Partager l'article ! La diagonale de la défaite : de mai 1940 au 11 septembre 200, de Jean-Philippe Immarigeon: Auteur : Jean-Philippe Immarigeo ...
Auteur : Jean-Philippe Immarigeon
Editeur : Bourin Editeur
Date : 2010
Prix : 19,00 €
L’un des points forts de l’ouvrage de Jean-Philippe Immarigeon est d’anéantir (le terme n’est exagéré…) nombre de clichés sur les aspects militaires de la campagne de 1940. Rien que sur la question des chars, l’auteur se livre à un véritable massacre d’idées reçues ! Il rappelle ainsi qu’en 1940, entre la France et l’Allemagne, le nombre et la doctrine d’emploi des chars n’étaient pas aussi différents qu’on l’a longtemps prétendu ; que durant la Guerre d’Espagne, les chars (arme de la victoire en 1918) se sont révélés très décevants, que dans la confrontation antichar contre char, ce dernier est loin d’avoir toujours le dernier mot, etc. Sur ce point, le travail de Jean-Philippe Immarigeon surpasse largement l’ouvrage de Claude Quétel.
Réfutant toute idée de décadence de la France dont la défaite de 1940 serait la conséquence logique, Jean-Philippe Immarigeon souligne notamment le tardif mais réel effort de réarmement de la France sous le Front Populaire – phénomène trop souvent ignoré ou minoré. Pour lui, la défaite française s’explique par l’incapacité de la France (pays civilisé) à adapter sa défense à l’ennemi singulier qu’a été l’Allemagne nazie. L’auteur affirme ainsi que la classe politique et l’armée françaises ont été dépassées diplomatiquement et militairement par des « barbares » dont ils ne pouvaient véritablement comprendre le raisonnement stratégique (c’est-à-dire politique) et tactique (c’est-à-dire militaire). Toute ressemblance avec des faits historiques survenus ces dix dernières années est bien entendu volontaire !
Cruel constat de la fragilité des démocraties depuis la lutte entre Athènes et Sparte et que Jean-Philippe Immarigeon, finalement très darwinien dans son analyse des événements du printemps 1940, confirme en affirmant que « l’histoire est amorale, insensible aux vertus d’une nation ou d’une civilisation comme la nature l’est à celle d’un individu ou d’une espèce. […] Une nation est comme un individu, elle s’adapte à un événement ou elle échoue, mais cela n’a rien à voir ni à faire avec sa grandeur ou son degré d’évolution. »
Et l’auteur de démontrer sans détour que la classe politique d’aujourd’hui n’est, moralement, ni plus armée ni plus vaillante face aux dictateurs contemporains. L’allusion au récent rapprochement entre la France et la Libye est, en ce sens, particulièrement édifiant et constitue l’un des très bons passages de ce livre. Quitte à créer une polémique en affirmant que face à nos hommes politiques actuels, ce n’est pas en cinq semaines mais en cinq jours que la Wehrmacht aurait atteint Paris !
En opposition frontale avec « L’impardonnable défaite », l‘analyse Jean-Philippe Immarigeon est tout aussi intéressante que celle de Claude Quétel mais on regrettera quand même que le travail très fourni et pertinent de ce dernier sur les aspects politiques et sociaux puisse être balayé d’un revers de la main et réduit à une simple interprétation vichyste de l’Histoire.
Au final, deux auteurs irréconciliables mais deux livres très instructifs, incitant à la réflexion et parfaitement complémentaires.
Frédéric Blanche, Bibliothèque Départementale de l’Yonne
Source : http://www.lyonneselivre.com/la-diagonale-de-la-defaite-de-mai-1940-au-11-septembre-2001/
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