ne pas casser la dynamique européenne. Le Oui est passé de justesse. Vingt ans plus tard, alors que la crise sociale s’aggrave dans tous nos pays, les traités européens sont de nouveau en discussion. En matière sociale, les peuples ne peuvent plus se contenter de promesses. Il faut passer aux actes.

En 2003, un projet de Traité social avait reçu le soutien d’un grand nombre de personnalités : aussi bien Stéphane Hessel ou Jacques Delors que José Bové, Bronislaw Geremek (ancien ministre polonais), Enrique Barón Crespo (président du groupe socialiste au Parlement européen), Jean Daniel, Susan George, Bruno Trentin (président du plus grand syndicat italien), quelque 250 parlementaires et des milliers de citoyens issus de toute l’Union.

Pour demander à la Convention Giscard qui rédigeait la Constitution européenne d’intégrer ce Traité social, le président de la Commission, Romano Prodi, avait reçu Pierre Larrouturou, Elio di Rupo (actuel premier Ministre belge) et une délégation des signataires. Devant tous les médias, Prodi souligna avec force l’importance de notre démarche : « Ce sont des critères tout à fait réalistes. C’est seulement une question de volonté politique. »

Après plus de 20 ans d’attente, après 5 ans de crise aiguë, la négociation sur les Traités reprend. Allons-nous rater une fois de plus l’occasion qui s’offre à nous ? Repousser à plus tard l’acte de naissance d’une Europe politique serait un drame historique. C’est cette année qu’il faut envoyer à tous les citoyens d’Europe un signal très fort : l’Europe muselée, c’est fini. L’Europe des lobbies, c’est fini. L’Europe démocratique, ça commence.

Il est fondamental que la France et l’ensemble des progressistes européens agissent ensemble, avec force, pour imposer un traité social dans la négociation. Il n’y aura pas d’Europe forte sans soutien des opinions publiques : pas d’Europe politique sans Europe sociale.

« Peine perdue… Les autres ne voudront pas nous suivre » C’est ce qu’on entend quand on se retrouve face à un blasé pessimiste. Pourtant la volonté est une force entraînante. Souvenez-vous : entre 1981 et 1984, la construction européenne avait été retardée par une dame : Margaret Thatcher, qui exprimait très fortement ses priorités. « I want my money back (rendez-moi mon argent) » avait-elle en tapant du poing sur la table jusqu’à obtenir gain de cause.

En 2014, pourquoi les citoyens ne diraient-ils pas, avec autant de force, quelles sont leurs priorités ? We want democracy ! We want social progress ! « Nous voulons la démocratie. Nous exigeons le progrès social » !

Ce n’est pas à 28 que nous pourrons construire cette Europe. Sans doute est-ce avec 8 ou 9 pays qu’il faut avancer. Les autres nous rejoindront s’ils le souhaitent mais nous ne pouvons pas laisser exploser l’Europe simplement parce que quelques dirigeants ne veulent pas d’une intégration politique ou d’une Europe sociale.

Les mêmes valeurs qui nous poussent à agir contre l’injustice sociale et contre le déficit de démocratie en France et en Europe doivent nous pousser à agir avec beaucoup plus de force pour rééquilibrer les règles du commerce mondial (l’Europe est la première puissance économique mondiale, elle a donc une vraie capacité d’action) et pour le respect des Droits humains aux quatre coins de la planète, en lien avec tous les citoyens, ONG et forces politiques qui portent ces combats.

Source : http://www.nouvelledonne.fr/une-nd-pour-leurope

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